« Ce n’est que le début, ça va être une révolution »

Pour les activistes de la marche pour le climat, la manifestation du 27 septembre n’est que le commencement de la lutte, qui se poursuivra jusqu’à l’adoption de mesures radicales par les gouvernements.

Photo : Marie Boule

Assis sur un bout de trottoir, derrière la scène du Boulevard Robert-Bourassa, les jeunes  porte-paroles qui ont marché aux côtés de Greta au premier rang de la manifestation sont un peu sonnés. C’est fini. Ils se prennent dans les bras, ils rient nerveusement, le regard parfois hagard, parfois rempli de larmes. La plupart d’entre eux étaient là en février, lors des premières marches pour le climat, qui rassemblaient une petite centaine de jeunes les vendredis. Ils ont du mal à réaliser que près d’un demi-million de personnes viennent de participer à la grève ce 27 septembre, que Greta Thunberg était parmi eux.

« On est partis de rien et on a déjà créé un mouvement historique, on a prouvé qu’on peut changer les choses, dit Eve Grenier Houde, co-porte-parole des élèves de secondaire. Ce n’est que le début, ça va être une révolution. »

Tant que les gouvernements ne proposent pas d’engagements concrets qui mènent à la carboneutralité, les militants expliquent qu’ils ne lâcheront rien. Et promettent d’utiliser tous les moyens de pression à leur disposition pour poursuivre leur lutte pour le climat. Grèves, actions de désobéissance civile, manifestations : « Le Québec n’a encore rien vu », assure  Eve Grenier Houde.

Pour Marouane Joundi, lui aussi co-porte-parole des étudiants, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Le matin, il s’est adressé à tous les responsables politiques : « Vous n’allez pas pouvoir nous éviter longtemps, parce que ce que nous menons c’est une guerre contre la destruction, contre l’injustice. »

« Vous n’allez pas pouvoir nous éviter longtemps, parce que ce que nous menons c’est une guerre contre la destruction, contre l’injustice. »

Marouane Joundi, co-porte-parole des étudiants

Parmi les projets qui doivent être abandonnés en urgence selon les militants, il y a Trans Mountain, le projet de port méthanier GNL Québec, et le 3e lien, projet de tunnel routier visant à relier les rives du Saint-Laurent entre Québec et Lévis. Autre priorité pour la coalition : s’attaquer à la question de la protection des territoires autochtones, qui subissent des répercussions importantes des changements climatiques.

« Le pire est à venir, nous dit David Suzuki pendant la marche, et c’est ce que Greta et les autres jeunes sont en train de réaliser. Ils seront de plus en plus désespérés s’il n’y a pas d’actions radicales du gouvernement. »

Le Canada doit être exemplaire, selon les militants, notamment parce que le pays se réchauffe, en moyenne, à un rythme deux fois plus élevé que le reste de la planète selon les conclusions d’un rapport d’Environnement Canada publié en avril 2019.

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En grignotant des carottes et du houmous sur le bord de la route, les jeunes discutent du nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) publié mercredi, qui prévient que les répercussions pour la vie sur Terre seront pires au cours des prochaines décennies, si l’on ne réduit pas de façon drastique les émissions de gaz à effet de serre imputables à l’activité humaine.

« C’est quand même incroyable d’ignorer la science, non? Tout est là, c’est fatigant! » s’exclame Zak Lavarenne, un étudiant qui a presque perdu sa voix après des heures à crier des slogans.

La fatigue, Béa Mellet, une élève de secondaire, en a accumulé. Le papillon vert qu’elle a dessiné sur le front ne suffit pas à masquer son épuisement. Elle a d’ailleurs parlé de cette fatigue avec Greta, lors de la discussion privée qu’elle a eue avec un petit groupe de jeunes : « Ça parait qu’elle est épuisée, on l’est tous un peu. On a parlé de la lourdeur de son rôle. Elle dit qu’elle n’a rien demandé, que ça aurait pu être n’importe qui, mais que c’est tombé sur elle. Elle s’ennuie de sa soeur et de son pays. »

« Tant que notre avenir ne sera pas assuré, on continuera à se battre »

Eve Grenier Houde, la porte-parole des élèves de secondaire

« Les cours lui manquent, Greta nous a dit qu’elle avait hâte de retourner à l’école, explique Eve Grenier Houde, la porte-parole des élèves de secondaire. Avant de confier partager également ce sentiment. « Mais tant que notre avenir ne sera pas assuré, on continuera à se battre », dit-elle.

