Des biais qui font perdre des billets

Enchaîner les bons coups en bourse, ce n’est pas qu’une affaire de calculs et d’instinct. L’investisseur futé doit aussi tirer des enseignements des sciences qui cherchent à comprendre l’humain, dont la sociologie et la psychologie. Connais-toi toi-même, disait le philosophe. C’est aussi la règle à suivre pour investir sagement. 

Les biais cognitifs sont des interprétations erronées d’informations qui mènent à des décisions irrationnelles. Cela n’a rien d’une tare plutôt rare, au contraire : tout le monde en a, tous les jours, le plus souvent inconsciemment.

Par exemple : devant deux restaurants, l’un bondé et animé, et l’autre vide, où iriez-vous manger?

Les peureux et les jaloux

Le biais de l’effet de troupeau – qui va aussi nous faire attendre pendant une heure qu’une table se libère devant un resto plein – est courant chez les investisseurs autonomes, explique Jean-Philippe Legault, gestionnaire de portefeuille chez Cote 100, une firme-boutique d’investissement.

L’expert évoque la ruée sur les titres de cannabis pendant les mois précédant la légalisation. Cette frénésie était alimentée par un autre biais : la jalousie. « Les gens n’aiment pas avoir l’impression que les autres font de l’argent! », ajoute-t-il. Or, les titres de plusieurs entreprises du milieu du cannabis ont connu une chute vertigineuse. Par exemple, celui de la société canadienne HEXO, qui se négociait à l’époque autour de 30 $ l’action, a pris 30 % de valeur avant de s’effondrer rapidement. L’action vaut aujourd’hui moins de 1 $.

Jean-Philippe Legault remarque aussi, au rayon des sentiments nuisibles, que l’aversion aux pertes afflige souvent les débutants. « Dès que l’investisseur va faire un peu d’argent sur un titre, il va le vendre, tandis qu’il va garder les titres perdants pour ne pas réaliser ses pertes. C’est comme un jardinier qui coupe ses fleurs et qui laisse pousser les mauvaises herbes. »

Il note finalement l’attachement irrationnel à un prix plus bas ou plus haut : le biais d’ancrage. Prenons l’exemple d’une maison qui s’est vendue 200 000 $ en 2018 et qui en vaudrait le double aujourd’hui après un boom immobilier. Rien ne sert de rester attaché au prix d’avant la pandémie, qui était lié à une situation qui n’a plus cours aujourd’hui.

Les faits sont rois

Il existe heureusement des façons d’éviter de se faire avoir par son propre cerveau.

Contre l’ancrage? Ne pas regarder le prix d’achat du titre au moment de la vente pour ne pas se laisser influencer par le gain ou la perte.

Contre l’effet de troupeau? Chercher des avis qui vont dans le sens contraire de ce que vous pensez. Un truc : plusieurs courtiers partagent leurs analyses de titres sur leur site Web ou dans leur infolettre. C’est précieux, puisque très peu d’investisseurs amateurs ont les connaissances nécessaires pour mener cet exercice rigoureux.

Jean-Philippe Legault suggère aussi de noter en quelques lignes les raisons pour lesquelles on embarque dans un titre : les caractéristiques qui en font un bon titre; les avis favorables et défavorables dont on a pris connaissance au moment de l’achat; la durée pendant laquelle on veut garder notre position.

L’exercice permet de voir si notre réflexion manque de profondeur. Ce sera aussi pratique plus tard, pour évaluer si les raisons qui rendaient les actions d’une société attrayantes tiennent toujours.

On pense souvent à l’investissement comme à une manière de s’enrichir en espèces sonnantes. Pourtant, c’est un processus qui ne se fait pas sans une part d’autoréflexion sur nos mauvais plis mentaux, et une démarche qui peut nous faire cheminer vers une meilleure version de soi. La finance et la philosophie, ce sont deux manières d’apprendre à se connaître.


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