Le climat sauvé par les mers ?

Le deuxième poumon de la planète, l’océan, tousse. Des chercheurs explorent des façons novatrices d’accroître sa capacité à combattre la crise climatique.

Mihtiander / Getty Images

L’océan recouvre une grande partie de notre planète et nous procure des produits et services qui se chiffrent à plusieurs milliards de dollars par an. L’un de ces services inestimables est sa capacité à piéger le dioxyde de carbone (CO2). Au cours des 200 dernières années, les océans ont absorbé un tiers du CO2 émis par les activités humaines et 90 % de la chaleur supplémentaire piégée par la concentration croissante des gaz à effet de serre. Les experts du GIEC, dans un rapport spécial sur l’océan et la cryosphère, ont toutefois commencé à sonner l’alerte en 2016 sur le fait que les écosystèmes côtiers sont en train de disparaître et que la capacité de séquestrer le carbone diminue dans tous les océans du monde.

Comment faire pour que les océans absorbent encore plus de CO2 et ralentissent ainsi les changements climatiques ? Des chercheurs explorent plusieurs pistes intéressantes.

Le projet Solid Carbon

Que se passerait-il si l’on pouvait piéger les gaz à effet de serre dans la roche située profondément sous le plancher océanique ? Cette idée, digne des films de science-fiction, est pourtant à portée de main.

Le projet Solid Carbon de l’Université de Victoria et d’Ocean Networks Canada met au point une technologie visant à transformer le CO2 en roche. Il s’agit de capter le CO2 de l’atmosphère à partir d’une plateforme flottante en haute mer, et de le pousser via un tuyau vers des trous forés dans les fonds marins, précisément là où l’on retrouve de grandes quantités de basalte. Le CO2 réagirait alors avec les minéraux et se cristalliserait en roche au fil du temps, des centaines de mètres de sédiments accumulés au-dessus assurant l’étanchéité. Environ 90 % de la croûte océanique est constituée de roche basaltique — une formation poreuse issue du refroidissement de la lave volcanique. Y emprisonner le carbone de cette manière pourrait porter un coup sérieux aux milliards de tonnes d’émissions causées par l’homme chaque année, selon les chercheurs. 

Il existe un grand gisement de basalte au large de la Colombie-Britannique, dans une région appelée bassin de Cascadia, qui s’étend du nord de l’île de Vancouver jusqu’en Californie. La capacité de ce gisement en tant que réservoir de carbone serait de 750 gigatonnes de CO2, soit environ 20 ans d’émissions mondiales. 

Les premiers travaux sur la séquestration du carbone dans le basalte océanique ont été effectués en 2008. Depuis, des équipes canadiennes multiplient les collaborations, essais et projets-pilotes pour faire avancer le processus. Ocean Networks Canada, un organisme à but non lucratif qui met au point des systèmes d’observation des océans, a obtenu en 2019 un financement pour sa première étude de faisabilité, et les premiers essais en mer dans le bassin de Cascadia sont prévus pour 2024. Un déploiement à grande échelle avec des systèmes éprouvés est envisagé autour de 2040.

Cette solution de captage du CO2 de façon mécanique serait nettement plus efficace que l’arrêt total des coupes à blanc (qui pourrait tout au plus permettre à la forêt d’en absorber 2,5 gigatonnes supplémentaires par année) ou l’amélioration des pratiques agricoles (3 gigatonnes par année).

Le carbone bleu

Autre élément qui constitue un moyen naturel de réduire l’impact des gaz à effet de serre sur notre atmosphère : le piégeage de carbone par certaines formes de vie marine. C’est ce qu’on appelle le carbone bleu, qui permet de capter environ 0,13 gigatonne de CO2 par année.

On dit souvent des grandes forêts amazoniennes, source importante de photosynthèse, qu’elles sont les poumons de la terre. Mais nous avons en fait deux poumons : les océans, qui couvrent 71 % des 510 millions de km2 de la planète, en sont un également. D’abord, les organismes qui font la photosynthèse, tels le phytoplancton et les algues, consomment tous deux du CO2 en utilisant la lumière du soleil et rejettent de l’oxygène qui bénéficie à l’ensemble des organismes marins, et même terrestres. Une façon efficace de faciliter ce processus est donc de protéger les écosystèmes marins, tout comme on le fait pour les forêts, afin d’augmenter la photosynthèse.

La piste des baleines

Croyez-le ou non, les baleines aussi peuvent aider à l’absorption de CO2. D’abord parce qu’elles produisent des déjections riches en nutriments, qui fertilisent et régénèrent le phytoplancton à la base de la chaîne alimentaire. De plus, lorsqu’elles plongent et remontent à la surface, elles brassent et dispersent les nutriments, ce qui favorise la productivité de tout l’écosystème marin. Enfin, tout au long de leur vie, les grandes baleines accumulent chacune une moyenne de 33 tonnes de carbone des organismes dont elles s’alimentent. Quand elles meurent, elles coulent, séquestrant le carbone au fond de l’océan pendant des centaines d’années. Une solution est donc de mieux protéger ces cétacés, d’encourager l’augmentation de leurs populations, et ainsi de leur permettre de demeurer d’importants ingénieurs de l’écosystème.

Les océans absorbent aussi du CO2 par simple diffusion. Comme ce gaz est soluble dans l’eau, une partie du CO2 présent dans l’atmosphère se dissout dans les océans. Les courants marins et les différences de salinité et de température font en sorte que le CO2 est absorbé plus ou moins efficacement. Cette diffusion se fait mieux dans l’eau plus froide.

Le problème, c’est que l’eau se réchauffe, donc la machine s’essouffle.

Des alliés qui se fatiguent

Cette formidable capacité des océans à absorber le CO2 atmosphérique ne vient pas sans coût. Lorsque le dioxyde de carbone est absorbé, il se produit des réactions chimiques qui réduisent le pH de l’eau de mer ainsi que la concentration d’ions qu’on appelle carbonates, lesquels sont d’une importance cruciale pour tous les organismes pourvus d’une coquille ou d’un squelette en carbonate de calcium (moules, krill, crevettes, crabes, et une vaste gamme de mollusques et crustacés). Ces réactions chimiques causent le désormais célèbre phénomène de l’acidification des océans.

Dans un rapport récent de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO, qui s’est penchée sur la capacité des océans à freiner le réchauffement de la planète, le collectif scientifique se demande avec inquiétude si l’océan continuera à « aider » l’humanité ou s’il se retournera contre elle, rendant plus difficile encore notre adaptation aux changements climatiques.

Au lendemain de la COP26, on peut espérer que les engagements nationaux pour réduire la pollution par le carbone se poursuivront, mais aussi que les scientifiques continueront à sortir des sentiers battus afin de trouver des solutions innovantes.

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Et la source du problème dans tout ça?

Même si le sujet est intéressant, votre article donne l’impression que le problème est le changement climatique
et que les efforts scientifiques devraient servir à mitiger les effets des changements climatiques!

Un peu comme d’augmenter la quantité d’essuis-tout pour torcher les dégâts d’une bolle de toilette qui déborde de mer… continuellement au lieu d’empêcher la bolle de déverser d’abord.

Les pollueurs du fossile ne demandent pas mieux, comme d’habitude, que de dire la bouche en coeur que ce n’est pas de leur faute s’il y a des changement climatiques.

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