La vitrine du livre

Les suggestions de notre chroniqueuse littéraire, Martine Desjardins.

D’une page à l’autre, un monde à lire avec notre chroniqueuse Martine Desjardins.

L’air adulte, par Ann-Marie MacDonald, Flammarion, 432 p.
L’air adulte, par Ann-Marie MacDonald, Flammarion, 432 p.

L’air adulte, par Ann-Marie MacDonald

Ann-Marie MacDonald ne publie qu’un roman par décennie, et toujours avec le même succès d’estime. Son troisième, largement autobiographique, est une histoire domestique moderne, celle d’une famille de Toronto fondée par un couple de lesbiennes. Pendant que sa conjointe poursuit sa carrière, Mary Rose reste à la maison pour s’occuper de deux jeunes enfants — avec tout le chaos que ça implique. Sa fille, surtout, a le don de l’excéder avec ses crises de colère, qui ne sont pourtant que le miroir des siennes. Mary Rose est sur le point de la frapper quand une douleur au bras la rappelle à la raison. Cette douleur, en apparence bénigne, fera ressurgir le souvenir de fractures d’enfance profondément enfouies. Œuvre de maturité, invitation à se pardonner, L’air adulte est le grand roman de la maternité déculpabilisée.

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Montecristo, par Martin Suter, Christian Bourgois, 340 p.

Montecristo, par Martin Suter

« Nous sommes en Suisse. On ne tue pas les journalistes. » Sauf quand ceux-ci enquêtent sur les banques. C’est le sujet du nouveau roman de Martin Suter, un thriller où l’écrivain suisse alémanique déploie son experte maîtrise de l’intrigue. C’est aussi le danger qui guette Jonas, reporter aux ambitions cinématographiques, le jour où il se trouve en possession de deux billets portant le même numéro de série et qu’il se met à poser trop de questions. Avec un brin d’humour, Suter fait ici un triste constat : on ne peut même plus se fier à son banquier !

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Le jour où mon robot m’aimera : Vers l’empathie artificielle, par Serge Tisseron, Albin Michel, 208 p.

Le jour où mon robot m’aimera : Vers l’empathie artificielle, par Serge Tisseron

La génération numérique ? Elle sera bientôt dépassée par l’intelligence artificielle. Pour faciliter notre adaptation, les concepteurs travaillent à donner une forme humanoïde à leurs robots, à les rendre capables de simuler les émotions humaines. Il y a là un grand danger de leur prêter des sentiments, croit Serge Tisseron, notant la facilité avec laquelle même les soldats entraînés s’attachent à leurs robots démineurs. Le psychanalyste français insiste sur l’urgence d’imposer aux fabricants une déontologie — d’autant que ces machines ont le potentiel de devenir des superespions. À lire avant de les laisser entrer dans nos maisons.

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Balade avec Épicure : Voyage au cœur du bonheur authentique, par Daniel Klein, Michel Lafon, 208 p.

Balade avec Épicure : Voyage au cœur du bonheur authentique, par Daniel Klein

À 73 ans, Daniel Klein décide d’arrêter de courir après l’éternelle jeunesse et « d’être simplement un vieil homme heureux et authentique ». Ce retour à l’essentiel le mène en Grèce, sur l’île d’Hydra, où la crise économique n’empêche pas les vieux de jouir de la vie. Devant un verre de retsina, sous les citronniers en fleurs, Klein réapprend à ralentir, à cultiver les amitiés et à se contenter de plaisirs simples, guidé par les grands philosophes et cette phrase d’Épicure : « Ce n’est pas ce que nous avons, mais ce que nous apprécions qui constitue notre abondance. » Une vérité qu’on peut méditer à tout âge.

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Jours parfaits, par Raphael Montes, Hurtubise, 272 p.

Jours parfaits, par Raphael Montes

Téo est étudiant en médecine légale. Quand on sait que sa meilleure amie est le cadavre qu’il est en train de disséquer, on est en droit de s’inquiéter pour Clarice, dont il s’éprend obsessivement. Au premier signe de résistance, il l’enferme dans une valise et la séquestre sur une île sauvage, au large de Rio de Janeiro, où la belle et la situation risquent à tout moment de lui échapper. Thriller glaçant, Jours parfaits est une belle occasion de découvrir l’humour macabre d’un jeune auteur brésilien de talent.

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TDAH ? Pour en finir avec le dopage des enfants, par Jean-Claude St-Onge, Écosociété, 216 p.

TDAH ? Pour en finir avec le dopage des enfants, par Jean-Claude St-Onge

En début d’année, le psychiatre français Patrick Landman publiait un essai dévastateur, Tous hyperactifs ? (Albin Michel), où il mettait en doute l’existence même du trouble déficitaire de l’attention. Dans la foulée, le philosophe québécois Jean-Claude St-Onge nous arrive avec un livre qui cerne les enjeux du problème et enfonce le clou dans le cercueil du surtraitement des enfants ayant reçu un diagnostic de TDAH. (Dans les écoles secondaires du Québec seulement, ils représentent 13 % des élèves.) Ce sont les diagnostics, justement, qui semblent poser problème, puisqu’ils sont basés sur des critères subjectifs qui pourraient être des symptômes de troubles d’apprentissage, de problèmes familiaux ou encore d’un simple manque de sommeil… Même dans les cas où il est approprié de prescrire des psychostimulants (des dérivés d’amphétamines, faut-il le rappeler), ceux-ci perdent de leur efficacité à moyen terme et n’aident nullement la réussite scolaire — au contraire. Par principe de précaution, Jean-Claude St-Onge préconise un « sain scepticisme » à l’égard des motivations de l’industrie pharmaceutique et une approche qui privilégie une intervention psychosociale avant le recours aux médicaments. Nos enfants ne méritent rien de moins.