Le grand écart environnemental

Il y a les discours tenus à la COP26 sur le climat, l’élan écologique que l’événement suscite, et il y a la réalité. 

Christian Blais pour L'actualité

Plusieurs médias ont fait l’exercice de vous demander, juste avant le début des travaux de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (la COP26), qui se tient présentement en Écosse : que faites-vous pour contrer le dérèglement climatique, pour protéger l’environnement ?

Les réponses ont fusé, les exemples de gestes accomplis sont multiples et inspirants — le pendant, en somme, des prises de parole qui résonnent avec force, voire avec une sincère conviction, ces jours-ci à Glasgow. « Faire plus et plus vite », tel que l’a dit lundi le premier ministre Justin Trudeau, est le mot d’ordre, au ras des pâquerettes comme au plus haut niveau.

Alors, qu’est-ce qui cloche entre les intentions et le fait éminemment observable que le dérèglement du climat s’accélère ?

Il est facile de dénoncer l’irresponsabilité, la langue de bois et la courte vue des élus qui ne pensent qu’à leur réélection. Le tout surplombé du tout-à-l’économie, où le dieu argent surpasse ceux de toutes les religions. 

Mais il faut reconnaître que la même irresponsabilité et la même courte vue sévissent chez nous, citoyens.

Le confort d’abord, affirme celle qui ne peut dorénavant envisager l’été sans maison climatisée. Le prix et mes envies, dit celui qui ne s’intéresse jamais à la provenance des fruits et légumes qu’il achète. La nouveauté pour ne pas être dépassé, voit-on dans le grand ballet des colis livrés à sa porte par des camions qui, du matin au soir, sillonnent les rues.

Cela n’empêche pas tous ces gens d’estimer apporter leur contribution : leurs bacs de recyclage et de compost sont dûment remplis, ils se déplacent régulièrement à vélo ou sont végétariens à l’année. 

Mais jusqu’où les bons gestes compensent-ils les choix dommageables ?

La question se pose en politique. Par exemple, que vaut la fin de l’exploration pétrolière au Québec, annoncée par le gouvernement de François Legault, alors que celui-ci persiste à aller de l’avant avec le troisième lien à Québec, un projet dénoncé par quiconque s’intéresse minimalement à la protection de l’environnement ?

Elle se pose aussi quant au comportement des élus.

Mardi, le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, hôte de la COP26 et qui a sonné l’alarme environnementale pendant des jours, a été épinglé pour avoir fait en avion le trajet Glasgow-Londres, où il devait retourner. L’avion est un grand émetteur de gaz à effet de serre, mais il semblerait que pour un premier ministre, chaque minute compte — et le trajet en question est un peu plus long que la distance entre Montréal et Toronto. Son cabinet a donc précisé que les émissions du vol seraient compensées, sans autres détails.

Même constat du côté de Justin Trudeau. Le premier ministre plaide pour l’environnement, ce qui ne va pas sans contradictions sur le plan politique. Admettons que ce soit inévitable puisque le Canada est un pays producteur de pétrole dont la sortie de cette industrie doit se dérouler sans faire trop de dégâts dans les provinces où l’économie est basée sur cette exploitation. 

Il est toutefois moins défendable que dans sa vie personnelle, M. Trudeau n’hésite pas à s’envoler pour la Colombie-Britannique juste pour s’y reposer une longue fin de semaine, ce qu’il a fait à plusieurs reprises. La leçon écologique ne vaut donc pas ici ?

Cette contradiction-là est tellement répandue. Combien de propriétaires de voitures électriques ne peuvent se passer de leurs voyages outre-mer — ils se sont d’ailleurs empressés de réserver des sièges dès que les restrictions sanitaires ont été levées.

