Une carte et notre territoire

En 1595, le Néerlandais Gérard Mercator publie sa Septentrionalium Terrarum descriptio, une carte géographique représentant le pôle Nord et les régions nordiques avoisinantes. Depuis, elle fascine cartographes et cartologues. (Les premiers produisent les cartes, les seconds les étudient.)

Cette fameuse représentation devient le sujet du splendide ouvrage L’apparition du Nord selon Gérard Mercator, de Louis-Edmond Hamelin, professeur émérite de géographie et éminence en matière de nordicité. La carte de Mercator pourrait être décrite comme un ramassis d’invraisemblances et d’approximations, entrecoupées d’éclairs de lucidité étonnants, par exemple le découpage des côtes alaskiennes, d’une précision inattendue pour l’époque. Mercator, homme de réseaux, entretenait une correspondance serrée avec ses contemporains explorateurs et scientifiques. Il semblerait que la réalité cartographique d’alors se mêlait aux espoirs d’une navigabilité à la limite des terres nordiques.

 

Ce n’est pas tant la carte — et ses inexactitudes inévitables — qui fascine le lecteur ici, mais ce qu’elle nous apprend sur l’époque qui l’a vue naître, par exemple sur la rigueur des hivers au XVIe siècle et sur les facultés de visionnaire de son auteur. « Le lecteur ne devrait pas prendre les évaluations faites dans l’ouvrage pour des vérités dures. Ce sont des hypothèses, parfois hardies, qui sont à la base des interprétations proposées », met en garde Hamelin. La rigueur scientifique du propos n’exclut pas le rêve et la poésie. Le texte est ponctué de reproductions de cartes géographiques anciennes et nouvelles et de photographies magnifiques tirées du fonds d’archives Louis-Edmond Hamelin.

LAT06_LIVRES_04Mercator avait déjà nommé le Québec, probablement grâce aux écrits de Jacques Cartier. Depuis, la toponymie a fait du chemin et emprunté des sentiers étonnants. C’est ce que nous expliquent Henri Dorion et Pierre Lahoud dans Le Québec autrement dit, une visite photographique du Québec et de ses surnoms. Vous saurez sans doute nommer la capitale de la crevette et la reine du Saguenay. Mais saviez-vous que la Belle Province abrite aussi une Petite Belgique et une Petite Louisiane ? Le Québec est grand, l’imagination de ses habitants l’est aussi. Une belle invitation à se redécouvrir.

L’apparition du Nord selon Gérard Mercator, par Louis-Edmond Hamelin, Stéfano Biondo et Joë Bouchard, Septentrion, 192 p., 49,95 $.

Le Québec autrement dit, par Henri Dorion et Pierre Lahoud, Éditions de l’Homme, 272 p., 37,95 $.

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Devoir de mémoire

Dans le film La vie et rien d’autre (1989), de Bertrand Tavernier, un officier français est chargé de recenser tous les soldats disparus pendant la Première Guerre mondiale. Le personnage campé par Philippe Noiret parcourt la campagne française de village en village pour dresser le catalogue des disparus. C’est à un exercice semblable de mémoire que nous invitent Jacques Mathieu et Sophie Imbeault dans Canadiens et Conquête, où ils expliquent les effets dévastateurs de la guerre de Sept Ans sur l’existence des habitants de la Nouvelle-France. Les conséquences historiques, nous les connaissons bien. Mais comment les premiers Canadiens, maîtres et valets, ont-ils vécu la Conquête dans leur quotidien ? On pourrait trouver fastidieux cet inventaire pointilleux des disparus, des trépassés et des sépultures, mais il s’inscrit dans une démarche historique originale et tout à fait louable. On goûtera les finesses stylistiques de la première partie. Le but de l’expérience ? Les auteurs citent Andreï Makine en guise de réponse : « La paix vient des fragments de vérité sauvés de l’oubli. » (Septentrion, 196 p., 27,95 $)

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