Climat : vols au-dessus d’un nid de coucou

Des compagnies aériennes européennes effectuent des milliers de « vols fantômes » pour ne pas perdre leurs horaires de départ et d’arrivée dans les aéroports. Une (autre) preuve qu’il est temps de transformer en profondeur notre système économique.

Crédit: Getty Images

Ancien directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand a rejoint en juin 2020 la Fondation du Grand Montréal à titre de président-directeur général.

Le journal belge Le Soir nous a appris en début d’année que la compagnie aérienne Lufthansa, l’une des plus importantes au monde, prévoyait effectuer 18 000 vols à vide cet hiver, dans le but de conserver ses droits de décollage et d’atterrissage dans des aéroports européens. Des milliers d’avions vides, des centaines de milliers de tonnes de GES inutilement émises en pleine crise climatique. Cet exemple illustre parfaitement les causes systémiques de cette crise, et pourquoi il est illusoire de penser la résoudre sans démanteler les systèmes qui l’alimentent.

Comment est-il possible que les compagnies aériennes et les autorités réglementant l’aviation en Europe, et leurs dizaines de milliers d’employés, en viennent à une telle solution, alors qu’il est urgent de réduire nos émissions de moitié en huit ans ? C’est qu’ils sont tous prisonniers d’un système dont l’inertie nous pousse au bord du gouffre. Les entreprises veillent à maximiser leurs profits, les autorités réglementaires s’appliquent à protéger le statu quo, et entre les deux, des armées de lobbyistes s’assurent que leurs intérêts particuliers priment le bien commun.

De plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer que la clé de la lutte contre les changements climatiques ne réside pas dans des avancées technologiques — nous avons déjà toutes les technologies nécessaires —, mais plutôt dans des réformes systémiques du modèle de croissance économique dont nous sommes tous à la fois captifs et complices. Le slogan « Changer le système, pas le climat » est probablement le plus porteur de vérité. Quand le système fait voler des avions vides, c’est le signe de son échec le plus profond.

La méthode douce ne fonctionne pas 

Je me voue depuis 25 ans à la protection de l’environnement et à la lutte contre les changements climatiques, et j’ai longtemps pensé qu’il était possible de réformer le système à la marge, graduellement, pour atténuer ses effets les plus néfastes. Dans les années 1990, on affirmait qu’il fallait prioriser la croissance économique, pour ainsi dégager les ressources nécessaires à la défense de notre environnement. L’économie canadienne a doublé de valeur depuis ce temps, et tous les indicateurs environnementaux, ou presque, se sont dégradés. Pire, on consacre toujours moins de 1 % du budget gouvernemental à la protection de l’environnement. Le problème fondamental réside dans la manière dont nous produisons la richesse.

On a ensuite affirmé qu’il fallait miser sur le découplage entre la pollution et la croissance économique, c’est-à-dire qu’on polluerait de moins en moins pour générer un million de dollars de croissance économique. Mais même si nous avons ainsi réduit l’intensité polluante de notre économie, la pollution absolue continue de croître. Chaque voiture pollue moins, mais comme il y a plus de voitures, la pollution augmente. Nos maisons sont mieux isolées, mais leur superficie a doublé, alors elles consomment plus d’énergie. Nous recyclons plus, mais nous achetons plus et les Amazon de ce monde génèrent plus d’emballages, si bien que nous produisons toujours plus de déchets. Le problème fondamental est la croissance elle-même, qui est incompatible avec une réduction globale de l’empreinte environnementale. L’idée répandue selon laquelle la technologie nous permettra de continuer de consommer toujours plus sans atteindre les limites physiques de la biosphère est un leurre. Le biscuit qui fait maigrir n’existe pas.

Et durant toutes ces années, à chaque tournant, alors que des scientifiques, des experts ou des environnementalistes proposaient des solutions aux problèmes environnementaux, ils trouvaient sur leur chemin des lobbyistes de l’industrie pour s’opposer à ces changements et protéger un statu quo qui servait leurs intérêts. De 1984 à 2009, l’industrie automobile a bloqué toute amélioration des normes d’efficacité énergétique des véhicules. Quand le président Obama a forcé l’adoption de nouvelles normes, l’industrie a répondu en produisant plus de VUS, véhicules beaucoup plus rentables pour les constructeurs, si bien que les émissions du secteur du transport ont recommencé à augmenter à la vitesse grand V à partir de 2015 aux États-Unis et au Canada. 