Les plus scrupuleux font comme M. Johnson, ils compensent. Ici, la pratique veut qu’on achète des arbres à planter. L’effet ne se fera pourtant sentir que dans 25 ans… pour autant que lesdits arbres soient bel et bien mis en terre, ce qui pour le moment ne s’avère pas, comme l’ont dévoilé maintes études ! Mais la conscience est sauve, sans avoir rien sacrifié.

Et même quand des efforts réels sont faits, est-ce vraiment la goutte d’eau qui modifiera le cours des choses ? Il suffit d’entrer dans la cafétéria d’une école ou d’un hôpital pour écarquiller les yeux devant le gaspillage de nourriture et la vaisselle jetable. Et ce n’est qu’un minuscule exemple de surconsommation. 

Alors, comment contrebalancer ces situations qui échappent au pouvoir des individus et qui sont trop petites pour être visibles à l’échelle d’un État ? L’écart est encore trop grand pour vraiment faire face à l’urgence.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Mais Madame Boileau vous nous servez les arguments des pétroleux ce matin!

Maintenant que les externalités négatives de notre dépendance mortifère à cette stupide géo-ingénierie du pétrole ne peuvent plus être ignorées, la nouvelle tactique de cette industrie d’irresponsables est de faire planer sur la tête des utilisateurs la notion de ‘risque’ associé aux changements climatiques comme Exxon a déjà commencé dans ses communiqués mensongers et de responsabilité associée à l’utilisation de leurs produits polluants.

Comme si en utilisant leurs produits mortifères nous consentirions automatiquement aux externalités négatives, autrement dit ce serait la faute des utilisateurs de faire pression sur les fournisseurs.

La belle affaire, avec des arguments semblables, ces irresponsables du fossile ont beau jeu de se présenter comme de simple fournisseurs innocents qui ne font qu’assouvir notre dépendance et qu’il faudrait continuer à les subventionner à coup de $11 millions par minute pour éviter la pénurie. ouf

Oui c’est facile de critiquer les dirigeants mais les dirigeants ont cette responsabilité de montrer l’exemple au ras des pâquerettes quand personne ne regardent, sinon nous les payons trop cher. J’attend des dirigeants des solutions, pas des excuses pour justifier l’inaction.

Pourquoi opposez-vous les solutions en choisissant un propriétaire de VE comme allusion de contradiction quand il y tellement de contradictions chez les pollueurs, en commençant par le ministre de l’environnement, propriétaires de VUS à pollution plus chers qu’une VE, plus pesantes qu’une VE et moins performantes et moins sécuritaires qu’une VE.

Pourquoi ne choisissez-vous pas par exemple ceux qui ont les moyens d’acheter une Tesla pour chaque membre de leur famille s’ils le voulaient mais continuent d’acheter des bagnoles luxueuses, plus pesantes, plus chères et qui ne feront que pourrir l’air qu’on respire pendant un autre 15 ans après avoir pollué 4 fois plus qu’une VE entre la mine et l’usine?

Oui on a tous fait parti du problème mais nous avons les solutions aujourd’hui, si vos articles nous informaient d’elles, il y aurait moins de ce vous décrivez en contradictions. Le VE est une des solutions et incontournable pour notre avenir.

Répondre

Quelle réalité ? Celle qui nous conforte comme si nous (à l’exception bien sûr d’un très grand nombre d’exclus parmi nos contemporains) étions les personnes les plus importants de tous les temps, passés et à venir ? Ou celle qui donne à penser que nous sommes les plus débiles de tous, incapables de vivre avec notre époque et nos problèmes, incapables de produire des solutions à la hauteur de ceux-ci, incapables de vivre autrement qu’en consommateurs capitalistes ? Les formes actuelles de capitalisme, que ce soient celles d’État ou celles de marché, détruisent, tout, c’est tout. L’écart est bien grand, en effet,. suffisament pour laisser place à beaucoup de « hasard ». Beaucoup de hasard, beaucoup de catastrophe, c’est mathématique. Mais il me semble ici entendre des voix d’Afrique qui répètent … quand même … nous ne mourrons pas tous.

