La fin des énergies fossiles en 2050 ? Plus nécessaire que jamais

Est-il réaliste, pour nos sociétés, d’atteindre la carboneutralité ? L’Agence internationale de l’énergie le croit, et elle a même publié un guide pour y parvenir.

Foxxel / Getty Images

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rendait public un rapport qui a eu l’effet d’un séisme dans le secteur de l’énergie. Cette agence de l’ONU, chargée notamment d’assurer la stabilité des marchés mondiaux du pétrole, publiait une feuille de route pour mener l’humanité à la carboneutralité en 2050.

Ce scénario n’est pas rien : il est compatible avec les efforts principaux qu’exige l’Accord de Paris sur le climat afin de limiter à 1,5 °C l’augmentation à long terme de la moyenne des températures du globe. 

Cela peut sembler évident — que l’agence de politiques énergétiques la plus influente au monde, dont les 30 membres sont tous signataires de l’Accord de Paris, présente un scénario énergétique qui correspond aux engagements de cet accord.

Or, l’Agence internationale de l’énergie est loin d’être un bastion de la lutte contre les changements climatiques. Bien au contraire. C’est le premier choc pétrolier qui a conduit à la création de l’AIE, en 1974, sous l’égide de l’OCDE, avec un mandat qui consistait alors à assurer la sécurité et la coopération en matière d’approvisionnement pétrolier. Concrètement, l’Agence a fourni un mécanisme d’intervention d’urgence pour stabiliser les marchés pétroliers et l’économie mondiale lors de chocs touchant l’approvisionnement. 

Toutefois, l’Agence joue également un rôle plus subtil, mais néanmoins fondamental, dans la structuration des marchés énergétiques. Elle produit chaque année le World Energy Outlook, « une vue d’ensemble de la manière dont le système énergétique mondial pourrait se développer dans les décennies à venir ». Les gouvernements, les entreprises, les groupes industriels et les investisseurs de partout dans le monde s’appuient sur ce rapport annuel pour guider leurs décisions énergétiques.

Les rapports produits comportaient cependant un problème de taille : la majeure partie des analyses prônait le statu quo. Elles présentaient simplement un scénario de type business as usual, une consommation d’énergies fossiles qui exigerait la réalisation de nouveaux projets pétroliers, charbonniers et gaziers, et mènerait vers une hausse des températures de 2,7 °C à 3,3 °C. Un cas classique de prophétie autoréalisatrice, que dénonçaient depuis plusieurs années des organisations comme Oil Change International.

Mais voilà, l’AIE recommande qu’il n’y ait plus de nouvelles exploitations pétrolières et gazières ni de nouveaux agrandissements de mines de charbon, pour atteindre la carboneutralité. Les investissements devront plutôt être consacrés aux nouveaux projets d’approvisionnement en énergies renouvelables. En 2050, celles-ci devraient représenter 88 % de la production d’électricité mondiale, et 67 % de l’offre énergétique totale, estime l’AIE. 

L’analyse de l’Agence montre qu’il faudra gérer l’élimination des énergies fossiles de façon juste et planifiée, car la demande de pétrole aurait atteint son apogée il y a deux ans, tandis que celle du gaz devrait arriver autour de la moitié de la décennie 2020.

Cela signifie plusieurs choses pour le Canada, membre de l’AIE. D’abord, la Régie de l’énergie du Canada doit ajuster (pour les aligner avec un avenir sous 1,5°C) ses modélisations qui sont issues du World Energy Outlook. La Régie projette une augmentation de la production pétrolière et gazière canadienne à long terme dans son rapport annuel.La dernière édition, parue en novembre 2020, prévoyait que la production canadienne de pétrole brut atteindrait un sommet en 2039, et que la production de gaz culminerait en 2040, à peine 10 ans avant les objectifs de carboneutralité de l’AIE ! 

Déjà, une douzaine de projets d’expansion ou de création de nouvelles infrastructures d’exploration, d’exploitation, de transformation ou de transport d’énergies fossiles sont en cours d’évaluation par le gouvernement fédéral. Le constat de l’AIE est clair : laisser ces projets aller de l’avant n’est pas compatible avec une atteinte de la carboneutralité en 2050. C’est sans compter les projets fossiles existants, qui, comme le demande Environmental Defence, devraient être soumis à un test climat rigoureux.

Le Canada pourrait s’inspirer d’autres États membres de l’AIE, comme le Danemark, un des premiers grands producteurs de pétrole et de gaz à s’engager à ne plus allouer de permis d’exploration et à éliminer la production d’énergies fossiles d’ici 2050. D’autres membres, comme l’Irlande, l’Espagne, la Nouvelle-Zélande, le Portugal et la France, ont aussi annoncé l’arrêt progressif de la production d’hydrocarbures. La Californie prévoit d’ailleurs cesser toute extraction de pétrole et interdira la fracturation hydraulique d’ici 2024.

