En direct de la COP

À quelques jours de la conclusion de la COP26, le temps commence à manquer pour espérer un résultat satisfaisant. Bilan d’une première semaine riche en calories vides.

Christoph Soeder / picture alliance / Getty Images

L’auteure est directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada.

En cette deuxième semaine de la COP26, où les diplomates ont cédé leur place aux ministres aux tables de négociation, il reste beaucoup de travail à faire pour arriver à un résultat satisfaisant au terme de cette grande rencontre internationale.

C’est entre autres parce que, pendant la première semaine, le temps et l’attention des décideurs ont été mobilisés par la conclusion d’ententes tape-à-l’œil. Mais maintenant que la poudre aux yeux commence à retomber, la nervosité monte quant à la capacité de traduire en actions le contenu des négociations.

La première semaine a ainsi été caractérisée par l’émergence de nouvelles alliances diplomatiques créées par les pays riches afin de protéger le climat. La recette est plus ou moins toujours la même : le pays organisateur, cette fois le Royaume-Uni, rassemble divers États autour d’une nouvelle promesse, et l’alliance génère des manchettes impressionnantes. À la base, l’idée n’est pas mauvaise : c’est l’attention du public et des médias autour de la COP26 qui oriente les projecteurs. Les pays souhaitent y paraître sous leur meilleur jour, ce qui les pousse à adopter de nouveaux engagements. En théorie.

En pratique, ces engagements aux critères d’entrée peu élevés ont fait dévier l’attention des négociations, où l’on discute d’enjeux certes moins attrayants, mais qui reposent sur des consensus soigneusement négociés par tous les États, et sur lesquels ces derniers doivent rendre des comptes. Ce processus est particulièrement important pour les pays du Sud, qui se fient à des engagements pris et à des ressources promises lors des COP et de la signature de l’Accord de Paris pour faire face à la crise climatique.

Au cours de la première semaine, 100 pays, dont le Canada, la Russie, le Brésil et l’Indonésie, se sont engagés à mettre fin à la déforestation et à la dégradation des terres, et à renverser la tendance. Sur papier, cela peut paraître impressionnant. Sauf que la date butoir pour l’opérationnalisation de l’engagement est… 2030. Après l’engouement médiatique initial, une observation plus attentive a permis de relever que les termes de l’alliance sont tellement flous que l’Indonésie, par exemple, a pu s’engager à maintenir sa couverture forestière stable durant cette période — ce qui signifie que des arbres peuvent toujours être coupés et remplacés d’ici 2030. Le Brésil, quant à lui, interprète cette cible comme touchant seulement la déforestation « illégale ». 

Une dynamique similaire s’est produite en ce qui a trait aux initiatives pour mettre fin à l’utilisation du charbon comme combustible. Le Royaume-Uni a rassemblé 77 pays autour de l’engagement à renoncer pour de bon au charbon — ce qui est absolument nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, le seuil à ne pas franchir afin d’éviter les impacts les plus désastreux. La réussite est donc spectaculaire… mais en apparence seulement lorsqu’on s’attarde aux exigences de la déclaration : « une transition vers l’élimination de la production d’électricité au charbon sans compensation dans les années 2030 (ou dès que possible par la suite) pour les grandes économies et dans les années 2040 (ou dès que possible par la suite) dans le monde ». Il existe déjà une alliance diplomatique visant à mettre un terme à la production de charbon (créée par le Canada en 2016), l’Alliance : Énergiser au-delà du charbon. Mais cette dernière est beaucoup plus stricte envers ses membres : ils doivent fixer une date précise à laquelle ils élimineront progressivement la production d’électricité au charbon. Pour couronner le tout, le Royaume-Uni lui-même est en train d’ouvrir une nouvelle mine de charbon. 

Certaines ententes sont plus intéressantes que d’autres. À Glasgow, 104 pays se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane de 30 % d’ici 2030. Le méthane est un gaz 84 fois plus polluant que le C02 sur une période de 20 ans. Il est crucial que les émissions de méthane soient réglementées, car il s’agit d’un gaz au potentiel de réchauffement climatique extrêmement puissant. Par cette entente, 24 pays et institutions financières multilatérales se sont engagés à cesser le financement public de pétrole et de gaz à l’étranger. Cette annonce est bienvenue, puisqu’elle concerne directement l’éléphant dans la pièce des politiques climatiques : le pétrole et le gaz. Le Canada fait partie de ces pays qui ont adhéré à l’entente, ce qu’il faut applaudir. Mais il devra faire le ménage dans sa propre cour : les investissements d’Exportation et développement Canada en la matière sont estimés à entre deux et neuf milliards de dollars.

Le plus gros problème avec ce type d’annonces, c’est qu’il ne s’agit que de mots. Rien n’oblige les États signataires à passer de la parole aux actes et à intégrer ces engagements, appelés « contributions déterminées au niveau national » (CDN), dans les plans climatiques qu’ils soumettent à l’ONU. C’est pourquoi ces ententes ont été accueillies avec une bonne dose de scepticisme par la société civile à Glasgow. Mohamed Adow, directeur de l’institut de recherche sur l’énergie et le climat Power Shift Africa, les a qualifiées de « bonbons pour les yeux », ajoutant que « la poussée de sucre qu’elles fournissent, c’est des calories vides ». Rappelons que le rapport qui synthétise la hausse de température associée à l’ensemble des CDN des parties de l’Accord de Paris, publié en septembre, calculait que nous nous dirigeons tout droit vers un réchauffement catastrophique de 2,7 °C —  bien au-delà du seuil critique de 1,5 °C. Il est encore beaucoup trop tôt pour souligner les progrès — qui devront se concrétiser dans les CDN et dans l’adoption de politiques publiques une fois que les participants de la COP26 seront de retour à la maison.

Les milliers de personnes qui manifestaient dans la rue à Glasgow la fin de semaine dernière déploraient déjà que l’événement soit un échec. Des voix cruciales sont absentes, notamment les petits États insulaires, parmi les plus touchés par les changements climatiques. Sans compter l’accès limité des observateurs de la société civile aux négociations, ce qui mine la légitimité du sommet. Les manifestants rappellent où loge le vrai pouvoir : dans la rue, et avec les mouvements sociaux. Ce sont eux qui peuvent pousser leurs gouvernements à faire ce qui est nécessaire.

Les États ont jusqu’à vendredi pour réparer cette COP en présentant une déclaration ambitieuse, une augmentation considérable du financement climatique — particulièrement pour les pertes et dommages causés par les changements climatiques, ce qui sera le test décisif de cette COP — et des actions concrètes sur la reddition de comptes. Il n’y aura pas de succès climatique sans justice.

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Oui c’est triste à voir ces élus manipulés par les dinosaures du fossile.

Pour vous dilater la rate prenez donc le temps de voir cette vidéo. Parodie du gouvernement AustrALIEN qui ressemble beaucoup au nôtre quand on y regarde de plus près.

Si quelqu’un peut me trouver l’équivalent en français, je suis preneur.

https://www.youtube.com/watch?v=QIyKmqEdgR4

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