Vaillant Vallières

On l’a à la bonne, celui-là. Et depuis ses débuts, il y a 10 ans. Cinq albums plus tard, ses chansons ne roulent toujours pas des biceps, elles font leur bonhomme de chemin, droites et profondes. Vincent Vallières a 31 ans, trois enfants, des manières simples, une façon de rester sur son quant-à-soi. L’auteur-compositeur-interprète sherbrookois répond aux questions suscitées par les paroles de quelques chansons de son dernier disque, Le monde tourne fort.

Vincent Vallières
Photo : Jocelyn Michel

« Et même si je voyage / Je suis toujours à la même page » (« Le monde tourne fort »). Bref, vous ne changez pas ?

– Je n’envisageais pas, en enregistrant l’album, un changement de cap. Je le désirais dans la continuité, mais témoignant d’une certaine évolution. Si ce n’est dans l’interprétation.

>> La chanson « Le monde tourne fort » peut être téléchargée sur le site de Vincent Vallières. <<

« Reste un bout à faire / Avant d’arriver » (« Sortir du bois »). Avant d’arriver à quoi ?

– À écrire une ou deux chansons qui me survivront.

« Entre Gaspé et Val-d’Or / Encore me v’là parti pour la gloire » (« Entre partout et nulle part »). La route vous ins­pire, la tournée vous plaît ?

– C’est la récompense de l’artiste, comme le week-end pour le travailleur. J’écris des chansons dans l’optique de les chanter devant un public, où qu’il se trouve. La scène est un exutoire magnifique après la période de solitude qu’impose l’écriture. Alors, prendre la route avec mes amis musiciens pour aller partager mes chansons, c’est le bonheur.

« Si t’es l’espace / Je suis le temps / Les journées pas­sent / Du futur au présent. » « L’espace et le temps », titre de la chanson, sont deux thèmes récurrents dans votre répertoire.

– Je ne cherche pas à renouveler mes thématiques, je cherche à m’améliorer. J’écris sur ce que je connais, c’est le seul lieu où je peux être pertinent. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de me lancer dans d’autres voies.

Par exemple avec « Époque d’opinions », la chanson la plus courte de l’album et celle qui relève le plus de l’éditorial : « Confortable dans le confort / Et conforme dans le décor / On constate qu’on nous con­fine / On s’en contente puis on rumine. » Vous dites que vous ne vous croyez pas en chanteur engagé.

– Il faut être solidement armé et informé pour écrire une vraie chanson sociale ou politique. On est à une époque où l’opinion a pris le pas sur l’information, alors que j’ai besoin de faits, d’explications pour me construire une idée. Mon engagement consiste à écrire des chansons qui servent à divertir les gens, à leur changer les idées, à les faire se sentir moins seuls.

Par contre, sur le thème de l’amour, vous y allez sans compter. Vous écrivez : « On va s’aimer encore de plus en plus fort » (« On va s’aimer encore »), « J’espère qu’on va s’aimer toujours » (« L’amour au coin de la rue »), « Reste à mes côtés / J’suis en amour avec toi » (« L’école est finie »).

– C’est difficile de parler d’amour, de transcender les clichés, surtout quand on en parle de façon positive comme je le fais : il y a risque de passer pour un chanteur hippie fini ! Mais j’assume le risque, car la vie est bâtie sur les relations qu’on entretient avec les autres, et l’amour mène mon monde.

« Ça fait un bout que je suis lancé / C’est pas ce que j’avais prédit / C’est pas ce que j’avais pensé » (« L’école est finie »). Trouvez-vous que vous avez mis du temps avant d’atteindre un certain niveau de notoriété ?

– Je me suis développé patiemment, on m’a donné le temps d’arriver à maturité. Aujour­d’hui, si tu ne fais pas figure d’exception dès le premier album, tu ne fais pas long feu. C’est normal, pourtant, qu’un premier disque soit plus ordinaire que le deuxième, celui-là moins abouti que le suivant, etc. Le plus dur dans ce métier, c’est de durer en restant soi-même. J’ai main­tenant plus cons­cience de ma valeur, même si les critiques ne sont pas en adoration devant moi et que ce que je fais ne recueille pas l’unanimité.

Vincent Vallières, Métropolis, à Montréal, le 11 févr., 514 790-1111 ; Théâtre Petit Champlain, à Québec, les 18 et 19 févr., 418 692-2631 ; Vieux Clocher de Sherbrooke le 27 févr., 819 847-0470. En tournée jusqu’en mai.