Guibord s’en va-t-en guerre : une comédie à la défense de la démocratie

On ne lui connaissait pas un si grand intérêt pour la politique. Or, le réalisateur Philippe Falardeau ne fait pas que camper son dernier film à la Chambre des communes, il rêve d’un cours sur la citoyenneté dans les écoles du Québec!

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Le député Steve Guibord (Patrick Huard) accompagné de son stagiaire haïtien, Souverain Pascal (Irdens Exantus). (Photo : 2015 Micro_Scope)

Le cinéaste Philippe Falardeau a réussi un exploit plutôt rare avec son nouveau long métrage, Guibord s’en va-t-en guerre: traiter de politique fédérale, dans une comédie grand public qui sort en salle… en pleine campagne électorale! «Je me suis fait dépasser par la réalité», dit-il.

Un «tour du chapeau» inusité qui ferait certainement plaisir à son personnage principal, Steve Guibord — joué par Patrick Huard. Cet ancien hockeyeur célèbre devenu député fédéral indépendant de la circonscription (fictive) de Prescott-Makadewà-Rapides-aux-Outardes a le pouvoir de faire pencher la balance à la Chambre des communes, qui doit trancher le débat de l’heure: le Canada doit-il entrer en guerre?

Une question sérieuse que le réalisateur enrobe de situations comiques, sans toutefois caricaturer le rôle du député, qui cherche à bien faire son travail dans un environnement politique devenu incontrôlable.

C’est que Falardeau connaît bien le décor dans lequel il a planté sa caméra. L’homme derrière La moitié gauche du frigo et Monsieur Lazhar a étudié la politique canadienne et les relations internationales à l’Université d’Ottawa, en pleine période d’ébullition entourant l’accord du lac Meech et celui de Charlottetown, au début des années 1990.

Même s’il le comprend, le réalisateur s’élève contre le cynisme des citoyens envers la politique et plaide pour un cours sur la citoyenneté à l’école secondaire.

L’actualité a rencontré Philippe Falardeau à Montréal pour parler de cinéma, du rôle des députés et de la campagne électorale.

On ne peut pas dire que les comédies politiques abondent au Québec. En particulier sur la scène fédérale ! Pourquoi ce choix ?

La politique n’est jamais loin de mes préoccupations. Mais depuis quelques années, je voulais aborder ce sujet de front, parce qu’il est absent du cinéma québécois en dehors de la question nationale ou identitaire. C’est difficile de s’extraire de cette question, mais j’avais le goût d’essayer. La comédie s’est imposée comme un mode narratif qui me permet de traiter de politique tout en gardant une certaine distance. C’est un genre qui accroche tout le monde.

Pour quelle raison préfériez-vous éviter de parler de la souveraineté du Québec ?

L’enjeu aurait bouffé le film. Et je ne voulais pas avoir l’air de prêcher pour une option ou pour une autre. De plus, mon scénario tournait autour de l’entrée en guerre d’un pays, et un tel vote ne pouvait pas avoir lieu à l’Assemblée nationale.

Là, je peux examiner les travers de la démocratie en dehors de cette ligne de fracture. On a eu tendance, au Québec, à amalgamer souveraineté et indépendance, alors que ce n’est pas la même chose. La souveraineté, c’est le siège de la légitimité du pouvoir. Le souverain, de nos jours, c’est le peuple, et on en fait tous partie. La question de l’indépendance est importante, je ne le nie pas. Mais j’estime que c’est aussi important de comprendre où est le siège du pouvoir. C’est nous. On semble l’avoir oublié. On a un peu abdiqué. On ne s’informe plus sur la politique. Ce n’est pas un hasard si j’ai donné le nom de « Souverain » au stagiaire haïtien de Guibord. Il en sait plus sur notre système parlementaire que les personnages québécois ! On a perdu cet intérêt, cette passion. C’est certain que les scandales n’ont pas aidé, à commencer par le scandale des commandites ou la corruption et la collusion dans le milieu municipal. Mais on ne devrait pas mettre tous les politiciens dans le même panier.

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Philippe Falardeau en tournage. «En 1989, je déplorais l’apathie politique. Or, 26 ans plus tard, j’ai l’impression d’être moi aussi devenu cynique. Ce film me donne l’occasion de réfléchir de nouveau à ça.» (Photo : Christian Leduc)

C’est d’ailleurs en partie le mes­sage du film.

Oui, la décomposition de la démocratie.

Il y a une scène où Guibord et Souverain sont dans le vestiaire d’un aréna et font le décompte des votes aux Communes sur un tableau, comme s’il s’agissait de la stratégie d’un match. Réussir en quelques secondes à faire comprendre au spectateur comment fonctionne notre système parlementaire n’a pas dû être évident…

C’était un piège. Il fallait trouver comment montrer l’importance de l’enjeu sans que le spectateur ait l’impression qu’on s’arrête pour le lui expliquer. Il fallait une vraie scène. La comédie permet ça. L’information passe, même si c’est drôle. Le personnage de Souverain permet de poser un regard dénué de cynisme sur l’idée de la démocratie.