Au Québec, l’industrie s’est opposée aux règlements l’obligeant à vendre plus de véhicules électriques, et elle continue d’offrir ces véhicules au compte-gouttes. Je pourrais parler des lobbys des pesticides, des forestières, de l’industrie pétrolière, gazière ou minière, qui militent activement pour atténuer, retarder ou carrément bloquer les mesures environnementales. Dès lors qu’on souhaite changer son fonctionnement, le système immunitaire de notre économie se défend, et les lobbyistes en sont les plaquettes.

Arrêtez-vous un instant pour encaisser ceci : ce n’est qu’à la conférence de Glasgow, en octobre 2021, que les négociations internationales sur le climat ont pour la première fois reconnu que les énergies fossiles étaient responsables du dérèglement climatique. Les lobbys du charbon, du gaz et du pétrole y avaient bloqué toute forme de référence pendant 30 ans. Le système immunitaire à l’œuvre.

Les forces du statu quo sont tellement puissantes, inscrites au cœur même de notre économie, dans l’ADN des entreprises, au sein de nos institutions réglementaires et de nos gouvernements, que nous en venons à faire voler des avions vides pour maintenir l’état actuel des choses en contemplant un réchauffement de trois degrés et plus comme s’il s’agissait d’une belle journée d’été. 

« La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose et d’espérer des résultats différents », disait Einstein. Ceux qui prétendent pouvoir résoudre la crise climatique sans changer le système et ses priorités en profondeur ne font que gagner du temps, ou le perdre, selon que vous soyez un défenseur du statu quo ou du climat. Nous avons suffisamment perdu de temps. Il faut commencer à imaginer une autre économie.

Un ancien collègue économiste m’illustrait la chose ainsi : notre problème fondamental réside dans le système d’exploitation de notre économie, mais nous tentons de le régler à la marge en changeant les applications. Cette approche est vouée à l’échec, et c’est pourquoi de plus en plus d’économistes travaillent sur des modèles économiques centrés sur les limites de la biosphère et la réponse aux besoins de base des êtres humains, plutôt que sur la croissance et le profit.

Plusieurs estimeront utopique l’idée d’une transformation en profondeur de notre modèle économique. Rappelons-nous que le système dans lequel nous vivons actuellement a été élaboré en deux semaines, à Bretton Woods au New Hampshire, lors d’une conférence monétaire et financière des Nations unies tenue en 1944 pour concevoir l’architecture économique de l’après-guerre. Cette structure a échoué à prévenir la crise dans laquelle nous nous trouvons. Il est peut-être temps de la remplacer par un système qui ne fait pas voler des avions vides.

Note

La version originale de cet article a été modifiée le 19 janvier 2022 pour indiquer que la conférence de Glasgow a eu lieu en 2021, et non en 2022.

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Pour sortir de notre croissance irresponsable vers une croissance qualitative et responsable

Le seul langage qui est compris par tous est le profit alors rendons l’écologie et la transition rentable.

Même les plus tordus comme l’industrie fossile qui nous a entraîné dans ce trou toxique participeraient non pas pour sauver l’humanité mais pour faire plus de profits.

Alors pour les 1000 solutions rentables: voir

https://solarimpulse.com/accueil


https://bertrandpiccard.com


https://www.tesla.com/fr_ca/energy?redirect=no


https://www.alsetehomeintl.com

Un déversement d’énergie éolienne ça s’appelle une belle journée pour faire sécher le linge et pour remplir nos batteries.

Bravo pour cet article choc, à publier à plusieurs reprises et à faire parvenir aux décideurs du monde entier!
Un grand merci!

Si j’avais voulu écrire ma pensée, je n’aurais pas fait mieux !
Devant l’ampleur de la crise, c’est décourageant de voir que des avions vides (18 000!) voleront, alors que chaque projet d’infrastructures pour réduire les émissions de GES prend des années à être mis sur les rails et à être devenir une réalité !

C’est incroyable, presque impossible, qu’il soit rentable d’ « effectuer 18 000 vols à vide cet hiver, dans le but de conserver ses droits de décollage et d’atterrissage ». Que des entreprises capitalistes ne puissent pas faire autrement que de perdre tant d’argent est incroyable.

Il doit y avoir une autre explication, il doit y avoir quelque chose d’autre qui nous échappe.
Ça ne peut pas être juste le bon vouloir des lobbyistes. C’est trop gros.

Ce pourrait-il qu’ils soient subventionnés au millage, PLUS que le coût du kérosène ?? Rien ne me surprend plus depuis TransMountain, mais je cherche et je ne vois rien. NL
Mais c’est sûrement une question d’argent. Comme dirait Deep Throat (Watergate), « Follow the money », il faut suivre la piste de l’argent !!!

Règlement promulgué à Chicago en 1944 (Chicago Convention): un règlement international interdit toute taxe sur le carburant des avions. Il y a sûrement une avenue de ce côté.

