Y a-t-il trop d’artistes ?

À l’heure où il n’a jamais été aussi facile de produire et de faire circuler une chanson ou une vidéo, la question se pose — d’autant plus que les indices de vitalité du secteur culturel, eux, sont au rouge, explique Tristan Malavoy-Racine.

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Photo : Getty Images

La question revient régulièrement sur le tapis : notre société compte-t-elle trop d’artistes ? À une période où il n’a jamais été aussi facile, grâce à la technologie numérique, de produire et de faire circuler une chanson ou une vidéo, la question se pose avec une acuité nouvelle, d’autant plus que les indices de vitalité du secteur culturel, eux, sont au rouge (chute des ventes de disques, librairies en difficulté, désaffection du public devant les spectacles en salles…).

CultureFaudrait-il limiter le nombre d’artistes qui acquièrent une pratique professionnelle ? Est-il seulement possible de «former» moins d’artistes ? Peut-on analyser la problématique sous un angle strictement comptable et dire que, dans ce domaine comme dans les autres, l’offre doit équivaloir à la demande ?

Sans aller jusque-là, l’actuel directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, déclarait au quotidien Le Devoir, en avril 2014 :

«Il y a trop de programmes universitaires en théâtre, j’en suis absolument convaincu. C’est déraisonnable de former 3 000 artistes en arts visuels par année au Canada. On a encore besoin d’institutions qui gardent les plus hauts critères de rigueur. Mais on n’a pas besoin de lieux de formation qui surproduisent des artistes en ne tenant pas compte de la réalité de la diffusion des arts dans notre société.»

Dans une discussion organisée à l’émission Bazzo.tv, il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion d’échanger sur la question avec le metteur en scène Serge Denoncourt et le même Simon Brault, qui en profitait pour énoncer des chiffres intéressants — soulignant par exemple que dans le secteur culturel, 1 % de la production mondiale récolte 70 % des revenus. Serge Denoncourt, lui, soutenait qu’il n’y aura jamais trop d’artistes dans une société, et que de toute façon, le bon vieux Darwin intervient tôt ou tard, ne permettant qu’aux meilleurs de mener une carrière.

La discussion bifurque à un moment vers l’éveil des jeunes à la chose artistique. Devrait-on encourager davantage, socialement, la formation d’un public ouvert aux arts, et pas seulement qu’au divertissement de masse ? Est-ce que ça ne créerait pas, du coup, plus de travail pour celles et ceux qui rêvent d’embrasser la carrière artistique ?

C’est là répondre à une question par une autre, mais il semble que de toute façon, il n’y ait pas de réponse simple à une aussi vaste question…

(Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir la discussion sur le thème «Forme-t-on trop d’artistes ?», présentée à Bazzo.tv.)

tristan

 

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Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait trop d’artistes MAIS il y a trop…beaucoup trop de subventions.

Que certains soient incapables de vivre de leur art est incontestable. Toutefois, cela justifie-t-il l’aide gouvernementale? L’État doit-il jouer le rôle de mécène?

On dit que la culture n’est pas une production comme les autres. Pourtant, que l’on soit écrivain ou mécanicien, l’équation est simple : on est pauvre quand on n’arrive pas à vendre ce que l’on produit. Je serai franc, au risque d’être politiquement incorrect. Il n’existe que deux raisons pour lesquelles un artiste vit dans la misère. La première est que son talent n’est peut-être pas en demande. La deuxième est qu’il est peut-être tout simplement dépourvu de talent. Dans un cas comme dans l’autre, le public n’est pas disposé à consacrer son argent à l’achat du produit culturel proposé. Ainsi, pourquoi y mettre l’argent du contribuable? Pourquoi l’État achèterait-il, au nom de la collectivité, ce que nous refusons d’acheter individuellement?

«C’est déraisonnable de former 3 000 artistes en arts visuels par année au Canada.»

Les gens ont le droit de se former dans ce qu’il veulent, ce sera à eux par la suite de vivre avec leur choix.

Par contre c’est vrai qu’il est déraisonnable de subventionner autant que nous le faisons ces formations. Que les gens fassent des choix soit, mais que les autres aient à payer pour là c’est un toute autre histoire.

La loi de l’offre et de la demande est faussée par l’octroi abusif de subventions ou de crédits d’impôts fondé non pas sur le talent, mesuré par le succès (le mérite), mais sur le statut d’artiste, un concept flexible à souhait. C’est ainsi que l’on gouverne selon le « droit à » (entitlement) plutôt que sur la performance. C’est ce que ce milieu, hélas, persiste à demander, par solidarité sans doute, le maintien du soutien gouvernemental au plus grand nombre. Ainsi, chaque fois que des organismes venant en aide aux artistes évoquent un resserrement des règles, on crie à au meurtre. C’est ainsi que l’offre, allant du plus médiocre talent au plus grand oeuvre, constitue une offre qui dépasse de loin les goûts et les besoins des consommateurs d’art et de culture.

