« Les 12 jours de Noël » revisité pour les océans

Nos océans ont connu des hauts et des bas en 2021. Dans un esprit festif, notre collaboratrice Lyne Morissette a eu envie de revisiter le fameux classique « Les 12 jours de Noël » en vous parlant de recherches, de découvertes et de statistiques sur la mer.

Crédits : kenzaza / Getty Images

12 m

C’est la taille de l’espèce de baleine à fanons décrite pour la première fois en janvier 2021 dans la revue Marine Mammal Science. Cette toute nouvelle espèce, baptisée baleine de Rice (Balaenoptera ricei), vit dans la partie nord-est du golfe du Mexique. Elle a été nommée en l’honneur de Dale Rice, un scientifique marin estimé qui possède plus de 60 ans d’expérience dans le domaine des mammifères marins. Selon les experts, il pourrait rester moins de 100 baleines de Rice sur la planète.

11 km

C’est dans la fosse des Mariannes qu’est situé le point le plus profond de nos océans, à près de 11 km. Cette fosse s’étend comme un croissant au fond de l’océan Pacifique, sur plus de 2 400 km de long, et c’est vers son extrémité sud que se trouve le gouffre Challenger, le plus éloigné de la surface de l’eau. Si l’on plaçait le mont Everest au fond de la fosse des Mariannes, son sommet serait immergé, à environ 2 000 m sous le niveau de la mer. Alors que le nombre de personnes ayant atteint le sommet du mont Everest, le point le plus élevé de la Terre, se compte en milliers, seuls trois plongeurs ont exploré les profondeurs de Challenger. Le dernier en lice est le cinéaste canadien James Cameron, qui a plongé en solitaire à bord d’un sous-marin qui lui a permis d’y passer trois heures, en 2012.

10 % d’aires marines protégées

Le Canada annonçait cette année avoir atteint la cible de conservation marine établie en vertu de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Par cet objectif, communément appelé objectif 11 d’Aichi, le pays s’engageait à protéger 10 % de ses aires marines d’ici 2020. Cette année, lors de la 15e Conférence des parties de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, le Canada s’est engagé à faire passer cet objectif à 30 % d’ici 2030, ce qui est considéré comme très ambitieux.

9 % de recyclage

Seuls 9 % de tous les déchets plastiques produits ont été recyclés. Environ 12 % ont été incinérés, tandis que le reste — 79 % — s’est accumulé dans des décharges ou des dépotoirs, ou dans les milieux naturels. Les mégots de cigarettes — dont les filtres contiennent de minuscules fibres de plastique — étaient le type de déchets plastiques le plus communément trouvé dans l’environnement lors d’une récente enquête mondiale. Viennent ensuite les bouteilles de boissons, les bouchons de bouteilles, les emballages alimentaires, les sacs d’épicerie, les couvercles de verres à café, les pailles et les agitateurs à café. Pour que moins de plastique se retrouve dans l’environnement, il faut bien sûr en ralentir la production, mais aussi mieux gérer nos déchets. 

8 millions de tonnes

Chaque année, huit millions de tonnes de plastique finissent dans les océans du monde entier. Comment y arrivent-ils ? Une grande partie provient des fleuves et des rivières, qui servent d’intermédiaires directs entre les déchets des villes et l’environnement marin. Dix cours d’eau transportent à eux seuls plus de 90 % des déchets plastiques qui aboutissent dans les océans. Huit d’entre eux se trouvent en Asie : le Yangzi Jiang, le fleuve Jaune, le Hai He, le Zhu Jiang (ou rivière des Perles), l’Indus (qui relie le Pakistan à la Chine), l’Amour (qui traverse notamment la Russie et le nord de la Chine), le Mékong et le Gange (qui se jette dans le golfe du Bengale). Les deux autres, le Nil et le Niger, sont en Afrique.

7 ans

C’est la durée maximale enregistrée entre deux événements climatiques La Niña. Ce phénomène est l’un des principaux moteurs de la météo sur la planète, en particulier à la fin de l’automne, en hiver et au début du printemps. Pendant les événements La Niña, les vents alizés (qui soufflent le long de chaque côté de l’équateur) sont encore plus forts que d’habitude, poussant davantage d’eau chaude vers l’Asie. Au large de la côte ouest des Amériques, les remontées d’eau augmentent, amenant à la surface de l’eau froide et riche en nutriments. Les changements climatiques amplifient la fréquence et les effets de La Niña (les vents de surface et de haute altitude, les précipitations et les configurations de pression atmosphérique, par exemple), et cette année, les experts de l’Organisation météorologique mondiale prévoient que le phénomène aura lieu pour une deuxième année de suite, du jamais-vu.

