Les 5 grands travaux du recyclage

L’industrie du recyclage au Québec ne tourne pas rond. Voici comment résoudre le casse-tête du bac vert.

Photo : Richard Drury / Getty Images

Depuis 30 ans, je sors mon bac vert sur le trottoir tous les vendredis. J’ai habitué mes filles à écraser les boîtes de carton et à séparer les sacs de plastique des circulaires. Tout benêt de ma contribution pour sauver la planète, je ne me posais pas trop de questions sur la suite… jusqu’en novembre 2017, avec l’annonce de la fermeture des frontières chinoises au recyclage étranger.

J’ai appris avec consternation que le gros de mon papier et de mon plastique était revendu en ballots mal triés et acheminés en Chine, où des entrepreneurs locaux étaient censés retrier ce qui aurait dû l’être au Québec, sans qu’on sache trop si ce recyclage chinois finissait dans le champ, dans un incinérateur ou au dépotoir. Pourquoi recycler alors ? Tous nos efforts seraient-ils vains ?

La crise chinoise a agi comme révélateur d’un problème profond. La récupération devrait réintroduire dans le cycle de production des matières qui autrement seraient jetées — d’où le mot « recyclage ». Or, 42 % des plastiques qui entrent dans un centre de tri finissent dans un site d’enfouissement. Les bouteilles et les pots en verre, c’est pire : 55 % ne sont jamais recyclés. Au moins, le papier, qui remplit 67 % du bac, trouvait facilement preneur. Mais depuis que les Chinois ne veulent plus de déchets venant de l’étranger, les centres de tri des pays occidentaux doivent revoir leur modèle d’affaires. Et beaucoup sont au bord de la faillite.

Au Québec, la seule victime officielle est Récupération 2000, à Cowansville, en Estrie, qui a fermé ses portes en août 2018. Mais Rebuts solides canadiens, qui exploite entre autres le centre de tri de Montréal, a obtenu que la Ville lui verse 29,3 millions de dollars pour éviter une fermeture immédiate. De nombreux centres ont dû renégocier leurs contrats avec les municipalités.

D’une certaine façon, les défis du recyclage sont amplifiés par le fait que les Québécois sont de bons récupérateurs. Dans toutes les régions, 99 % des foyers profitent de la collecte sélective. Chaque année, les 23 centres de tri du Québec reçoivent plus de 717 000 tonnes de papier, verre, métal et plastique, soit presque les deux tiers (64 %) des matières résiduelles. C’est en deçà de la cible de 70 % du gouvernement du Québec, mais selon tous les spécialistes interrogés, cela se compare à ce qu’on observe ailleurs dans le monde (quoique les politiques différentes rendent les comparaisons hasardeuses).

Photo : Richard Drury / Getty Images

Heureusement, en 2005, à l’instar de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, le Québec s’est doté d’une sorte de police d’assurance, le principe du pollueur-payeur, qui le rend moins vulnérable à la crise chinoise que les États-Unis et la plupart des provinces. De 85 % à 90 % du financement de la filière du recyclage provient des 3 400 entreprises québécoises qui produisent des emballages, des papiers imprimés et des contenants, membres d’office d’un OSBL appelé Éco Entreprises Québec (ÉEQ). La SAQ, par exemple, fait un chèque de 18 millions de dollars par an, ce qui revient à environ 9 cents par bouteille pour le consommateur. Les lecteurs de L’actualité paient environ 5 cents par exemplaire.

ÉEQ perçoit ainsi 148 millions de dollars, qu’elle reverse à Recyc-Québec. À son tour, cette agence gouvernementale rembourse les municipalités pour les coûts nets de la collecte et du tri. En 2020, ÉEQ devra verser 29 millions de dollars supplémentaires, une hausse de 20 % en raison de la crise chinoise.

Aux États-Unis, où ces coûts sont assumés par les municipalités, les installations ferment parce que les contribuables ne veulent pas payer davantage d’impôts fonciers. Depuis deux ans, des centaines de villes y ont cessé leur collecte sélective. À Philadelphie, où le coût par tonne est passé de 30 à 170 dollars après le retrait chinois, la Ville a suspendu le recyclage pendant six mois et envoyé le contenu des bacs à l’incinérateur.

Au Québec, la crise a frappé moins fort chez deux exploitants, qui représentent le tiers de la collecte sélective dans la province : Tricentris, un OSBL regroupant 234 municipalités, qui gère les centres de tri de Lachute, Terrebonne et Gatineau ; et Société VIA, aussi un OSBL, qui gère ceux de Lévis, Québec et Rivière-du-Loup. Tricentris a investi en 10 ans 40 millions de dollars pour de l’équipement et de la recherche et développement, et Société VIA presque autant. Tricentris espère arriver à un taux de recyclage de 100 % pour son verre dès l’an prochain, tandis que Société VIA parvient à ne produire aucun « papier mélangé », ce produit bas de gamme dont les Chinois ne veulent plus.