On sent qu’il y a eu un travail de recherche autour des fonctions de député. C’est très réaliste.

Guibord est le seul personnage à ne pas être caricatural, le seul à chercher des solutions aux problèmes. Dans une des scènes, il demande à Souverain de lui nommer trois politiciens qui sont partis la tête haute, sans être honnis ou détestés, et celui-ci en est incapable. C’est ma façon d’exprimer ce que je pense : être politicien, c’est vivre entre l’arbre et l’écorce. Tous finissent par ne faire plaisir à personne.

Vous avez l’impression que les gens ne respectent pas suffisamment les députés ?

En 1989, j’ai écrit un texte dans Le Devoir sur l’apathie politique ; je déplorais que les gens soient devenus cyniques. Or, 26 ans plus tard, j’ai le sentiment d’être moi aussi devenu cynique. Ce film me donne l’occasion de revenir à ça. J’ai l’impression qu’on a une sorte de haine des politiciens, alors que la plupart entrent en politique avec candeur, voulant changer les choses, même si le système est rigide. On tient un discours rapide et simpliste sur la politique : elle serait corrompue et tout. Mais la politique, c’est beaucoup de déplacements, de longues heures, des imprévus. Je ne ferais pas ce travail, et la plupart des gens non plus ! Il y a une part de moi qui veut redonner ses lettres de noblesse à la politique.

Comment avez-vous procédé pour connaître le travail de député ?

J’ai été influencé par un documentaire de Manuel Foglia, Chers électeurs, où il suit deux députés dans leurs fonctions pendant quatre ans : Daniel Turp (PQ, Mercier) et Charlotte L’Écuyer (PLQ, Pontiac). C’est en voyant les contraintes qu’impose la ligne de parti que j’ai décidé que mon personnage serait indépendant, pour voir ce que donnerait cette liberté dans un débat sur un sujet aussi marquant qu’une guerre. Or, le spectateur va constater que ce n’est pas plus simple. Les problèmes ne font que se déplacer. La démocratie, c’est compliqué.

Vous n’êtes pas le seul à rager contre la ligne de parti, qui restreint la liberté de parole des députés.

Un député à qui on demande son opinion va parfois nous réciter la ligne de parti, même s’il pense autre chose. Il le fait pour éviter une controverse ou pour ne pas mettre son chef dans l’embarras. C’est difficile de lui en vouloir. Mais si les députés étaient plus nombreux à sortir des rangs, plus régulièrement, les choses pourraient changer.

En somme, faire de la politique, ce n’est pas simple.

À partir du moment où on défend la démocratie, on défend un processus de décision lent et complexe, basé sur le compromis. On ajoute à ça un territoire trop vaste, des enjeux et des préoccupations illimités et contradictoires, ce qui produit forcément un lot de gens insatisfaits. Mais le système lui-même est plus important que nos petites déceptions. L’objectif reste l’intérêt général et la volonté collective.

Ne serait-il pas utile d’avoir, à l’école, un cours sur la citoyenneté pour expliquer notre système politique ?

Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas déjà fait ! Apprendre qu’il y a trois ordres de gouvernement, connaître le rôle des députés… C’est quoi, quelques heures sur cinq ans d’études au secondaire ? C’est à la portée de tout le monde de comprendre le système parlementaire.

Pendant le tournage, sur le plateau, j’ai expliqué à une femme dans la quarantaine qu’on ne votait pas directement pour un premier ministre au Canada, que le premier ministre n’était pas dans la Constitution ! Pourtant, il a énormément de pouvoir dans notre système. Elle ne le savait pas, même si elle vote aux élections. C’est pourtant la base. Les gens devraient le savoir.

En mai 2014, le réalisateur Denys Arcand a soulevé une controverse à l’émission Tout le monde en parle en déclarant qu’il ne votait pas aux élections. Votez-vous ?

Oui, absolument. J’avais été étonné de la déclaration de Denys Arcand. On a le droit de ne pas voter, mais on doit avoir une explication cohérente, des arguments. On ne peut pas simplement dire qu’on ne vote pas parce qu’on s’en fout et que ça ne nous intéresse pas. Il faut défendre son « non-vote », ce qu’il n’a pas fait.

La réalité des autochtones est présente dans le film. On en voit notamment barrer une route et parler de leurs revendications. C’est important pour vous ?

Je suis de plus en plus sensible à la réalité des autochtones. J’avais peur de ne pouvoir qu’effleurer le sujet de leurs revendications, sans leur rendre justice. Mais je devais en parler, puisque l’action se déroule dans une circonscription nordique. Je suis allé voir les communautés d’Abitibi pour leur demander ce qu’elles penseraient si je les mettais en scène en train de faire des barrages routiers. Je suis allé à Lac-Simon, et j’ai aussi parlé au député Romeo Saganash. Tous m’ont dit : « C’est encore le meilleur moyen qu’on a pour se faire entendre. On aimerait ne pas avoir à l’utiliser, mais on n’a pas le choix. » Ils assument encore très bien ce moyen de pression. Les barrages routiers, c’est pour les peuples patients, ce qu’ils sont. Il y a de la patience dans leur moyen de pression. Je n’ai pas voulu qu’ils soient caricaturaux, alors ils ont quand même un beau rôle dans le film. À la fin, c’est de leur bouche que sort la vérité, et ce sont eux qui vont donner à Guibord les moyens de retourner au Parlement pour voter.

