Comment fait-on pour organiser une manif monstre pour le climat ?

Les quatre porte-paroles de La Planète s’invite à l’université ont un agenda surchargé pendant les jours qui précèdent la marche mondiale du 27 septembre, où environ 300 000 manifestants sont attendus à travers le Québec.

Marouane Joundi, Ashley Torres, Louis Couillard et Léa Ilardo, à l’Anticafé de la Place des Arts à Montréal (Photo : Marie Boule)

Pour mieux vous informer sur l’urgence climatique, L’actualité se joint à l’initiative internationale Covering Climate Now. Cette semaine, ne manquez pas notre couverture approfondie des enjeux environnementaux.

Il est 8 heures du matin. Sur le toit du stationnement à étages de l’Université de Montréal, un haut-parleur joue à plein régime la marche impériale de Star Wars. Des étudiants ont déployé une immense bannière le long de la façade : « Action climatique maintenant ». Louis Couillard prend le micro, il interpelle les étudiants qui traversent plus bas la rue pour rejoindre leurs salles de classe : il faut exiger un jour de grève le vendredi 27 septembre. En descendant du toit, comme ses trois co-porte-paroles du mouvement pour le climat, il devra jongler avec ses heures de cours, des entrevues avec les médias, l’écriture de discours et l’affichage de tracts. La mobilisation, ça ne s’arrête jamais, fins de semaine incluses.

En janvier, lorsqu’ils se sont retrouvés pour créer le collectif La Planète s’invite à l’université dans un café de l’UdeM, ils étaient seulement une dizaine d’étudiants. Ils pensaient mobiliser leur campus en vue de la première grève du 15 mars. Mais en quelques semaines, le mouvement est devenu provincial, puis national. Aujourd’hui, ils sont plusieurs milliers à suivre le groupe Facebook du collectif, et une centaine à donner régulièrement de leur temps à la mobilisation.

Montréal a accueilli l’une des plus grandes manifestations du monde en mars dernier et, ce 27 septembre, la grande marche pour le climat de Montréal aura l’attention des médias internationaux. Le mouvement a reçu plus de 500 demandes d’entrevues de médias canadiens et du monde entier pour la militante suédoise Greta Thunberg, qui a choisi de venir marcher avec la jeunesse québécoise.

Ils sont quatre à se partager la tâche de représenter ces étudiants devenus un exemple de la mobilisation mondiale pour le climat : Ashley Torres, Léa Ilardo, Marouane Joundi et Louis Couillard.

Si l’on ajoute les quatre porte-paroles des étudiants du cégep et les deux venant du secondaire, on compte en tout dix représentants désignés. Ils sont nombreux, et c’est volontaire. Le mouvement québécois des jeunes pour le climat veut à tout prix éviter de réduire le mouvement à quelques têtes d’affiche. Miser sur une personnalité ouvre la porte aux attaques personnelles, qui peuvent déteindre sur le mouvement auquel elle est associée. « Ça me fait peur, on en a tous des défauts !, dit Ashley Torres. Moi, je n’idéalise pas Greta, par exemple. Il ne faut pas la voir comme une sauveuse, elle est comme nous. »

Quand ils ont eu la confirmation que la militante suédoise serait parmi eux, ils ont d’abord eu un moment de grande joie : c’est sûr, la manifestation allait attirer une foule immense. Suivi d’un moment de panique. « On a des enjeux nationaux concrets à mettre de l’avant, et tout cela risque d’être individualisé parce que Greta est là, explique Léa Ilardo. Et l’on sait que même sans Greta, on aurait surement fait la plus grosse manif du monde entier. Donc, d’un côté, c’est génial qu’elle soit là, mais d’un autre, il ne faut pas que ça masque le travail qu’on fait depuis plusieurs mois. Mais je sais qu’elle y fera attention. »

L’histoire de cette mobilisation, Léa Ilardo la raconte à la mi-septembre, lors d’une conférence sur le mouvement pour le climat qu’elle donne à des étudiants de l’UQAM. La toute première conférence de presse du groupe en février, la nervosité de se retrouver devant les caméras, mêlée à la joie de voir le fort intérêt médiatique. Elle raconte aussi le succès de la marche du 15 mars, les manifestations, et l’été passé à préparer la mobilisation de la rentrée, sans oublier la rencontre décevante avec le ministre de l’Environnement, pendant laquelle ils ne se sont pas sentis écoutés.