Il faudra également adopter des mesures qui restreindront la demande d’énergies fossiles ; l’analyse de l’AIE souligne notamment l’arrêt de la vente de voitures à combustion interne au-delà de 2035, de même que celle de chaudières à gaz d’ici 2025. 

Dans le plan climat Un environnement sain et une économie saine, le gouvernement du Canada fixe à 2040 la date butoir pour que 100 % des véhicules légers neufs soient électriques. Cette date devrait être considérablement devancée. Il faudra également réfléchir à une date pour décarboniser le chauffage des bâtiments. 

Finalement, de façon plus importante, et pour emprunter les mots de Fatih Birol, « la transition vers les énergies propres est au sujet et au service des gens ». C’est ce que rappelait récemment de manière puissante le syndicat Unifor en réclamant plus d’ambition climatique — à condition de mettre en place un plan de transition juste, qui ne laisse pas derrière les travailleurs et travailleuses

Les gouvernements provinciaux et fédéral ont encore le temps de retirer les énergies fossiles de façon progressive de l’économie, car, avec la feuille de route de l’AIE, la question n’est pas de savoir si leur élimination arrivera, mais si nous la planifierons plutôt que de la subir passivement.


Caroline Brouillette est analyste des politiques pour les campagnes domestiques et communautés francophones de Climate action network Canada. Précédemment, elle était analyste des politiques climatiques à Équiterre.

Les commentaires sont fermés.

Excellent article rempli d’espoir. Mais je suis très inquiet par l’émission des GES produit par l’industrie alimentaire. Selon différentes sources, entre 20% et 50% des GES sont produits par l’élevage bovin principalement. Sans parler de la déforestation, de l’utilisation des sols pour nourrir toutes ces pauvres animaux et la pollution des cours d’eau. Mais on dirait que personne n’en parle. Est-ce possible de faire plusieurs combats en même temps?

Je m’adresse ici à la rédaction de L’Actualité pour me plaindre de la piètre qualité de cet article. On attend normalement d’un journaliste qui publie dans un journal aussi respectable que L’Actualité un minimum de rigueur et d’honnêteté. Or ce sont deux qualités qui manquent cruellement à votre journaliste Caroline Brouillette dans le texte intitulé « La fin des énergies fossiles en 2050 ? Plus probable que jamais ».
Pour s’en convaincre, il suffit de voir le graphique du World Energy Outlook 2020 qui montre les émissions prévues de CO2 pour la période 2015-2030 selon trois scénarios :
(1) Le premier scénario intitulé « Stated Policies » est un constat des émissions de CO2 à venir selon les politiques déclarées de chacun des états. On voit dans ce cas que ces émissions, loin de baisser, devraient se maintenir à peu près au même niveau de 35 GtCO2 jusqu’en 2030 au moins. C’est le seul scénario un tant soit peu crédible. Et s’il est erroné, c’est par défaut puisque l’expérience nous a appris que ces déclarations nationales ont plutôt tendance à sous-estimer les émissions réelles.
(2) Le deuxième scénario intitulé « Sustainable Development » est un voeu pieux qui souhaite que les émissions soient ramenées autour de 27 GtCO2 en 2030. Il se réaliserait si tous les états se conformaient à l’Accord de Paris. Mais on l’a vu, le premier scénario nous dit que selon la déclaration des nations ce ne sera pas le cas.
(3) Le troisième scénario intitulé « Net Zero Emission by 2050 » est encore plus fou puisqu’il nous dit que pour atteindre la carboneutralité en 2050, il faudrait réduire nos émissions de CO2 à 20 GtCO2. Ce qui va encore une fois complètement à l’encontre de la déclaration des nations qui nous annonce qu’elles maintiendront ces émissions autour de 35 GtCO2 en 2030.

Et c’est ce dernier scénario que votre journaliste a retenu comme étant « plus probable que jamais! ».
A-t-elle lu le rapport ? Qui essaye-t-on de tromper avec une telle affirmation ?

L’Actualité devrait s’en tenir aux textes ayant comme but d’informer ses lecteurs et devrait rejeter ceux qui nuisent à sa réputation en propageant des délires écologistes.