Il faut commencer par regarder dans sa cour, là où votre collègue d’hier, M. Guilbault, est devenu ministre de l’environnement dans un gouvernement qui subventionne à tour de bras les industries fossiles à même les impôts des contribuables! Sans parler de TMX et d’envoyer sa police fédérale avec son unité de paramilitaires à la solde des grandes compagnies comme CGL armés pour aller à la guerre dans le cas du gazoduc Coastal GasLink contre des Autochtones non armés qui veulent protéger leur territoire ancestral et notre mère la Terre. Allez-vous tous passer au côté sombre ?

Le capitalisme est le rejeton du colonialisme où la prédation est le nerf de la guerre. On détruit la nature pour créer des emplois pour que les consommateurs achètent plus de pick ups et de motoneiges et pour faire voler des avions vides. On a même un ministre des forestières caquiste qui saccage notre patrimoine naturel pour que des bûcherons puissent payer leurs machines destructrices et leurs véhicules, tout cela à crédit. On détruit les espèces animales en détruisant leur habitat sans vergogne puis on accuse les loups.

La planète est résiliente mais il y a des limites, des limites que nous sommes en train d’atteindre. L’aveuglement volontaire est roi quand on voit voler des avions pour rien et on est comme des lemmings qui s’approchent du précipice et nous allons tous tomber dedans, comme un troupeau.

Ça ressemble tellement au fameux film «Le confort et l’indifférence» qui traitait du premier référendum sur la souveraineté du Québec. On ferait n’importe quoi pour garder notre petit confort quitte à payer plus tard, quand la nature en aura assez de nos folies. Je crains beaucoup pour mes petits-enfants et mon arrière petite-fille. Ça fait depuis les années 1970 qu’on prêche dans le désert et rien ne change, alors la rencontre avec la fin de l’humanité n’est peut-être pas aussi loin qu’on le pense et la nature ne s’en plaindra certainement pas.

En politique parler d’environnement est très rentable. Alors on parle et parle et parle d’environnement, pas besoin de agir le monde ne suit pas la politique après les élection. Durant les campagne s’est un enjeux primordiale et après les élection??? Sa fonctionné 3 fois pour monsieur Trudeau. Jamais un gouvernement fédéral a autant investit dans le pétrole (Pipeline).

Ou ce font tout les sommet pour l’environnement, en Europe qui laisse promener ses avion vide dans le ciel. C’est pas juste en Belgique qui font cela c’est la mêmes chose en France et autre pays de l’Europe, aussi. Que font les dirigeant des pays qui font des gros show pour l’environnement. RIEN ENCORE. LES MILLIERS de gros Paquebot pour touriste ou conteneurs utilise encore du Diesel lourd le plus polluant de la planète. Juste en Europe les 94 plus gros Paquebot polluent plus que 265 million de véhicule. Le pétrole dans les paquebots est 1500 fois plus de soufre que le diesel utiliser dans les véhicule au diesel. Pourquoi les grand dirigeant qui font des show durant leur meeting sur l’environnement obligent pas ces gros bateaux a prendre un meilleur carburant pour l’environnement?

Des fois on se demande si le gros show de l’environnement n’est pas du Lobbying pour les voiture électrique. Très rare sont les reportage sur les conséquence de la construction de ces véhicule. Oui un coup construit moins polluant mais la manière que l’extraction du cobalt et autre sont fait est catastrophique. Tout le monde le sait que la principal raison de la pollution est la surconsommation.

Exemple de quelques loi qui pourrait aider l’Environnement: Garantit obligatoire des appareille électriques 10 ans par le fabriquant.( Avant un Frigidaire était bon 25 ans), Donner des crédit au fabricant qui fabrique des voiture qui utilise moins de 5kl/litre et améliore l’indice de pollution avec des système Antipollution, Obliger les Paquebot a utiliser un meilleur carburant,……

Le problème de notre monde est que ce sont les lois et conventions humaines qui ont priorité sur les lois naturelles, ce qui nous mène à un avenir sans issue. Changer la trajectoire actuelle est essentiel puisque les ressources terrestres ne sont pas infinies mais ceci représente un défi colossal impossible à résoudre sans des changements de mentalité majeurs.

Pour comprendre les défis actuels de notre monde et des actions à prendre pour changer la situation, regardez la conférence suivante d’Arthur Keller sur You Tube.

https://youtu.be/FoCN8vFPMz4

Arthur Keller s’intéresse au fonctionnement des sociétés humaines et évalue les risques associés à leurs évolutions plausibles. Il lie les notions d’impact écologique et de résilience socio-écologique et décrit la manière dont cet impact et cette résilience peuvent évoluer.