Le verdissement de nos villes passe par un sol en santé

Des recherches révèlent que 80 % des cas de dépérissement de la végétation et des arbres en ville étaient reliés à des problèmes de gestion du sol.

Bouillante / Getty Images

L’auteure est professeure d’écologie forestière et cotitulaire de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu (CRAUM) à l’Université Laval.

En urbanisme, on entend souvent parler de la trame verte et bleue pour désigner le réseau de végétation et de forêts urbaines ainsi que les plans d’eau présents en ville. Mais peu de gens connaissent la « trame brune », celle du sol et de la terre, ou s’en préoccupent.

Pourtant, les petits (et grands) projets de verdissement dépendent directement de cette trame oubliée et négligée. J’étudie le lien sol-plante en milieu urbain et je suis souvent étonnée de voir que les projets d’infrastructures vertes (comme l’aménagement d’une piste cyclable), de plantation massive d’arbres ou d’aménagement d’îlots verts ne tiennent pas compte de la matrice vivante souterraine (le sol !) qui doit supporter tous ces efforts importants en ville. Pourtant, il y a plusieurs bonnes raisons de la prendre en considération.

Un impact sur la végétation

Nos aménagements ne durent pas, ils se dégradent avec les années et parfois très rapidement. Selon Élise Beauregard, une aménagiste paysagère qui étudie les sols et qui compte plus de 25 ans d’expérience en architecture de paysage à Montréal, « nous ne traitons pas le sol comme un élément ‘‘vivant’’, mais simplement comme une matrice neutre, tel le béton. Mais avec toutes ces ambitions de verdissement, il faut que ça change ! »

Si l’on veut que ces projets comblent les attentes des citoyens, on doit accorder de l’importance à ce lien entre le sol et les plantes, car le bon fonctionnement des cycles de nutriments et de carbone dans l’écosystème, qui sont à la base de la qualité et de la fertilité du sol, est primordial.

Une étude menée aux États-Unis a révélé que 80 % des cas de dépérissement de la végétation et des arbres en ville étaient reliés aux problèmes de gestion du sol.

Nous voyons prendre forme des projets de plantation de centaines de milliers d’arbres dans des villes comme Montréal, ou de milliards d’arbres à l’échelle du pays. Où va-t-on planter ces arbres, et dans quel substrat ? Est-ce que ce substrat va les supporter pendant les 50 ou 100 prochaines années ? Si la réponse est non, tous ces efforts ne permettront pas de séquestrer la quantité de carbone calculée pour contrer les gaz à effet de serre.

En ville, nos canopées sont formées d’arbres de tous âges, mais ce sont les vieux qui nous fournissent le plus de bénéfices. Ceux-ci ne seront pas visibles avant 30 ou 40 ans dans les nouvelles plantations.

Planifier l’expansion racinaire

Dans la planification des grands travaux urbains ou des plantations après la réfection de boulevards, il faut prévoir l’expansion du système racinaire et de ses besoins en nutriments et en eau pendant toute la vie des arbres plantés. Les ingénieurs qui font les plans et les devis ne possèdent pas, pour la plupart, ce savoir clé. Ils ne connaissent ni la qualité des substrats ni les besoins en eau et en nutriments des différentes espèces d’arbres.

L’infrastructure des arbres est vivante ; les forestiers et les chercheurs doivent travailler conjointement avec les ingénieurs civils pour s’assurer que les besoins en matière de volume et de qualité du sol seront comblés.

Un autre élément de verdissement qui dépend directement de la qualité des sols urbains est la biodiversité. Actuellement, les vertus de l’augmentation de la biodiversité en ville font partie des réflexions de plusieurs municipalités, mais encore une fois, on parle peu de l’importance du sol.

Les sols compactés et peu fertiles qu’on trouve souvent en ville ne peuvent pas supporter une grande richesse d’espèces pérennes. Les perturbations fréquentes des sols urbains (travaux, circulation humaine, accumulation de sels) provoquent une dégradation des processus importants pour le renouvellement de leur fertilité (cyclage du carbone et de l’azote, par exemple, par l’ajout en continu de matière organique), donc entraînent des superficies végétales moins biodiversifiées.

Une ressource non renouvelable

Le manque de retour de matière organique dans les aménagements de gazon, de fleurs annuelles et de vivaces provoque une diminution du potentiel de services des écosystèmes : la rétention d’eau, le stockage de carbone et la fertilité qui appuient une biodiversité plus élevée. De plus, l’importation massive de sol fertile ou de gazon pour les nouveaux aménagements n’est simplement pas durable, le sol n’étant pas une ressource renouvelable à court terme.

Vue panoramique estivale du centre-ville de Montréal
En ville, nos canopées sont formées d’arbres de tous âges, mais ce sont les vieux qui nous fournissent le plus de bénéfices. (Shutterstock)

Toutefois, nous pouvons encore apprendre ! Apprendre à implanter et à gérer nos aménagements paysagers différemment, afin d’utiliser la matière organique présente pour soutenir une diversité de plantes. Apprendre à construire des îlots verts qui seront pérennes et autosuffisants. Bâtir des communautés d’espèces qui « travaillent » bien ensemble, et qui favorisent même la nutrition et la survie des nouvelles plantations d’arbres.

C’est la vision de notre communauté de chercheurs et d’urbanistes. Nous travaillons notamment avec la Ville de Montréal et la Ville de Québec pour proposer des mélanges de vivaces indigènes qui vont contribuer à accroître la viabilité des aménagements dans les conditions biophysiques difficiles des milieux bétonnés. Cela augmentera en même temps la rétention de carbone dans le sol.

Les trames brunes des villes peuvent produire énormément d’avantages pour les résidants, mais il faut d’abord « voir » le sol comme une entité vivante pour ensuite travailler avec toutes ses qualités afin d’améliorer la vie dans le sol et, par conséquent, en ville.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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Cela fait des années que j’essaie de garder mon gazon vert en façade de ma maison et ce sans succès. J’ai dépensé une petite fortune, en engrais, en eau et en contrat avec une multitude de compagnies qui promettent gazon luxuriant et immaculé. Après tant d’effort et de dépenses, j’ai décidé de m’en débarrasser entièrement.
J’ai décidé de planter toutes sortes de vivaces à la place. C’est beau, c’est beau et je ne cesse d’avoir des félicitations de mes voisins. Tout ce qui me reste pour travail est de donner de l’eau une fois par semaine si la nature ne coopère pas et de ramasser les mauvaises herbes qui oseraient se pointer le nez au dessus d’ un pied de paillis .
À ma grande satisfaction, de plus en plus de mes voisins ont décidé de faire la même chose. D’ici quelques années notre quartier sera magnifique. Voici ma petite part pour la planète.