Alain Bonnier, physicien

Je m’adresse ici à la rédaction de L’Actualité pour me plaindre de la piètre qualité de cet article. On attend normalement d’un journaliste qui publie dans un journal aussi respectable que L’Actualité un minimum de rigueur et d’honnêteté. Or ce sont deux qualités qui manquent cruellement à votre journaliste Caroline Brouillette dans le texte intitulé « La fin des énergies fossiles en 2050 ? Plus probable que jamais ».
Pour s’en convaincre, il suffit de voir le graphique du World Energy Outlook 2020 ci-dessous qui montre les émissions prévues de CO2 pour la période 2015-2030 selon trois scénarios :
(1) Le premier scénario intitulé « Stated Policies » est un constat des émissions de CO2 à venir selon les politiques déclarées de chacun des états. On voit dans ce cas que ces émissions, loin de baisser, devraient se maintenir à peu près au même niveau de 35 GtCO2¬¬ jusqu’en 2030 au moins. C’est le seul scénario un tant soit peu crédible. Et s’il est erroné, c’est par défaut puisque l’expérience nous a appris que ces déclarations nationales ont plutôt tendance à sous-estimer les émissions réelles.
(2) Le deuxième scénario intitulé « Sustainable Development » est un voeu pieux. Il se réaliserait si tous les états se conformaient à l’Accord de Paris et abaisserait leurs émissions à 27 GtCO2. Mais on l’a vu, le premier scénario nous dit que selon la déclaration des nations ce ne sera pas le cas puisqu’ils s’engagent à limiter leurs émissions à 35 GtCO2.
(3) Le troisième scénario intitulé « Net Zero Emission by 2050 » est encore plus fou puisqu’il nous dit que pour atteindre la carboneutralité en 2050, il faudrait réduire nos émissions de CO¬2 à 20 GtCO2 alors que ¬la déclaration des nations nous annonce qu’elles maintiendront ces émissions autour de 35 GtCO2.

Et c’est ce dernier scénario que votre journaliste a retenu comme étant « plus probable que jamais! ». Qui essaye-t-on de tromper avec une telle affirmation ?

L’Actualité devrait s’en tenir aux textes ayant comme but d’informer ses lecteurs et rejeter ceux qui ne visent qu’à propager des mensonges écologistes.

Alain Bonnier, physicien

Bonjour Monsieur Bonnier,

Merci d’avoir pris le temps de nous écrire. Précisons d’entrée de jeu que, comme le mentionne sa biographie à la fin de l’article, Mme Caroline Brouillette n’est pas journaliste, mais analyste des politiques pour les campagnes domestiques et communautés francophones de Climate Action Network Canada.

L’actualité offre une tribune à plusieurs collaborateurs, qui présentent leur analyse de différents dossiers. Mme Brouillette a ici retenu le scénario qu’elle considère comme le meilleur. Nous lui avons fait suivre vos commentaires.

Ajout (7 juin 2021): Le titre de cet article a été modifié rapidement, le jour de la sa mise en ligne, à la demande de l’auteure. On y lit maintenant que la fin des énergies fossiles est « nécessaire », et non « probable ». Le choix du titre relève du pupitre de L’actualité, mais nous l’avons ajusté à la demande de Mme Brouillette, pour mieux refléter sa pensée. Notons que, pour des raisons techniques, le mot « probable » demeure dans l’URL de l’article.

à L’Actualité,

Puis-je offrir également à L’Actualité ma collaboration pour présenter à vos lecteurs une analyse un peu plus réaliste et conforme aux faits sur la question du climat ?

Alain Bonnier, Ph.D. (physique)
Cosignataire du mémoire intitulé
« Une lutte irréaliste contre les changements climatiques »
soumis au Gouvernement du Québec en janvier 2020
dans le cadre de l’étude du projet de Loi 44

Merci Caroline Brouillette et à l’Actualité pour votre article.

C’est comme une bouffée d’air frais,
après avoir été habitué aux documents de l’AIE qui a jusqu’aujourd’hui toujours essayé de nous convaincre que c’est normal de laisser une industrie d’irresponsables et la plus corrompue au monde (OCDE), entraîner l’humanité dans ce trou toxique des hydrocarbures.

Bien que c’est encore difficile à croire, votre article résume bien tout ce que j’ai lu depuis le 18 mai.

Je remercie l’Actualité de nous offrir des articles qui font réfléchir et montrent les deux côtés de la médailles.

Ça fait différend de ce qui se passe avec les publireportages onctueux autour de l’Hydrogène soi-disant vert, ou de ceux qui prennent plaisir à stigmatiser les VE ou les énergies solaire et éoliennes.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est plein de vitamine D.

Le recyclage sélectif, chimique et thermique à la possibilité de recycler la totalité de nos déchets pourtant rien ne se fait ici.
L’allemagne innove depuis des décennies dans ce secteur comme plusieurs autres pays.
Nous subvention collectivement des entreprises dans cette lignée avec aucun résultat concret, pourtant ce sont des techniques qui existent déjà.
Bon nombre de municipalité, régie, et ville dont Montréal ont rejetées ces alternative et on de complaient dans notre malheur alors que que pourrions agir activement tout simplement en transformant des rébus en matières premières.
Je crois que le Lobby du recyclage prône le statu quo.
Cette ordre de choses nous maintiens dans notre malheur en espérant nous soutirez davantage.
Lorsqu’on faient ses recherches dans le domaine on se désolent croyez-en mon expérience!
L’industrie suremballe, réduit les quantités en simulant l’opulence, et c’est nous les responsables?!?!!!grrrr