YES: options nationales

L’Écosse et le Québec parlent-ils différemment d’indépendance? Un cinéaste québécois a plongé dans l’atmosphère référendaire des Écossais.

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Photo: Babel films

Avec son casque de poil, son panache de cervidé et sa ceinture fléchée nouée sur un kilt, Simon Beaudry évoque plus le party d’Halloween branché que la réflexion politique. Celui qui est aussi directeur de création en publicité (Bos, K-72) a pourtant imaginé ce personnage halluciné pour enquêter, à sa manière, sur la notion d’indépendance nationale. Au sens large et pas que dans une perspective québécoise, ce qui l’a mené en Écosse, à l’automne 2014, quelques jours avant le référendum qui aurait pu conduire à l’indépendance de cette nation du Royaume-Uni (le «non» l’avait emporté par 55,4% des voix).

La démarche singulière, performance artistique bien plus que reportage, est au cœur du documentaire YES, réalisé par Félix Rose et Eric Piccoli, qui vient de prendre l’affiche au Cinéma du Parc, à Montréal. On y suit Beaudry et Samuel Bergeron, un Québécois étudiant à Glasgow que le premier va rejoindre et qui prendra la route avec lui. Leur objectif: frotter deux cultures et deux discours indépendantistes, de façon décomplexée, volontairement candide, pour voir ce qui va en sortir.

Le performeur et son acolyte ne sont pas là qu’en spectateurs. Ils s’impliquent, dialoguent avec les Écossais rencontrés en chemin, jalonnent leur parcours de mots ou de bouts de phrases tracés, au ruban adhésif blanc, sur les murs et les trottoirs.

Il y a bien quelques effets un peu faciles – à un agent écossais qui lui demande de retirer le ruban qu’il a collé au milieu d’une rue, formant le mot «FREEDOM», Beaudry répliquera: «Vous voulez que j’efface la liberté?» Mais l’aventure est pour l’essentiel menée avec beaucoup d’intelligence et d’ouverture par ces explorateurs de la psyché collective.

S’ils sont eux-mêmes conscients du côté dérisoire de l’entreprise, touchants dans les doutes qui les habitent quant à la pertinence de ce qu’ils sont en train de faire, ils n’en restent pas moins convaincus, comme nous le devenons au fil de ce film inclassable, qu’il n’est pas vain d’aborder une question politique sérieuse sous un angle ludique, d’abord artistique, là où on ne propose d’ordinaire que des analyses rationnelles.

Un regard neuf sur une question qu’on dit usée.

(Jusqu’au 16 mars)

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2 commentaires
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Avec un déficit de 9.5% du PIB l’écosse va vite devenir la Grèce si elle se sépare! Et ils croient que l’Europe vl les aider? Demandez aux Grecs ce qu’ils en pensent…

Un regard neuf sur une question qu’ on dit usée !!!! C’ est usé à partir du moment qu’ il a été perdu par presque 6 points d’ écart ! Au Québec c’ est usé depuis 1995 2 fois plutôt qu’ une !!! Il reste maintenant en Catalogne qui probablement ne réussira pas non plus. Et vous avez raison c’ est d’ abord ludique et artistique sans plus et sera sans doute visionné par les nostalgiques de l’ indépendance et/ou étudiant en quête de sujet pour leurs travaux académiques!