Les quatre militants étudient en science politique, mais ils ne s’imaginent pas politiciens. Ou pas encore. Ils sont tous d’accord, le système a besoin de plus de jeunes en politique. Mais pour le moment, leur rôle est de pousser les gouvernements qui, selon eux, n’en font jamais assez en matière d’environnement. « Je pense qu’on aura la responsabilité à un moment de nous jeter dans ce bain sale qu’est la politique, dans ce bain qui ne nous inspire pas, si on veut vraiment le changer, dit Marouane Joundi. Si on veut sauver le monde, soit on trouve des politiciens qui nous représentent, soit on devient ces gens-là. »

En attendant le plongeon, ils ont décidé que la coalition jeunesse serait non partisane. Oui, ils doivent trouver des moyens d’encourager certaines décisions prises par des partis, mais sans jamais les endosser officiellement. « On pourrait se nuire mutuellement », explique Louis Couillard. Il estime toutefois que cette question est portée à évoluer. « Si un parti arrive aux prochaines élections, et que nos valeurs sont là, on ne va pas commencer à les basher juste pour les basher, dit-il. On a un rôle, il va falloir qu’on dépasse une certaine ligne un jour. »

La particularité de ces porte-paroles et d’une majorité des jeunes Québécois qui se battent pour le climat, c’est qu’ils n’ont jamais milité auparavant. Pas d’engagement particulier dans une association étudiante ni auprès d’une ONG ou d’un parti politique. D’ailleurs, ils ne viennent pas de milieux particulièrement militants. « Quand j’ai dit à ma famille marocaine que j’étais végane, c’était le choc, raconte Marouane Joundi. Ils m’ont demandé “est-ce que tu peux quand même manger du poulet ?” »

Certaines organisations, comme Greenpeace, les ont aidés à organiser les premières marches, leur prêtant du matériel ou des locaux pour préparer leurs bannières. « Mais aucun d’entre nous n’a jamais porté un logo Greenpeace. Ils nous aident dans l’ombre », explique Léa Ilardo.

Greenpeace, Équiterre, la fondation David Suzuki : tous ces grands groupes environnementaux qui se mobilisent depuis des années ont publiquement montré leur soutien aux jeunes. « Certaines ONG nous ont même demandé des conseils sur leur façon de communiquer. C’est une relation très respectueuse », dit Léa Ilardo.

Évidemment, aucun de ces étudiants n’avait jamais créé de mouvement de toute pièce avant le mois de janvier. Ce manque d’expérience a causé quelques moments houleux au début du mouvement. « On a mis la charrue avant les bœufs, ça a fait “boum”, et ensuite on s’est posé la question de la structure », explique-t-elle.

Ce manque de structure a causé des problèmes de communication entre la centaine de militants du groupe, comme lorsque les porte-paroles ont été invités à parler du mouvement sur scène au Gala Artis, en mai 2019. « On n’en avait pas parlé aux autres, et certains ont vu nos faces à la télé et ils ont dit “hé, on n’a pas été consultés”, explique Louis Couillard. Ils n’étaient pas forcément d’accord avec notre participation à cet évènement. »

Plusieurs dizaines de personnes qui participaient de façon active au collectif ont quitté le groupe à cause du mode de fonctionnement qu’ils ne considéraient pas assez clair. « Ce que je regrette, c’est qu’on a perdu des gens de grande qualité », dit Ashley Torres.