Mais même les meilleurs comme Tricentris et Société VIA en arrachent actuellement, à cause de cinq problèmes présents dans la filière depuis au moins une génération. Maintenant qu’il n’est plus possible de pelleter ses matières mélangées dans la cour des Chinois, l’État, les municipalités et l’industrie comptent sérieusement prendre les choses en main. Fin mai 2018, le ministère de l’Environnement a réuni une centaine d’intervenants, qui sont venus dire ce qui clochait. Cela a déclenché une série de consultations et de commissions parlementaires. Au moment de mettre sous presse, le ministre Benoit Charette réglait les derniers détails d’une politique qui devrait paraître bientôt, et qui s’attaquera à ces cinq défis.

Faire comprendre que le bac n’est pas une poubelle

Toutous, coussins, sacs de compost puants, boîtes à fleurs, fils électriques, et même un matelas ! Cinq minutes à observer ce qui défile sur le convoyeur, à l’entrée d’un centre de tri, suffisent à comprendre le premier problème du recyclage au Québec. « Ce n’est pas la collecte pêle-mêle qui pose problème : on sait trier, on a le personnel, on a les équipements. Mais on doit dépenser des ressources folles en temps et en réparations à cause de quelques cabochons », dit Grégory Pratte, représentant aux ventes techniques à Tricentris, en faisant visiter le centre de tri de Terrebonne, l’un des plus gros du Québec, qui traite 100 000 tonnes par an. « Des munitions et des armes à feu, on en voit régulièrement, dit Grégory Pratte. Si vous restez une heure, vous verrez passer une bonbonne de propane et une batterie d’auto ! »

Plus les bacs de recyclage sont gros, plus les gens ont tendance à y mettre n’importe quoi, constate Jean-Sébastien Daigle, PDG de Société VIA, selon qui la récupération représente un défi constant d’éducation populaire. À Tricentris, on consacre 600 000 dollars par an à la sensibilisation, qui passe par des publicités, les réseaux sociaux et même des pièces de théâtre en milieu scolaire. Recyc-Québec, de son côté, a créé l’application Ça va où ?, qui permet de déterminer que faire avec 800 produits. « On ne peut pas blâmer les gens. Ils ne comprennent pas pourquoi le centre de leur région ne peut pas recycler les petits pots de yogourt, alors que ça passe ailleurs », dit le ministre Benoit Charette, dont la politique visera à uniformiser le message et les pratiques.

Mathieu Guillemette, directeur principal du Service aux municipalités à Éco Entreprises Québec, croit que les villes devront serrer la vis aux délinquants sous forme d’avertissements, de confiscation du bac et d’amendes. « Un citoyen pris par deux fois à mettre des batteries ou des madriers devrait se faire confisquer son bac. Il suffit d’une personne pour contaminer toute la collecte d’une rue. »

Des consommateurs mieux informés seraient également plus réfléchis. « Si le consommateur tenait davantage compte de ce qui est recyclable au moment d’acheter un produit, on réduirait les rejets », dit Grégory Pratte, en donnant un truc facile pour reconnaître les plastiques non recyclables : « Un plastique qui s’étire est généralement recyclable, mais ce n’est pas le cas des plastiques qu’on ne peut pas étirer, même s’ils sont souples. »

En moyenne, 11,4 % de ce qui entre dans un centre de tri est non recyclable et rejeté, avant d’être enfoui aux frais du centre. Jean-Sébastien Daigle, de Société VIA, se réjouit de voir certaines municipalités instituer la pratique du « prétri », comme celles de la MRC de la Minganie. « Avant de nous envoyer les chargements, explique-t-il, elles retirent les objets qui ne devraient pas y être. Ça nous aide tellement qu’on est prêts à leur faire un meilleur prix. »

Créer des débouchés locaux

Du verre, ça peut servir d’ingrédient au béton, aux pneus, à la peinture et même au dentifrice (eh oui ! pour remplacer les microbilles de plastique). L’Université de Sherbrooke a mis au point un procédé de pulvérisation du verre, la micronisation, qui réduit le verre ordinaire en une poudre très fine, la silice précipitée. Ce nouveau produit vient s’ajouter à la liste des usages non traditionnels du verre concassé. Au lieu d’essayer d’en refaire des bouteilles, pourquoi ne pas l’utiliser pour la filtration de piscine, les abrasifs de jets de sable ou comme simple paillis horticole ?

« Il faut créer de nouveaux débouchés de recyclage pour rendre la filière viable », soutient Carl Péloquin, maire de Lachute et président du conseil de Tricentris, qui a élaboré avec l’Université Laval une mousse isolante produite à partir de verre en fusion auquel on ajoute un émulsifiant. Il en résulte un matériau très dur, mais aussi très léger, que le ministère des Transports teste dans la construction de routes.

Le maire croit tellement à la création de débouchés pour le recyclage que sa ville a ouvert un nouveau parc industriel. RV2 Technologies y construit la première usine nord-américaine de silice précipitée. À compter de 2021, Tricentris vendra à ce client la quasi-totalité de son verre concassé, 30 000 tonnes par an, au prix de 167 dollars la tonne. « Il y a trois ans, on payait pour se débarrasser du verre. Bientôt, on sera sans doute obligés d’en acheter des autres centres de tri pour honorer les contrats », dit Grégory Pratte, responsable des ventes techniques.

