Une enfance irakienne

Mieux qu’un documentaire, ce récit graphique très personnel montre comment une société perd petit à petit ses libertés et, par son sens de l’absurde aiguisé, honore la résilience du peuple irakien.

Coquelicots d’Irak, par Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, Pow Pow, 116 p.
Extraits de Coquelicots d’Irak, par Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, Pow Pow, 116 p.

C’est la plus irrésistible surprise de la rentrée: le récit graphique des souvenirs de Brigitte Findakly, Française par sa mère et Irakienne par son père, qui a grandi dans la communauté chrétienne de Mossoul jusqu’à ce que la tyrannie rampante de Saddam Hussein force la famille à s’exiler à Paris, en 1972. Aujourd’hui coloriste de bédés, l’auteure fait revivre les scènes marquantes du passé avec la naïveté de son regard d’enfant — et le détachement ironique que permet le recul.

Cette enfance est indissociable des événements qui ont secoué l’Irak depuis le coup d’État militaire de 1958. Brigitte Findakly se rappelle les piqueniques dominicaux au milieu des coquelicots sur le site archéologique de Nimroud (récemment rasé par les fanatiques de Daech), mais aussi les ahurissantes parties de plaisir à travers les nuées de DDT déversées dans les rues de Mossoul, les camps d’embrigadement des jeunes dans le parti Baas, la brutalité des milices et le spectacle des pendaisons, la surveillance et la censure institutionnalisées, la paranoïa galopante des Irakiens à l’égard des informateurs, la progressive et insidieuse répression des femmes.

Mieux qu’un documentaire, cette perspective très personnelle d’une époque révolue montre comment une société perd petit à petit ses libertés et, par son sens de l’absurde aiguisé, honore la résilience du peuple irakien.

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