Faut-il avoir peur… de l’éthanol dans l’essence ?

Ajouter 15 % d’éthanol dans l’essence, comme le propose le gouvernement Legault, présente peu de risques pour les moteur mais diminue la distance parcourue.

Photo : Nicholas Smith / Getty Images

Le gouvernement Legault a annoncé l’automne dernier un projet de règlement visant à tripler, d’ici 2025, le volume minimal d’éthanol mélangé à l’essence, ce qui permettrait de diminuer de deux millions de tonnes par an les émissions de gaz à effet de serre du Québec. Mais les bénéfices de l’éthanol sont loin d’être garantis.

Ajouter 15 % d’éthanol dans l’essence, comme le propose le gouvernement, présente peu de risques pour les moteurs, selon un rapport de l’International Council on Clean Transportation produit en 2014. Seules les voitures mises en circulation avant 2001 pourraient en souffrir. Cependant, plus on ajoute d’éthanol dans l’essence, plus la distance pouvant être parcourue avec un plein de carburant diminue, car l’éthanol a une moins grande densité énergétique que l’essence.

Les tests montrent que les mélanges à l’éthanol ne permettent pas de réduire les émissions de GES des véhicules. Les gains potentiels se situent plutôt en amont : une étude publiée en 2019 par des chercheurs du département américain de l’Agriculture révèle que la production d’éthanol à partir du maïs génère 39 % moins de GES que la production d’essence.

Depuis le boum de la production d’éthanol à partir de maïs aux États-Unis, au tournant des années 2000, les superficies consacrées à la culture de cette céréale n’ont pas augmenté, ce qui laisse penser au gouvernement Legault que l’usage accru du maïs pour l’éthanol n’aura pas d’incidence sur les autres cultures, et donc, par ricochet, sur le prix des aliments. Mais cela n’a rien d’évident.

Dans un rapport produit en 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme qu’il est à peu près certain que la pression sur les terres agricoles due au développement des biocarburants influence le prix des aliments. Les analyses limitées à l’Amérique du Nord sous-estiment les effets sur l’industrie agroalimentaire mondiale.

La culture du maïs, en plus d’être très dépendante des pesticides, est aussi sensible aux changements climatiques, et des baisses de rendement sont à craindre — l’année 2019 a ainsi été catastrophique pour les producteurs québécois en raison du printemps humide et des gels hâtifs. De ce point de vue, le développement des biocarburants présente donc un risque qu’il faudra surveiller étroitement, car pour l’instant la production à partir d’autres types de grandes cultures demeure très restreinte.

Il ne faudrait pas non plus que les politiques gouvernementales favorisant les biocarburants étirent l’usage du moteur thermique, alors que les véhicules électriques pourraient représenter une solution plus avantageuse, sans conséquences sur l’agriculture mondiale, et permettant d’améliorer la qualité de l’air puisqu’ils n’émettent pas les particules et polluants produits par la combustion de l’essence, même mélangée à l’éthanol.

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2 commentaires
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J’ai toujours été opposé à cette idée de biocarburants en concurrence avec l’alimentation. Je suis donc en désaccord avec l’augmentation à 15% de l’éthanol dans l’essence.

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Selon Ressources naturelles Canada, il ne pose aucun problème d’ajouter jusqu’à 10% d’éthanol dans l’essence ; que les incidences sur le rendement des moteurs sont négligeables. Je suppose d’ailleurs que la multiplication des « stop » et autres feux de signalisation dans les villes doivent avoir une incidence sur le rendement des moteurs autrement plus conséquente…. Si je me fie d’ailleurs à ma propre consommation.

Certains nouveaux carburants populaires en Europe, contiennent plus d’éthanol que d’essence, ils conviennent parfaitement à certains nouveaux véhicules.

Le problème, s’il en est un, relève plutôt de la chimie, du type d’éthanol produit et des intrants utilisés pour produire le dit biocarburant.

Or, si j’ai bien compris, actuellement au Québec nous n’avons pas la capacité de production pour ajouter 5% aux essences actuelles, tout au plus 2% et encore… en en important.

De plus, l’éthanol produit ici et un éthanol de 1ère génération principalement obtenu à partir du maïs, tel que mentionné par Valérie Borde. Il en va de même de celui déjà importé des États-Unis.

Ainsi, pour que les bottines suivent les babines, faudrait-il avoir une filière de production de biocarburants plus élaborée qu’elle n’est actuellement. Je serais surpris qu’une telle filière soit pleinement opérationnelle d’ici 2025. De sorte que pour parvenir aux objectifs considérés par le gouvernement nous allons devoir importer plus de ces carburants.

Nous pouvons, je pense à juste titre, nous demander si ce projet de modification de la réglementation va réellement apporter un gain très appréciable pour l’environnement ou si cette décision vise plutôt à rassurer une partie de la population quant au fait que notre gouvernement a vraiment à cœur nos objectifs en matière de réduction de GES.

Sans doute réduirait-on plus les GES en réduisant significativement l’ensemble des déplacements ou en réduisant la vitesse dans les villes (30km/h max) tout en bazardant toutes formes de signalisations inutiles qui surtout polluent le paysage et deviennent quelquefois des éléments de distraction.

En attendant bien sûr l’avènement des véhicules zéro émission ou l’ajout de trottoirs offrant plus sécurité aux pétons. N’oublions pas non plus que ce sont les bâtiments qui sont aussi au nombre des objets les plus polluants. Comment faire, si on ne construit pas plus écologiquement ?

Au fond, bien des réponses à nos questions relèvent-elles plutôt de l’aménagement….

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