Je ne crois pas que la formation est le problème, car il n’est pas dit que toutes les personnes formées persistent dans le domaine et réussissent à vivre de leur talent. Si je prends seulement la musique comme exemple, on assiste depuis 10 ans à une éclosion de talent. Je suis grandement impressionné par la qualité de l’écriture des chansons, les choix musicaux et surtout les arrangements. Quand j’ai vu Alex Nevski dans une toute petite salle de spectacle en Outaouais, je me suis dit qu’il avait un talent incroyable et une très belle voix, sans compter sur sa présence sur scène. J’espérais alors qu’on reconnaisse son talent, ce qui est heureusement venu. Et il y a bien d’autres jeunes artistes qui méritent d’être découverts. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que les salles sont bondées de personnes de plus de 50 ans. Je ne serais pas surpris que la moyenne d’âge soit de 58 ans! Où sont les jeunes? À chaque fois que je parle à un jeune sur un artiste de sa génération, on me répond presque toujours j’écoute des artistes anglophones. Il y a 30 ans, l’offre québécoise était limitée mais aujourd’hui comment expliquer que les jeunes n’écoutent pas des créations dans leur langue. J’espère que cela va changer… et qu’on reconnaisse non seulement la qualité de nos artistes mais aussi l’expression vivante de notre culture. Tout est là! Des citoyens qui produisent à profusion, c’est une société qui rayonne tant de l’intérieur que de l’extérieur.

On naît artiste. Il n’y a donc pas trop d’artistes. Chacun doit pouvoir tenter sa chance dans le domaine dans lequel il s’épanouira. Pour le reste, la «sélection naturelle» déterminera qui va percer…et chacun devra ensuite s’adapter pour gagner sa vie.

Que fait-on de la liberté d’expression ? Il n’y aura jamais trop d’artistes, mais il y a eu trop de fanatiques et de gens violents par le passé, et il y en a trop aujourd’hui. La musique adoucit les moeurs, c’est pourquoi les talibans sont contre les arts et tuent les personnes qui aiment la musique. Les islamistes font de même : ils tuent les gens qui sont bons, car ils sont menés par leur haine intérieure. Oui, il y a trop de subventions. Laissons la loi du marché opérer. Poser la question, à savoir s’il y a trop d’artistes, est un geste qui s’apparente au fascisme. Nous sommes libres de créer ! Si nos oeuvres ne trouvent pas preneur, faute de talent, tant pis !

Il y a trop d’artistes mais la question dénote un piège. Quels sont les types d’artistes qui sont en nombre suffisant par rapport aux artistes qui sont trop nombreux? L’art de la scène d’où découle les artistes de la télévision est disproportionné car le domaine de l’art comporte des cercles de petits namis (sic) qui sans avoir vraiment de talent se retrouvent sur les planches des théâtres mais surtout a la télévision ou l’on ne voit qu’un petit groupe d’artistes dont le public s’en écoeurent rapidement.

Je n’oserai pas nommer de nom mais je crois que tous savent très bien que cette problématique devienne lassante au point ou lorsque vous avez 50% d’artistes de piètres performance et qu’ils se retrouvent dans plusieurs émission, nous finissons tout par nous lasser des émissions elle-même.

En plus de nous imposer les petits namis (sic) de l’un et l’autre, on nous engouffre des émissions sur les artistes qui se sont multiplié depuis une quinzaine d’années. Trop c’est trop !!! Le léchage a une limite et elle a été dépassée depuis fort longtemps. C’est le même problème avec les enfants des artistes qui deviennent du jour au lendemain des sommités… de quoi j’en ai vraiment aucune idée et se sont eux qui dans bien des cas qui offrent des prestations les plus lamentables. Une autre formule de léchage.

Du côté chanson, il y en a vraiment beaucoup trop, ils n’ont pas de voix et les paroliers manquent de vocabulaire. Les arrangements musicaux sont minables parce que se sont toujours les mêmes qui les produisent. Plus nous avançons et plus cela ressemble à de la Musac (musique d’ascenseur).

Du côté monologue, c’est le véritable bordel ou les artistes n’ont plus de substances au bout de trois ans et plusieurs ne devraient même pas être présentés.

Mais ce qui me fait rigoler le plus c’est cette présumée autocritique (totalement absente de réalité) dont plusieurs se gargouillent de vocables presque révérencieux et devraient vraiment aller consulter.

Du côté anglophone nous ne faisons que deux ou bien c’est excellent ou bien tu va gratter ta guitare dans des tavarnes (sic).

Les programmes de subventions politiques des péquoistes qui les donnaient à ceux qui faisaient la promotion de l’indépendance n’a fait que du tort a la capacité québécoise de produire des artistes de qualité.

Beaucoup de jeunes ont un talent inné,il faut leur offrir une formation artistique qui donne leur chance à tous,mais le talent ne suffit pas,il faut que cette formation soit rigoureuse,demande les efforts constants qui seront nécessaires dans leur carrière.Avoir une belle voix ou un joli coup de crayon n’est qu’un atout parmi d’autres.
Changer d’orientation ne doit pas être un échec,des études en arts permettront d’humaniser le travail dans d’autres domaines,de devenir un moyen de communication universel,et,comme le goût de la lecture,de ne jamais s’ennuyer avec soi-même,à tout âge et dans n’importe quelle condition.

C’est plutôt qu’il en trop qui se croient artiste.

Exactement, et nous n’avons pas besoin d’avoir un ver de Vodka dans le nez pour s’en aperçevoir.

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