Le prochain rendez-vous de la mobilisation est fixé à la semaine du 7 octobre, lors de laquelle le groupe Extinction Rebellion organisera des actions de désobéissance civile. Suivront des jours de grève et de mobilisation organisés par la coalition des étudiants, élèves du secondaire, les ONG et les collectifs pour le climat.

Au moment de quitter le trottoir pour partir célébrer le succès de cette manifestation monstre avec ses amis, Marouane Joundi veut dire un dernier mot : « Quoi qu’il arrive, on a plus d’énergie que les politiciens, et crois-moi, on y arrivera, la pression ne fait que commencer. »

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8 commentaires
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Tout changement doit commencer dans sa cour. Des manifestants présents, combien ont une auto ‘polluante? » et qu’attentent-ils pour être plus carbon neutre?

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N’oublions pas que les causes de la pollution sont souvent systémiques. Le gouvernement encourage l’usage d’énergies fossiles de plein de manières: subventions aux entreprises pétrolières, entretien des routes, manque de transport collectif, mauvais urbanisme, gestion des déchets ménagers, agricoles et surtout pétroliers, absence de taxes sur le kérosène etc.

Dans d’autres cas, le gouvernement n’est pas du tout coupable mais a le pouvoir d’améliorer les choses: soutien aux énergies renouvelables, soutien à l’électrification des transports et du chauffage, loi sur la responsabilité élargie des producteurs, soutien aux agriculteurs pour leurs services écologiques (dont la capture de carbone) entre autres.

Les actions individuelles sont aussi très importantes, et je ne doute pas que les manifestants présents font aussi des efforts dans ce sens.

Une nouvelle section «Environnement»? Bravo!

Mais j’avais 12 ans en 1992 et je vous avais écrit pour vous demander pourquoi vous n’en aviez pas déjà.

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Ce que nous enseignent certaines philosophies orientales notamment, c’est qu’en toute chose il est son contraire. En sorte que ce qui est naturellement recherchée par la nature elle-même c’est l’équilibre. Ainsi tout excès dans un sens et naturellement compensé par tout excès égal dans l’autre sens. Peu importe la direction, un excès, c’est toujours un excès.

Nous nous imaginons que les espaces démocratiques confèrent aux citoyens des droits. C’est en partie vrai. Si ce n’est que la démocratie repose essentiellement sur des rapports de force et qu’une force de la rue peut rarement dépasser le centre du pouvoir à moins de s’emparer du dit centre et d’en prendre la place. Dans ce cas, la solution c’est : l’insurrection.

Sommes-nous vraiment prêt à nous insurger pour le climat. À renoncer à tout pour sauver la planète ? Pas 1% de la population du Canada est prête à cela. Et combien ailleurs dans le monde ?

Même si par exemple Gandhi est parvenu à l’indépendance de l’Inde par la désobéissance civile au terme de décennies de désobéissance. Rien n’indique qu’on n’y serait pas parvenu d’une autre façon. Gandhi avait une sainte horreur du communisme.

Tout ceci s’est soldé ensuite par des massacres inter-communautaires sans précédents et la partition de l’Inde avec la naissance du Pakistan. Je ne suis pas sûr que c’était exactement ce que voulait Gandhi. Sa vision était plus humaniste et généreuse.

Je ne voudrais pas briser l’espoir de ces jeunes et moins jeunes qui croient que par leur lutte, ils parviendront à obtenir des gouvernements cette société plus vertes et plus égalitaire qu’ils revendiquent. Je garde néanmoins un petit bémol qu’en aux résultats à court, moyen ou long terme sur de telles actions.

