COP26 : un climat de confiance

La 26e Conférence des parties sur les changements climatiques tentera de remettre sur les rails les mesures devant permettre au monde de réduire ses rejets de gaz à effet de serre, après l’échec des discussions de 2019.

Les stigmates d'un feu de forêt dévastateur en Turquie au mois d'août 2021. (Yasin Akgul / Getty Images)

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’a pas habitué le grand public aux effets de toge, s’en tenant à une présentation sobre des faits liés à la science du climat. Mais en août, pour la publication de son premier rapport du sixième cycle d’évaluation du climat, les dirigeants de l’organisation ont laissé de côté la réserve pour déclencher l’alerte. « Code rouge pour l’humanité », a lancé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à la conférence de presse. 

Sans une réduction immédiate et substantielle des émissions de gaz à effet de serre, les conséquences irréversibles du réchauffement climatique vont mener à une catastrophe pour l’humanité, préviennent les 235 experts et auteurs dans ce texte rigoureux appuyé sur 14 000 études. Ce coup de semonce était un avant-goût de la 26e Conférence des parties (COP26) sur les changements climatiques, qui se déroulera du 1er au 12 novembre prochains à Glasgow, en Écosse, et lors de laquelle 195 pays tenteront de s’entendre sur les stratégies pour maintenir le réchauffement de la planète à 1,5 degré au-dessus de la moyenne préindustrielle. Géraud de Lassus Saint-Geniès, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval et spécialiste en droit des changements climatiques, explique l’ampleur de la tâche qui attend les parties prenantes. 

Sur quoi porteront les négociations à la COP26 ?

L’Accord de Paris a été adopté en 2015. Il encourage les pays à faire part de leurs stratégies pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cependant, il reste encore certains règlements d’application à peaufiner. La question du marché du carbone dans l’Accord de Paris sera donc au cœur des négociations. À Madrid en 2019, les États n’étaient pas parvenus à s’entendre, alors les attentes sont grandes à ce sujet. 

Le deuxième enjeu qui va être très important est celui de la finance climatique, c’est-à-dire le transfert de ressources financières de pays développés vers les pays en développement, afin de leur permettre de s’adapter aux changements climatiques. 

Finalement, les organisateurs britanniques se sont donné un autre objectif : amener les États à rehausser leur niveau d’ambition. On s’attend à ce que les pays redoublent d’efforts pour maintenir la hausse de température sous la barre des 2 °C d’élévation par rapport aux niveaux préindustriels. Pendant deux semaines, la COP braquera les projecteurs sur les pays. Ils seront questionnés sur ce qu’ils ont fait pour contrer les changements climatiques. C’est un exercice de reddition de comptes.

La COP25 s’est conclue sur une impasse. Pourquoi les pays n’avaient-ils pas réussi à s’entendre ?

Les discussions ont achoppé sur la question du marché du carbone. Des États ont proposé des règles qui permettaient d’avoir une double comptabilité. Par exemple, si vous réduisez vos émissions de gaz à effet de serre au Brésil et que vous vendez vos crédits carbone à l’Europe, l’Union européenne pourra dire qu’elle a acheté votre réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Par contre, vous ne pourrez pas comptabiliser ces émissions évitées, sinon elles seront comptées à deux endroits, alors qu’il s’agit de la même baisse. Il faut que la comptabilité corresponde à une réelle réduction d’émissions de gaz à effet de serre. 

Certains observateurs avancent qu’il n’y aura pas d’entente avant plusieurs années. C’est une possibilité. Cependant, il pourrait y avoir autour de la table de nouveaux négociateurs qui n’ont jamais participé à une COP, notamment le président des États-Unis, Joe Biden. Nous allons voir comment la délégation américaine se comportera.

Les pays les plus riches, dont le Canada, s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an pour aider les nations les plus pauvres à s’adapter aux changements climatiques. Où en sommes-nous avec cet engagement ?

Dans l’Accord de Paris, il y avait effectivement une entente qui disait que les pays riches devaient transférer progressivement jusqu’à 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, et que cette cible allait être maintenue jusqu’en 2025. Or, il y a deux problèmes. Tout d’abord, ils n’ont pas réussi à atteindre l’objectif. En 2018 [NDLR : dernière année de données connues], un peu moins de 80 milliards de dollars ont été transférés. Ensuite, que fera-t-on après 2025 ? Est-ce trop tôt pour amorcer les discussions et fixer un nouvel objectif ? Il y a actuellement une querelle de chiffres pour établir la somme qui sera versée après 2025.

Il faut comprendre que c’est autour de la finance climatique que la confiance entre les pays du Nord et les pays du Sud se construit. Les négociations qui vont bien sont celles où on arrive à se mettre d’accord sur les questions financières. Les pays en développement ne feront aucune concession s’ils n’obtiennent pas satisfaction en ce qui concerne le financement.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié un rapport préoccupant en août dernier. Quelle influence ce rapport aura-t-il sur les discussions ?

Ce n’est pas un rapport révolutionnaire, car beaucoup des éléments qu’il contient sont des précisions des données que l’on trouvait dans le rapport précédent. Ce n’en est pas moins extrêmement inquiétant. On dépassera très probablement les 2 °C d’élévation [par rapport aux niveaux préindustriels] d’ici 2050. Avec les engagements qui sont sur la table, on s’en va sans doute vers 2,7 °C ou 3 °C de plus vers la fin du siècle.

Chaque fois qu’un rapport du GIEC a été déposé, il a eu une influence importante sur les négociations. 

Quel rôle joue le Canada à cette grande conférence ?

Historiquement, le Canada a toujours adopté une position plutôt prudente dans les négociations. C’est un acteur très crédible par rapport à la question du marché du carbone parce qu’il a une bonne expertise dans le domaine. 

Le Canada a des positions très fortes au sujet de l’élimination du charbon, de la prise en compte et du respect des peuples autochtones dans la lutte contre les changements climatiques, et de la participation des femmes à cette lutte. Toutefois, il s’agit de questions qui sont en marge du problème principal du Canada, c’est-à-dire la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Le pays ne touche pas à l’essentiel du problème : son pétrole.

À quoi ressemblerait une COP26 réussie ?

La COP26 sera la conférence de la réconciliation. Il faut rebâtir la confiance entre les États et éviter de revivre ce qu’on a vécu à la COP25. Les négociations de 2019 ont mis en lumière les profondes divisions entre les pays qui ne sont pas parvenus à s’entendre. Pour que les discussions avancent, il faut que tout le monde se sente inclus et fasse confiance aux autres. Il doit y avoir une bonne entente entre les négociateurs. S’il y a davantage de points de blocage, ça voudra dire que le processus ne fonctionne pas bien.

Ce sera aussi une conférence de transition. Pendant longtemps, les COP ont porté sur la négociation de textes. À l’avenir, elles devraient devenir des espaces d’échange de bonnes pratiques entre les États en étant plus axées sur des problématiques concrètes. Dans les dernières années, on a vu des discussions sur l’agriculture, les océans ou l’adaptation aux catastrophes naturelles. C’est ce qui devrait être au cœur des rencontres.

Il y a aussi cette idée qui flotte dans l’air : est-ce nécessaire d’organiser une Conférence des parties chaque année ? La pause de 2020 aura peut-être fait du bien aux États qui voudront instaurer une COP tous les deux ans.

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