La circonscription de Guibord, qu’on imagine être une portion de l’Abitibi, est immense. Ce gigantisme est presque un personnage, tant il impose de longs déplacements au député…

La politique canadienne, sauf dans les milieux urbains, est étroitement liée à la géographie, qui façonne ce que nous sommes et les enjeux débattus. Mes plans favoris sont les prises de vue aériennes du territoire. Le film a été tourné dans la circonscription du néo-démocrate Romeo Saganash, Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, dont la superficie équivaut à 40 % du Québec ! C’est immense et très difficile à gouverner.

Votre film sort le 2 octobre, en pleine campagne électorale. Est-ce un hasard ?

Trouver une date est un casse-tête. Tu es en compétition avec les autres films et tu veux trouver la bonne rampe de lancement au moyen d’un festival. Si j’avais pu choisir, j’aurais préféré qu’il sorte un peu avant la campagne. Mais ça va ajouter à l’attrait du film.

Pourquoi avoir choisi le nom de Guibord pour votre personnage principal ?

En fait, je le regrette ! J’ai grandi à Hull, où mes voisins s’appelaient Guibord. Je connais une autre famille de Guibord. Je ne savais pas qu’il n’y en avait qu’environ huit au Québec ! Je pensais que c’était un nom plus commun. Je ne voulais pas que ça devienne un enjeu du film. Mais lorsque certains m’ont demandé si on pouvait changer le nom, j’avais déjà écrit une partie du scénario et fait des jeux de mots comme « Votez du bon Guibord » ou « Dehors Guibord ». Honnêtement, il n’y avait aucune intention derrière le choix du nom.

Que pensez-vous de la campagne électorale fédérale ?

Peu importe notre position sur la question nationale et la souveraineté du Québec, nous faisons encore partie du Canada. Tant que ce sera le cas, nous aurons un devoir moral de faire valoir nos valeurs au gouvernement. Si nous faisons l’indépendance, ce sera une autre histoire, mais pour l’instant, nous ne pouvons pas être uniquement comme un chien dans un jeu de quilles. J’avais l’impression que c’était ça que nous étions devenus au fil des ans. C’est ce que je trouve intéressant de la montée des néo-démocrates [depuis 2011] : il y a un lien avec le reste du pays. Le Bloc québécois avait totalement sa raison d’être au début des années 1990, après Meech et Charlottetown. Mais notre devoir, maintenant, c’est de déloger Harper. Après neuf ans au pouvoir, il y a eu une perversion des valeurs canadiennes et québécoises. La souveraineté du Québec, elle se fera lors d’un référendum. Est-ce qu’on peut régler les problèmes un à la fois et agir pour chasser Harper ? Dans ce contexte, le retour de Gilles Duceppe me laisse de glace.

Une prédiction ?

Ouf ! Il peut se passer bien des choses. Je prédis un gouvernement minoritaire, mais je n’irai pas plus loin !

Les commentaires sont fermés.

« La souveraineté du Québec, elle se fera lors d’un référendum. » Étant donné ce qui a été dit au début, que le peuple est souverain, ne faudrait-il pas plutôt lire : L’indépendance du Québec, elle se fera lors d’un référendum?

Ceux qui ont visionné TLMEP dimanche dernier savent à quoi s’en tenir lorsque les subventionnés gauchistes Falardeau et Huard prennent la parole à l’extérieur du contexte très encadré du lancement d’un film.

J’avais un peu d’estime pour eux. Plus maintenant.

Youlle,Youlle, vous n’ avez sans doute pas regarder TLMEP dimanche soir! Nos 2 grands moralistes gauchistes Huard & Falardeau n’ ont eu que du mépris pour le matricule728 et le lendemain sur les médias sociaux , ils se sont fait ramasser pas à peu près! Ils ont bien le droits de dire des NIAISERIES à cette grande-messe!!

La démocratie? Il a expliqué à TLMP qu’il croit au pouvoir de la rue. Je ne verrai jamais un film de ce carré rouge.

Pauvre Patric Huard, pas d’ opinion sur le niqab , parce que dans sa tête c’ était floue et il n’ était pas sûr de la différence entre un niqab,un foulard,une burka et dijad! Quand t’ a pas d’ opinion ou tu est confus( ce que je ne crois pas du tout en passant) tu ferme royalement ta gueule!!!

Tant qu’ a Falardeau un indépendandiste! Que doit- on enseigner aux étudiants du secondaire? Le régime parlementaire canadien copier sur le régime britannique, le common law! La Confédération canadienne qui a débutée par l’ Acte de l’ Amérique du Nord Britannique! Le rôle des 2 paliers de gouvernement ( provincial et fédéral)
et finalement le rôle du sénat et du gouverneur général du Canada ainsi que des lieutenants gouverneurs! Oups! je connais plusieurs indépendentistes qui vont faire de l’ urtiquaire!