Très objectivement, je ne crois pas que l’abandon de Trans Mountain ou d’un troisième lien à Québec, que ceci nous propulse dans une réduction significative de la production de gaz à effet de serre. Tant et aussi longtemps que nous extrairons du pétrole au Canada, il faudra le transporter. Le transport non sécuritaire par train ou par camionnage augmentera simplement des risques de déversements, les risques de catastrophes écologiques ou des tragédies humaines comme celle de Lac Mégantic. Les oléoducs ont quand même certains avantages….

Alors il faudra plus que quelques manifs et quelques abandons pour restaurer les écosystèmes et le climat. 2050 arrivera beaucoup plus vite qu’on ne le croit. Bien des jeunes qui vendredi profitaient de cette belle journée automnale pour faire entendre leur mélodieuse voix. Bon nombre d’entre eux seront alors devenus vieux et plus d’un auront fait quelques compromis même si la température moyenne s’est inexorablement élevée de quelques degrés. Même si des centaines (ou peut-être des milliers) d’espèces auront disparues. Même si les deux pôles auront fondu. Même s’il faut continuer de vivre dans des bulles réfrigérées.

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Personne n’est parfait, mais tous ensemble nous sauverons la Planète!

L’ampleur de la tâche est grande mais ne sous-estimons pas la force vitale de la jeunesse, des rêves et de l’espoir. Mais il faut bien commencer quelque part… Une montagne, même l’Everest se gravit pas à pas et l’océan n’est fait que de gouttes d’eau.

Surtout, ne sombrons pas dans le désespoir. Nous n’avons simplement pas le droit comme être vivant intelligent de ne pas au moins essayer de relever le défi. C’est une question de dignité!

Devant l’immobilisme ambiant, nous n’avons d’autre choix que de nous engager. En réalité, les solutions existent, il suffit d’avoir la volonté de changer nos habitudes de surconsommation et de le faire concrètement, un changement à la fois. Nous avons le devoir moral, sans attendre les autres, de poser des gestes concrets. Les fameux 6R: refuser, réduire, réutiliser, réparer, recycler, réinventer et j’ajouterais réveiller la conscience des personnes de bonne volonté et (re)planter des arbres.

En y mettant nos efforts et notre créativité nous avancerons et sans croire aux miracles technologiques, probablement que la science nous réserve quelques surprises. Par exemple, la formidable capacité mobilisatrice des réseaux sociaux.

Si ce n’est pas pour nous, faisons le pour les autres et les jeunes générations qui nous suivent. Plusieurs se plaignent de morosité ambiante. Le passage à une économie durable et la lutte aux changements climatique, voilà un beau projet de société!

Soyons courageux, ingénieux et relevons le défi climatique. Avec Madame Thunberg et tous les jeunes du Québec et du monde, j’y vois une belle convergence des générations. Personne n’est parfait, mais tous ensemble nous pouvons et devons sauver la Planète!

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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@ Cher monsieur Coulombe,

Vous qui êtes un éminent scientifique, j’aimerais vous soumettre deux « petites » équations :

Considérant que le Canada pointe en 21ième position (soit devant les Américains, 22ième) sur un classement de 208 pays, que la consommation moyenne de pétrole par Canadien est d’aussi peu que 64,4 barils de pétrole par jour pour 1000 habitants. Combien de jours cela prendra-t-il (de semaines, de mois, d’années, de décennies, de siècles ou je ne sais… de millénaires) pour que cette consommation soit réduite à zéro ?

Considérant que la principale source humaine d’émissions de gaz à effet de serre est attribuable aux transports, que l’automobile y est pour quelques choses. Remarquant que la croissance du nombre des immatriculations pour le seul Québec est exponentielle depuis le début des années 50, que cet engouement pour le véhicule sur roue n’a pas faibli le moindrement du monde dans cette seule décennie (malgré la crise économique de 2008) et qu’il atteignait au 1er trimestre de 2019, le chiffre record de 6,6 millions de véhicules.

Estimant que rien n’indique dans cet engouement, de l’amorce d’une baisse significative, alors que les immatriculations portent plutôt sur de gros véhicules propulsés à l’essence que sur des véhicules éco-énergétiques. Constatant que ce qui est vrai au Québec, l’est également pour le reste du Canada selon les données colligées par Statistique Canada… puisqu’il y a plus de véhicules immatriculés qu’il n’y a d’habitants. Combien d’heures, combien de jours ou combien de millions d’années cela prend-il pour remplacer tout ce cheptel par des véhicules zéro émission ?