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Quand on se pose autour d’un café avec les quatre étudiants, la table vibre toutes les trente secondes. Ils sont submergés par un flot incessant de messages liés au mouvement. « Je me haïs à être tout le temps sur mon portable, c’est un objet essentiel à la mob’, mais j’ai du mal avec cette dépendance », dit Léa Ilardo. Louis Couillard acquiesce, il a acheté son téléphone l’année dernière seulement. C’est d’ailleurs le sien qui vibre le plus ce jour-là : leur covoiturage les attend depuis 15 minutes. Avec Ashley Torres, ils partent en Abitibi pour manifester aux côtés de la Coalition anti-pipeline de Rouyn-Noranda. Un voyage de dix heures, en comptant les travaux routiers. « C’est intense, mais on tient bon », dit Louis avec un grand sourire quand on lui demande comment il survit à son agenda surchargé.

Les quatre étudiants parlent sans tabou de leur écoanxiété et des moments difficiles qu’ils ont dû traverser. Dès cet été, Léa Ilardo appréhendait le mois de septembre. « Les jours qui ont suivi le 15 mars, j’étais en burnout, raconte-t-elle. Louis haït revoir des photos de moi ces jours-là, parce que je n’étais pas bien du tout. Il me dit “Léa, tu ne me refais pas ça !” Mais en même temps, j’ai du mal à m’écouter, et à connaître mes limites. »

Ils ont tous eu des moments de grande fatigue, des ras-le-bol, des envies de baisser les bras, « mais on est entouré d’amis qui nous comprennent, alors ça sauve », dit Ashley Torres.

Ils témoignent souvent de cette amitié presque passionnelle qui les lie désormais. Les étudiants se voient quasiment tous les jours, et se taquinent avec la tranquille complicité de vieux amis.

Depuis février, ils passent régulièrement des nuits blanches à préparer la mobilisation, comme celle où ils ont épluché le premier budget du gouvernement de François Legault qui venait d’être déposé, à la veille de leur rencontre avec le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

C’est chez Louis Couillard qu’ils se retrouvent le plus souvent. Parce que la maison est au cœur du très central Plateau-Mont-Royal, mais aussi parce que les maîtres des lieux sont ravis d’accueillir pancartes et bannières, entassées au milieu des jolies poteries de la mère de Louis Couillard. « Ses parents sont super cool, raconte Ashley Torres. Ils ont carrément acheté un fauteuil confortable, spécialement pour que les jeunes puissent dormir ! »

Ils racontent avec pudeur qu’au sein de leur mouvement, depuis janvier, il y a eu des histoires d’amitié, et des histoires d’amour. « C’est incroyable ce que l’on vit, alors les émotions sont décuplées », dit Léa Ilardo.

Les étudiants tiennent à le rappeler : la manifestation du 27 septembre ne sera qu’un début. La mobilisation se poursuivra toute l’année, avec des grèves, des manifestations, et des actions de désobéissance civile. « Il faut arrêter de parler du futur, dit Léa Ilardo. Il y a plein de pays dans le monde pour lesquels le réchauffement, c’est le présent. On doit bouger maintenant, et on va faire en sorte que personne ne l’oublie. »

Il ne reste plus que quelques jours avant la grande marche mondiale pour le climat, avant l’arrivée de Greta, la foule, les slogans criés à pleins poumons, les journalistes… Les quatre porte-paroles savent déjà qu’ils ne verront pas le temps passer. Et d’ici là, le fauteuil confortable du salon de Louis Couillard sera occupé tous les soirs.

À l’occasion de la semaine verte de <i>L’actualité</i>, Léa Ilardo et Albert Lalonde participaient à Esprit de campagne, un balado présenté par Salomé Corbo, avec Alec Castonguay, Philippe J. Fournier et Léa Stréliski. 

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Le problème du changement climatique comme vous savez vient du CO2, beaucoup,beaucoup de monde parle du changement climatique mais en mêmes temps sont des très grand pollueur sans le savoir. Exemple:Un voyage en Europe aller retour 5000 kg de Co2, voyage dans le sud aller retour 2500 Kg de CO2, Acheter de la chine au lieu de local,…….Pourquoi est ce que les environnementaliste commence pas a faire des graphique des pollution que le peuple fait et souvent sans le savoir. Arrêtez de parlez d’environnement dans le vide et faite des geste concret pour informer la population en général de ou vient la pollution qui est responsable du changement climatique. Les responsable de la pollution est nous le peuple. Le gouvernement ne peuvent pas contrôler tout le monde.

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