6e rapport du GIEC

En août 2021, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies a publié le premier chapitre de son rapport sur l’état de la climatologie mondiale, le sixième en plus de 30 ans d’existence. Plus de 200 auteurs ont contribué à ce chapitre consacré à la description physique du phénomène climatique, basée sur 14 000 études. Les deux autres grands chapitres sur les impacts des changements climatiques, et l’atténuation de ce phénomène, seront publiés en 2022. Les océans sont au cœur des préoccupations de ces experts, qui soulignent d’ailleurs que l’océan mondial s’est réchauffé sans arrêt depuis 1970, et que le taux de réchauffement a doublé depuis 1993. La fréquence et l’intensité des vagues de chaleur marines, des tempêtes côtières et des déplacements d’espèces marines s’accélèrent aussi pour nos océans.

5 piliers pour une gestion durable des océans

Selon les experts du Panel océanique, si l’on souhaite gérer de façon durable 100 % de l’océan, il faut concentrer nos actions autour de cinq piliers clés : 

1. La richesse des océans ;

2. La santé des océans ;

3. L’accès équitable aux océans et à leurs ressources ;

4. La connaissance des océans ;

5. Le financement de la recherche sur les océans. 

Ce groupe de 14 dirigeants mondiaux [il y en a 16 sur leur site Internet], dont le Canada fait partie, tâche depuis 2018 de changer la façon dont le monde pense, ressent et traite l’océan, et tente d’inspirer des politiques et des actions au plus haut niveau pour catalyser la transition vers une économie océanique durable. Précurseur de cette approche, le Panel océanique collabore maintenant avec l’équipe de la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable, qui a commencé cette année.

4 fois plus importante qu’on ne le pensait

En mars 2021, de nouvelles recherches de l’Université d’East Anglia publiées dans Nature Climate Change ont montré que là où des populations sont établies, l’élévation du niveau de la mer est quatre fois plus importante que la moyenne relevée sur les côtes à l’échelle mondiale (de 7,8 à 9,9 mm par an, au lieu des 2,6 mm de la moyenne mondiale). Cette étude est la première à mesurer l’élévation du niveau de la mer selon l’occupation et la géographie des côtes. Alors que la plupart des travaux sur les changements climatiques se penchent sur une explication globale et uniforme de l’augmentation du niveau de la mer (entre autres par la fonte des glaciers), ces auteurs démontrent qu’à l’échelle locale, la subsidence (un phénomène géologique qui fait que la terre s’enfonce) est particulièrement élevée dans les zones densément peuplées telles que les villes et les deltas. Les conséquences pour les humains sont bien plus graves que ce que laissent croire les chiffres mondiaux fournis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les cas les plus urgents sont en Asie du Sud, du Sud-Est et de l’Est.

3 océans

Le Canada est le seul pays qui compte trois océans. Son littoral est le plus long du monde, avec 243 042 km, loin devant la Norvège (82 281 km) et l’Indonésie (54 716 km). C’est chez nous que l’on trouve 29 % du littoral marin de la planète. Ces écosystèmes littoraux qui se situent à l’interface de la terre et de la mer sont importants, car ce sont des milieux particulièrement productifs. En effet, ils abritent une diversité d’espèces terrestres et marines, notamment des membres de tous les principaux groupes d’organismes marins, environ 1 100 espèces de poissons, et de nombreux mammifères marins, oiseaux, plantes et invertébrés.

2 millions de kilomètres carrés

En novembre 2021, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, la NOAA, a franchi une étape historique de son exploration maritime quand elle a annoncé avoir cartographié deux millions de kilomètres carrés de territoire océanique. Un bilan représentant le quart de la superficie des États-Unis, réalisé à bord du navire NOAA Okeanos Explorer depuis sa mise en service en 2008. C’est à l’aide d’un système moderne de sonar multifaisceau à haute résolution que des centaines de chercheurs ont réussi à récolter des données dans 17 pays, et à contribuer à plus de la moitié des connaissances sur les eaux américaines à plus de 200 m de profondeur.

1 nouvel océan

Le 8 juin de cette année, la société National Geographic, qui publie des cartes et des atlas depuis 1915, a dessiné une nouvelle carte qui reconnaît officiellement un cinquième océan. Déjà distingué des océans Atlantique, Pacifique, Indien et Arctique par les scientifiques et les chercheurs depuis des années, l’océan Austral est le seul à être connecté à trois autres océans (Atlantique, Pacifique et Indien) et à englober un continent au grand complet — l’Antarctique — au lieu de border la côte continentale comme les quatre autres. L’océan Austral contient des écosystèmes marins particuliers et fragiles qui abritent une composition écologique unique. Des milliers d’espèces vivent là et nulle part ailleurs, telles que le manchot, l’otarie à fourrure de l’Antarctique, le phoque de Weddell, le léopard de mer et de nombreuses espèces d’oiseaux marins.