Je suppose par l’authentique naïveté de vos propos, que tous ensemble, une petite manifestation pour le climat à la fois, il ne faudra qu’un rien de temps pour parvenir à d’aussi bons et magnifiques résultats.

Cher Monsieur Drouginsky,

En effet, je le répète, l’ampleur de la tâche est considérable. Je ne conteste pas vos chiffres sur la consommation de pétrole et le nombre d’immatriculations au Canada.

Notez cependant une note discordante, soit une très légère baisse en 2018 du nombre de voitures immatriculées à Montréal (http://bit.ly/2nJndwn). Pour beaucoup de jeunes, dont mes chers ados, posséder une voiture a beaucoup moins d’attrait que pour les générations précédentes.

Enfin, la petite manifestation pour le climat comme vous écrivez avec mépris, reste probablement la plus importante de l’histoire du Québec. Ce nest pas une fin en soi, mais juste la bougie d’allumage d’un mouvement qui prendra, je l’espère, beaucoup d’ampleur. Ne serait-ce que par le renouvellement des générations et de nouvelles technologies comme les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle (mon domaine de recherche).

D’autres changements, moins importants et moins difficiles je l’avoue, mais jugés par plusieurs impossibles ont été faits sans douleur comme la baisse du tabagisme, le port de la ceinture de sécurité, et l’alcool au volant. Des changements qui se sont réalisés en quelques années seulement. Au niveau de l’adoption des technologies, le passage de la voiture à cheval à l’automobile a pris un peu plus de 20 ans, Internet, le téléphone intelligent et les réseaux sociaux se sont imposés en moins de 10 ans. Bien sûr, la lutte aux changements climatiques est d’une autre ampleur, mais les solutions existent, il suffit de changer nos habitudes de surconsommation.

Moi aussi, il m’arrive de me sentir dépassé par l’ampleur de la tâche, mais cela me stimule davantage que cela ne me décourage. Je le vois comme un défi à relever et avec tous ces jeunes qui se mobilisent, je ne me sens pas seul.

En terminant, je préfère être un scientifique naïf qui rêve et espère qu’un non-scientifique cynique et désespéré. Cela dit je comprends et respecte vos choix.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

« Au début ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, après ils vous attaquent et à la fin vous gagnez. » – Nicholas Klein 1918 (parfois faussement attribué à Gandhi)

Cela fait des décennies que nous sommes conscients de l’impact désastreux des GES et des changements climatiques et il y a eu beaucoup de manifestations et des actions concrètes. Greenpeace est né dans les années ’70 et a aussi fait beaucoup d’actions pour sensibiliser la populations au désastre qui nous pend au bout du nez. C’est donc une bonne chose que les jeunes s’en mêlent aussi car c’est leur avenir qui est en jeu mais ils ne doivent pas penser qu’ils sont les seuls et que c’est nouveau – ils ne devraient pas tenter de réinventer la roue.

Manifester c’est bien mais il faut des actions concrètes et que les bottines suivent les babines. On est en pleine élection fédérale et on sait que les 2 principaux partis sont soit hostile, soit hypocrite face aux changements climatiques. Trudeau a beau claironner qu’il est écolo et participer à la marche du 27 septembre mais c’est en fait un manipulateur-né et l’achat de l’oléoduc TM en est une illustration. Scheer lui n’est pas hypocrite, il est un admirateur inconditionnel des sables bitumineux et du pétrole canadien, ça on le sait et il ne s’en cache pas. Si on est sérieux à propos des actions à prendre, il faut regarder ailleurs et voter autre que libéral ou conservateur (on va passer sous silence le PPC).

Allez voter, n’ayez pas peur de voter selon votre conscience et considérez cela comme une première étape. Si ça ne fonctionne pas et qu’on se retrouve avec des anti-environnement, il sera toujours temps de passer à la deuxième étape…

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