Villa Dolorosa : juste pour rire ?
[Et l’histoire de Sasha Samar.]

Espace Go, à Montréal : première hier soir de Villa Dolorosa, pièce allemande lointainement inspirée des Trois sœurs, de Tchekhov, qui, mettons, habiteraient la « Cerisaie ». Trois sœurs, donc (Olga, Irina, Macha), et leur frère, s’étiolant dans leur villa qui se désagrège, malaxent l’ennui de leurs 30 ans dépassés ou à venir, le vide de leur existence, des velléités de changer de vie et le désir d’en finir… à grands coups de rasades d’alcool et de piques féroces. La pièce de Rebekka Kricheldorf, présentée comme un « drame contemporain aux allures de vaudeville existentiel », trouve dans la version sur scène signée Martin Faucher une hypertrophie du vaudeville.

Photo : Caroline Laberge
Anne-Élizabeth Bossé. Photo : Caroline Laberge

L’œuvre est bonne, je crois. J’écris « je crois », parce que le jeu des acteurs est par moments tellement outré qu’il en occulte des couches et prive les personnages de la moindre intériorité. Ils sont cyniques, soit, ils s’en confessent, mais est-il nécessaire que les comédiens qui les interprètent en rajoutent dans le ton, les simagrées, la gestuelle ? Le metteur en scène pourrait-il les guider dans la bonne distance à tenir ? Certains spectateurs espéreront plus d’humanité, plus de profondeur, un peu plus de douleur.  Traduite de l’allemand par Frank Weigand et adaptée – on n’y coupe pas –  en langue québécoise très efficace par Sarah Berthiaume, la pièce est cruelle, le spectacle pas assez : trop de sucre pour faire passer l’acide. Mais le public aimant rire, il rira. Avec Geneviève Alarie, Anne-Élizabeth Bossé, Luc Bourgeois, David Boutin, Marilyn Castonguay et Léane Labrèche-Dor.

Espace Go, jusqu’au 12 octobre.

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Également vu une pièce que j’avais ratée à sa création en janvier 2012 : Moi, dans les ruines rouges du siècle, texte et mise en scène d’Olivier Kemeid. Le spectacle vaut surtout pour la présence tout du long captivante de l’acteur d’origine ukrainienne Sasha Samar dont la pièce raconte en quelque sorte l’histoire. Pour saisir de quoi il en retourne, une phrase de plus de 60 mots, extraite du résumé officiel de la pièce : « Entre l’explosion de Tchernobyl et celle de la Glasnost entreprise par Gorbatchev, entre son ami acteur Anton qui vit comme un bourgeois en jouant Lénine dans les conventums du Parti communiste et Ludmila son amoureuse dépressive, qui attend avec impatience les bouleversements promis par la Pérestroïka, Sasha tente de se frayer un chemin dans les décombres d’un siècle qui s’achève sous nos yeux. » Reste que c’est cela, et un peu plus tout de même. Avec aussi Annick Bergeron, Sophie Cadieux, Geoffrey Gaquère et Robert Lalonde.

Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal, jusqu’au 21 septembre. Puis au Centre national des Arts, à Ottawa, du 25 au 28 septembre.