COP26 : comment le Québec peut devenir un leader de l’action climatique

Le Québec participe à la COP26 à Glasgow. Qu’en est-il de son rôle et de son implication dans l’action climatique internationale ?

Photo : Emilie Nadeau

L’auteur est professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique. Il se spécialise notamment dans les domaines de l’aménagement du territoire et de la géographie environnementale.

Ils ne sont pas officiellement signataires de l’Accord de Paris, mais n’empêche : les États fédérés, tels que le Québec, la Californie et l’Écosse, ont un rôle déterminant à jouer en matière de diplomatie et de leadership climatiques. D’ailleurs, historiquement, le Québec s’est positionné en chef de file parmi ces États, notamment en 2014 lorsque le Canada, sous le gouvernement Harper, était absent du Sommet des Nations unies sur le climat. Le Québec s’est démarqué, entre autres, dans le secteur du financement de l’action climatique. D’abord par la création cette année-là d’un marché du carbone avec la Californie, dans le cadre de la Western Climate Initiative, puis en 2016 avec la mise sur pied du Programme de collaboration climatique internationale (PCCI) dans la foulée de la Conférence de Paris. À l’instar de ces initiatives, le Plan pour une économie verte (PEV) démontre également la volonté du gouvernement du Québec de participer à l’effort commun de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Mais tandis que les États doivent présenter à Glasgow des contributions bonifiées, c’est-à-dire une cible plus ambitieuse que celle fixée il y a cinq ans à Paris, le Québec arrive avec la même cible de réduction de 37,5 % par rapport à 1990 d’ici 2030, et avec un Plan pour une économie verte dont les mesures ne permettent même pas d’atteindre 50 % de l’objectif. On aurait espéré que le Québec fasse preuve de plus d’ambition et de leadership, puisqu’il se proclame un leader en matière de lutte contre les changements climatiques et d’adaptation à ces dérèglements.

L’ampleur de la crise climatique exige une collaboration internationale sans précédent, et au-delà des objectifs nationaux, le concept de « juste part » est également primordial. Cette notion correspond à la contribution respective de chacun des pays à l’effort climatique mondial, basée sur trois principes d’équité : la responsabilité historique, la capacité financière et l’égalité. Des principes fondamentaux qui font partie intégrante de l’Accord de Paris.

Un récent rapport scientifique du Réseau action climat Canada a permis d’évaluer la juste part du Québec : il devrait réduire de 178 % sous les niveaux de 1990 sa part mondiale des émissions de GES. Pour y arriver, il devrait diminuer de 65 % ses émissions nationales. Or la cible actuelle, rappelons-le, est de 37,5 % d’ici 2030. 

Cette analyse aide à mettre en perspective l’ampleur du véritable défi à relever. Elle permet également de constater qu’au-delà de la réduction de nos émissions nationales, nous devrons participer à l’effort international en nous assurant de maintenir et d’accroître notre contribution au financement de l’action climatique, afin de soutenir les pays plus vulnérables — aussi susceptibles d’être les plus touchés par la crise environnementale.   

Au-delà des chiffres, nous devons retenir deux éléments importants. Premièrement, la cible de 2030 demeure une étape intermédiaire. Il est certes essentiel de réduire massivement nos émissions à court terme, mais nous devons le faire dans une perspective ambitieuse et durable, qui nous mènera à la carboneutralité en 2050 et, rappelons-le, à des bilans carbonégatifs par la suite. 

Deuxièmement, la cible n’a pas été haussée certes, mais il vaut peut-être mieux un objectif moins ambitieux mais atteignable pour envoyer un signal fort quant à la rigueur et l’effort déployés. Jamais le Québec, pas plus que le Canada, n’a respecté une cible en matière de lutte contre les changements climatiques. Cela représente probablement le meilleur carburant du cynisme envers l’action politique. Et c’est malheureusement contre-productif pour notre responsabilité collective. Comme dirait l’autre, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras !

En ce sens, bien que le ministre de l’Environnement du Québec soit parti avec une donnée inchangée dans ses valises, il sera nécessaire qu’au retour de Glasgow il prenne position sur la cible de 2030. Sera-t-elle soumise à une révision en 2025, ainsi que le prescrit la Loi sur la qualité de l’environnement, ou devancera-t-il cette réflexion pour intensifier les efforts de réduction des émissions du Québec et être cohérent avec la science ?  

Selon le rapport de Dunsky Énergie + Climat préparé pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), et paru en septembre dernier, la cible de carboneutralité du Québec en 2050 est ambitieuse, mais réalisable. Pour y parvenir, il faudra toutefois mettre en place des mesures économiques et réglementaires rigoureuses.

Tout d’abord, le Québec doit, à l’instar du Canada, enchâsser la carboneutralité d’ici 2050 dans une loi, au même titre que la cible de réduction de 37,5 % l’a été dans le projet de loi 44 sur la gouvernance climatique, entré en vigueur le 1er novembre 2020 au Québec.

Afin d’atteindre ces deux objectifs de diminution, il est nécessaire que Québec se dote d’un budget carbone. Ce dispositif permettrait de faire une planification quinquennale, conformément aux accords internationaux, en calculant le taux de GES pouvant être émis annuellement, puis d’en dresser le bilan en fin d’année, comme le fait le Conseil du Trésor pour les finances de l’État. Un tel budget serait le seul véritable moyen pour le gouvernement de faire un suivi et une planification de son action climatique à court et moyen terme.

Un autre élément clé du rôle du Québec sur la scène mondiale demeure la bonification de la contribution du gouvernement aux efforts internationaux, ce qui lui permettrait par ailleurs de renforcer son leadership en matière de diplomatie climatique et d’inscrire sa démarche dans la perspective d’un État fédéré, comme il l’a déjà fait par le passé. 

L’augmentation de la contribution du Québec devrait nécessairement prévoir une hausse de l’appui à la lutte contre les changements climatiques pour les pays en développement vulnérables. Elle devrait aussi inclure l’élimination du soutien financier aux énergies fossiles, comme le demandent l’Agence internationale de l’énergie et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et l’interdiction de toute exploration et toute exploitation d’énergies fossiles sur le sol québécois, ce qui a déjà fait l’objet d’une annonce de François Legault en amont de la COP26.

Le premier ministre Legault a déjà exprimé son intention de faire à cette rencontre la promotion des autobus et trains électriques conçus et assemblés au Québec. Espérons que sa présence lui permettra de se rendre compte du rôle indispensable que peut et doit jouer le Québec face à la crise climatique. Et de comprendre qu’au-delà des objectifs ambitieux sous-jacents, il doit se doter d’un plan de mise en œuvre tout aussi ambitieux, qui nous mènera véritablement à la carboneutralité d’ici 2050. Depuis l’élection de François Legault, la fierté québécoise a toujours été au cœur de son discours. Voici une occasion historique de faire de la gouvernance et de l’action climatique du Québec d’excellentes raisons d’être fiers d’être québécois.

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En implantant des éoliennes sur so Grand Nord pour y acheminer l’électricité comme avec les États-Unis ! Ou encor en impliquant l’électrique dans le transport selon Le Premier ministre François Legault après sa présence à Glasgow ai Cop26 !

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