Webster, l’intello du rap

Ateliers d’écriture, école secon­daire La Camaradière, à Qué­bec, les 17 et 18 mai ; L’Agitée, à Québec, le 28 mai, 418 522-6133. Pas de jean « extralarge », de chaîne en or, de poupoune en string accrochée à son cou. Webster (Ali Ndiaye), 31 ans, pratique un rap conscient, facétieux, un brin moraliste. Présentation : « Je suis un Sénékeb, un métis pure laine de Limoilou. Je fais du rap depuis que j’ai 15 ans. J’essaie d’utiliser mon talent à des fins sociales. »

Fils d’un Sénégalais et d’une Québécoise, tous deux enseignants et militants, qui lui ont appris à ne pas être un suiveur, Webster (comme le dictionnaire) anime au Québec, mais aussi aux États-Unis — et en français —, des ateliers d’écriture, prononce des conférences sur le hip-hop et donne des spectacles, bien sûr. Il lançait il y a peu son deuxième album solo en français, Le vieux d’la montagne, où il est question de discrimination, d’économie mondiale, d’éducation…

Pas de jean « extralarge », de chaîne en or, de poupoune en string accrochée à son cou. Webster (Ali Ndiaye), 31 ans, pratique un rap conscient, facétieux, un brin moraliste. Présentation : « Je suis un Sénékeb, un métis pure laine de Limoilou. Je fais du rap depuis que j’ai 15 ans. J’essaie d’utiliser mon talent à des fins sociales. »

Fils d’un Sénégalais et d’une Québécoise, tous deux enseignants et militants, qui lui ont appris à ne pas être un suiveur, Webster (comme le dictionnaire) anime au Québec, mais aussi aux États-Unis — et en français —, des ateliers d’écriture, prononce des conférences sur le hip-hop et donne des spectacles, bien sûr. Il lançait il y a peu son deuxième album solo en français, Le vieux d’la montagne, où il est question de discrimination, d’économie mondiale, d’éducation…

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Vous traitez d’enjeux sociaux, mais vous amusez-vous un peu ?

— Je rappe ce que je suis et l’environnement dans lequel je vis, mais j’aime aussi rapper juste pour le plaisir de faire se cogner les mots. Pour définir mon style, j’emploie les termes « terrorythme » et « attentats lyriques ». Même virulents, mes textes sont constructifs et visent à mettre un peu de plomb dans la tête des jeunes.

Votre album demande un effort, car vous utilisez des mots savants, des références littéraires, vous y allez même d’un cours accéléré sur l’histoire des Noirs au Québec (« Qc History X »).

— On me dit souvent : « Quand j’écoute ton disque, je suis obligé d’aller faire des recherches dans Internet pour tout saisir. » Cela me fait plaisir. J’ai un bac en histoire de l’Université Laval et jamais, durant mes études, on n’a parlé de l’esclavage, de la présence des Noirs chez nous. Notre histoire a été javellisée. Saviez-vous que le premier Africain est arrivé à Québec en 1629 ?

Vous avez dit : « Québec est une vieille ville fermée, blanche et francophone. » Pourquoi y habitez-vous ?

— Les plus vieux sont partis vers Montréal, Toronto ou les États-Unis, car à Québec, ils se sentaient comme des anomalies. Je suis né à Limoilou, et j’y reste pour que nos frères et sœurs n’aient pas à répéter les conneries qu’on a faites pour obtenir les mêmes droits que tous. Je dénonce la stigmatisation des jeunes des communautés visibles. À mon âge, j’ai une meilleure crédibilité sociale, je contribue aux changements de mentalités. Il y a eu beaucoup d’évolution en 20 ans, mais il y a encore du profilage ethnique à Québec et la police agit en toute impunité.

Cela ne finit-il pas par user les nerfs ?

— Plus jeune, je gueulais quand je me faisais coller pour un contrôle d’identité ; aujour­d’hui, j’arbore le sourire, j’entame la conversation, ma politesse désarçonne les policiers. Ils disent m’intercepter parce que je suis « habillé hip-hop » ! C’est de l’ignorance. Pour eux, le rap se limite à 50 Cent [star new-yorkaise jouant du cliché]. Il existe un rap qui se tient loin des stéréotypes et des insanités. À la fin du 20e siècle, les bonzes américains de l’industrie du disque ont perverti la culture rap à coups de millions de dollars : on a évacué le côté revendicateur pour véhiculer des propos racistes, homo­phobes, misogynes. Avec mon rap et mes interventions publiques, je veux être un agent de cohésion sociale.

Ne vous accuse-t-on pas d’être un démagogue, un donneur de leçons ?

— On me traite d’« emmerdeur professionnel » dans les radios-poubelles. Je me moque d’être critiqué par ceux qui n’ont aucune idée de ce que sont le hip-hop, le délit de faciès, la réalité de l’immigration. J’ai une influence positive. Quand un jeune me dit que ma musique l’a empêché de se suicider ou lui a permis de tenir le coup en prison, je sais à quoi je sers.

• Ateliers d’écriture, école secon­daire La Camaradière, à Qué­bec, les 17 et 18 mai ; L’Agitée, à Québec, le 28 mai, 418 522-6133.

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J’adore ce clip, bien fait, qui représente un devoir de mémoire. Félicitations cher Webster, continuez votre travail si essentiel de sensibilisation. Vive la connaissance pour éliminer la bêtise.

C’est de l’excellent travail Ali! Continue de propager le savoir de la sorte et d’influencer les jeunes d’une façon très positive. Il est rare d’écouter des modèles intellectuels et positifs comme toi dans cette industrie. Ton œuvre fait vraiment la différence dans la vie de plusieurs jeunes (données probantes à l’appui dans mon entourage immédiat!). NICE JOB!

Respect a Web!!
Ali est un pilier, un leader….
Dommage de lui accoler l’étiquette(brulée) d’intello…
ah ouais…en fait on doit devenir intello quand on commence a apprendre les vraies choses….celles qui n’étaient pas au programme a l’école.

Ceci dit, cet article est bienvenu!

blessings!

Un clip très beau visuellement, auditivement et cérébralement. Tellement de « ment » qui nous montrent qu’il faut se réaproprier la fameuse devise « je me souviens » !
Ma connaissance du rap et du hip hop est plus que sommaire, l’un des seul qui m’avait fait dresser l’oreille, c’était MC Solaar et aussi Grand Corps Malade.
Bref, merci Webster de me sortir de ma zone de confort et de me montrer autrement cette ville que j’ai adopté.