Répondre

Ce que nous apprenons de l’histoire en général, c’est qu’il n’est pas rare que les évènements nous rattrapent. Usuellement nous n’avons guère conscience de la situation avant que celle-ci ne survienne effectivement.

Ne fait-il pas trop se surprendre qu’il y ait des écart environnementaux, encore en ce moment ?

En 2021 nous commençons un peu à prendre conscience de la situation, mais… bon nombre d’entre nous agissent comme ils agissaient auparavant tout pareillement et toujours de la même façon.

Il n’existe pas de solution rapide, Il n’y a pas vraiment de voie. 2030 devrait nous indiquer un peu plus où nous en sommes. Arrivés en 2050, beaucoup de choses que nous faisons maintenant seront devenues anachroniques pour bon nombre de gens. — Il n’y a pas encore de voie, il existe un cheminement seulement.

Lorsque rien encore ne nous indique que nous serons sortis du bois dans cent ans.

Alors ce que ne nous disent pas explicitement ces pontes réunis à Glasgow, c’est qu’ils tablent essentiellement sur notre capacité d’adaptation. Ceux et celles qui ne sont pas encore nés seront ou devraient-être plus adaptés au réchauffement planétaire que le baby-boomer que je suis actuellement. L’avenir de la horde humaine est-il de la faire devenir plus intelligente ?

Advenant le pire, ce sera l’extinction de l’humain tel qu’il est configuré actuellement. Nous aurons tous été à un moment ou un autre modifiés génétiquement. La Terre sera alors entre les mains d’une petite poignée de corporations… auxquelles nous obéirons aveuglément.

Répondre

Que j’achète une VÉ ou pas ne changera rien dans le sort de la planète pas plus que si les 8 millions de Québécois le font. Car le problème c’est le système économique lui-même qui a perdu les pédales et qui est comme un train hors de contrôle qui va dérailler d’un moment à l’autre.

En d’autres mots, le dieu développement couplé au dieu argent nous ont servi passablement bien (du moins pour ceux qui vivent dans les pays dits développés) pendant des décennies mais ils se sont emballés et le développement est devenu le commencement de la fin pour l’humanité.

Donc, si on veut se sortir de cette ornière, il faut changer le système économique actuel et stopper ou au moins freiner d’une manière significative le développement. On ne peut dévaster les forêts sans en subir les conséquences alors que les ministres des forestières se fendent en 4 devant l’industrie pour leur donner encore plus de forêts à détruire pour enrichir les investisseurs et donner des emplois au gens qui en ont besoin pour payer leurs machines et leurs gros camions de transport de bois… Pendant ce temps là, les GES corrompent notre atmosphère et vont finir par semer la mort.

Le serpent est en train de manger sa queue et nous on continue comme si de rien n’était.

Répondre

@ NPierre
Pourquoi ne pas commencer votre argument en disant:

Que j’achète une bagnole à pollution ou pas ne changera rien dans le sort de la planète mais si 8 millions de Québécois achètent un VE …
ça pourrait avoir un effet d’entraînement positif et même prendre de l’ampleur en dehors de nos frontières,
sinon, nous aurions au moins le plaisir de conduire une VE que nous pouvons recharger dans le confort de notre foyer et de contribuer à notre énergie locale (HQ)
et de finir nos jours dans un air moins pourri par les tuyaux d’échappement.

Allez faire un essais routier d’une Tesla pour vous redonner confiance en l’avenir.

Pour le reste je vous suis.

M. Grant, c’est un peu ce que j’ai fait mais comme j’habite la «campagne» il a fallu que je me contente d’une hybride rechargeable. Je dois dire toutefois que c’est très agréable et que d’aller à la station d’essence une fois aux 2 mois est très satisfaisant. Je suis heureux de passer au moins en partie à l’électrique mais je ne me fais pas d’illusion, c’est une goutte dans l’océan!