Adieu, climatosceptiques

En anglais, on dit « climate denier », une personne « en déni » de l’urgence climatique. En français, le terme « climatosceptique » sonne beaucoup moins péjoratif. Appelons un chat un chat. Ce chat-là est un négateur du climat.

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Dès qu’il sent un petit courant d’air froid passer sous la porte du bureau ovale, Donald Trump, le climatosceptique le plus connu du monde, se rue sur son téléphone pour écrire un des fameux tweets dont il a le secret. 

« Soyez prudents et essayez de rester à la maison. Une grande partie du pays souffre d’énormes chutes de neige et d’un froid presque record. […] Ce serait pas mal d’avoir un peu de ce bon vieux réchauffement de la planète en ce moment ! »

Comme beaucoup de climatosceptiques, le président américain confond le climat, dont les variations s’évaluent sur trente ans, et la météo, qui fait référence aux conditions quotidiennes de l’atmosphère. 

D’ailleurs, pour élucider la fameuse question : « Pourquoi fait-il si froid si la planète se réchauffe ? », un des meilleurs exemples est celui du lac Érié. En 2006, les températures au-dessus de la moyenne ont empêché le lac Érié de geler pour la première fois de son histoire. Une masse d’eau plus grande que d’habitude s’est évaporée et a alimenté les précipitations, entraînant une augmentation des chutes de neige cet hiver-là. C’est ainsi que le réchauffement des températures peut être synonyme de plus fortes averses de neige.   

Ces questions sont légitimes. Les indicateurs des changements climatiques sont complexes à comprendre, et chaque région du monde fait face à des conséquences différentes. Mais dire que le réchauffement climatique n’existe pas ou que l’homme n’en est pas responsable est tout simplement faux. Le consensus est sans appel : 97 % des scientifiques qui ont publié une étude sur le réchauffement climatique s’accordent sur le réchauffement des températures et la responsabilité humaine.

Oui, il y a une urgence climatique, et oui, c’est de notre faute.

C’est là que le mot « sceptique » dans « climatosceptique » pose problème. Il irrite des scientifiques qui étudient les changements climatiques depuis plusieurs dizaines d’années. Ils trouvent le mot inexact, et préfèrent le terme « négateur du climat ». 

Pourquoi le mot « sceptique » ne convient-il pas ? Le mot est entré dans le langage courant et paraît presque trop doux, sympathique, en opposition au mot « déni » utilisé par les anglophones. Être en déni, c’est péjoratif, c’est le refus d’une réalité. D’ailleurs, quand on tape le mot « déni » dans Google, on tombe immédiatement sur des photos d’autruches, la tête dans le sable. En revanche, quand on tape le mot « sceptique », on tombe sur des photos de banques d’images qui montrent des gens qui lèvent un sourcil ou qui se frottent le menton avec l’air incrédule. 

Le sceptique doute, et devant un tel consensus scientifique, le doute n’a pas sa place. 

Un soir de septembre 2019, un groupe d’étudiants agglutinés dans un local associatif de Montréal pour préparer la grande marche du 27 septembre a débattu de la question. Ils se sont accordés pour dire que les journalistes devraient arrêter d’utiliser le mot « climatosceptique », et que les négateurs du climat doivent être décrits par un terme à consonance négative. Violaine, une jeune cégépienne aux longs cheveux tressés s’est écriée : « Dire que l’urgence climatique n’existe pas, c’est aussi stupide que de dire que le pont Champlain n’existe pas! C’est là, c’est sous nos yeux! » Elle s’est tournée vers moi : « Tu l’appellerais comment dans ton article ce gars, un “Champlainsceptique” ? »

Pourquoi le mot sceptique est-il si trompeur ? La première définition du Petit Robert, c’est « philosophe partisan du doute systématique. ». Dans le sens philosophique du terme, un sceptique douterait donc du réchauffement climatique ?  

« On peut supposer que bien des sceptiques accepteraient sans hésiter la valeur probante des données présentées par le GIEC et d’autres organismes qui montrent le réchauffement de la planète », répond Dario Perinetti, professeur de philosophie à l’UQAM et spécialiste en histoire du scepticisme moderne. Il explique qu’il existe de nos jours un amalgame entre le doute ordinaire et le scepticisme. « Le sceptique ne remet pas en cause ce qui est démontré par la science, explique le professeur. Le climatosceptique n’est pas sceptique, c’est un douteur ordinaire. » Et celui qui doute de la science, en philosophie, doit apporter des preuves tout aussi scientifiques pour appuyer ses dires. 

« Ce que les sceptiques refusent, c’est la prétention de connaître toutes les choses qui ne sont pas accessibles à l’observation, et non les études basées sur les observations empiriques », conclut le philosophe.

Bref, le sceptique en philosophie est un allié de la science moderne, et le mot n’est décidément pas adapté au déni du climat.

Nous ferons donc attention à utiliser régulièrement d’autres termes : « climatonégationnistes », personnes en déni climatique, ou encore « négateurs du climat ». Mais sur le sujet, soyons rassurés, les Canadiens ont confiance en la science, et les journalistes scientifiques n’ont pas envie de donner la parole aux négateurs du climat. Après tout, la hausse des températures et l’urgence climatique ne sont pas sujettes à débat. Il n’y a pas de raison de leur donner la parole, de la même façon qu’il n’y aurait aucune raison de perdre son temps à écrire sur celui qui nous dirait que le pont Champlain n’existe pas.