Qu’il s’agisse du verre, du papier ou du plastique, tous les centres de tri se heurtent à la même difficulté lorsqu’il s’agit de trouver des débouchés : la consommation n’est pas synchro avec le type de matières que l’on recycle au Québec. Ainsi, 70 % du verre consommé est vert et provient d’Europe (bouteilles de vin, d’huile, d’eau). Seulement deux usines du continent américain produisent du verre de cette couleur, elles ne peuvent acheter tout ce verre concassé. Les autres font du verre clair ou brun… à partir de verre récupéré clair ou brun. « Plus les débouchés seront nombreux, plus on sera capables de maintenir des prix intéressants », affirme Carl Péloquin. Pour l’instant, le gros du verre n’est pas recyclé et sert de matière de recouvrement dans les lieux d’enfouissement technique (LET).

Pour les plastiques, cotés de 1 à 7 selon le type de résine, la situation est variable. À Joliette, Plastrec est l’un des plus importants recycleurs du Canada pour le no 1 — celui des bouteilles. Sa production, qui excède très largement les quantités disponibles au Québec, l’oblige à importer du plastique des États-Unis et de l’Ontario.

Depuis deux ans, Recyc-Québec consacre de gros efforts à trouver des débouchés locaux. « Nous soutenons financièrement cinq initiatives visant à mettre en place une filière de recyclage pour les autres types de plastique », dit Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente de la performance des opérations à Recyc-Québec. Parmi ces initiatives, il y a Soleno, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui prend les plastiques no 2 (contenants de crème glacée, de shampoing) pour en faire des drains agricoles ou des membranes géotextiles. Mais on n’a pas encore trouvé de débouchés constants pour les autres, comme le polystyrène (le no 6) et les sacs d’emplettes, qui aboutissent pour la plupart dans les sites d’enfouissement.

Depuis la crise chinoise, le papier est désormais frappé par le même manque de débouchés. « On réussit à ne rien envoyer à l’enfouissement, mais les prix sont affreux », déplore Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun et responsable de l’environnement au comité exécutif de Montréal. Pour le « papier mélangé », le prix est de moins de neuf dollars la tonne. La majorité des centres de tri paient pour s’en débarrasser. « C’est de loin le plus gros problème », dit-il.

Jean-Sébastien Daigle, PDG de Société VIA, essaie de faire avec le papier ce que Tricentris est en train de réussir avec le verre. Équipé de robots trieurs et de lecteurs optiques, l’OSBL est un précurseur dans la technologie du tri optique du papier. Société VIA parvient à séparer totalement les journaux, le papier fin et le carton, dont les prix sont nettement plus intéressants (jusqu’à 222 dollars la tonne pour le papier de bureau) que celui du papier mélangé. Mais ce n’est pas suffisant. « Trouver des débouchés, organiser des filières, ça prend des mois, sinon des années. »

Repenser les emballages

Des paniers de fraises avec poignée en carton plutôt qu’en plastique ; des bouteilles de vin 25 % plus légères, qui contiennent moins de verre à récupérer ; des barquettes de champignons en plastique recyclé : voilà quelques beaux exemples québécois d’écoconception, une pratique qui consiste à imaginer des emballages écologiques et recyclables.

L’industrie, le gouvernement et les écologistes l’ont tous proposée pour améliorer les taux de recyclage au Québec. « L’idée progresse vite », dit Geneviève Dionne, directrice de l’écoconception et de l’économie circulaire à ÉEQ. « En 2011, seulement 11 entreprises avaient signé notre Code volontaire pour l’optimisation des contenants, emballages et imprimés. Maintenant, je reçois 11 appels par jour ! » Elle est en mesure de proposer toutes sortes de solutions ingénieuses, mais se désole de l’absence de réglementation. « Rien, souligne-t-elle, ne régit ce qui est recyclable ou non, et à quelles conditions. »

Les sacs de croustilles sont un bon exemple. Leur plastique multicouche est théoriquement recyclable, sauf que la recette de plastique varie en fonction de chaque entreprise, ce qui vient contaminer le plastique des autres. Résultat : 90 % des sacs de croustilles envoyés au recyclage finissent par être enfouis. Geneviève Dionne croit que l’État devrait établir des normes et un système de déclaration obligatoire des composants de l’emballage. « Les boîtes de carton avec une fenêtre en PVC, ça devrait être sorti du marché. Et il faudrait une norme pour les sacs multicouches », dit-elle. De plus, ces normes devraient s’appliquer à toutes les entreprises, y compris les importatrices.

Jean-Sébastien Daigle, de Société VIA, constate l’émergence de nouveaux types de plastique non recyclable. « On voit arriver des contenants de détergent en plastique no 1 qui seraient en principe recyclables, sauf qu’ils contiennent des additifs qui les rendent non recyclables. » Encore une fois, on doit se rabattre sur l’enfouissement !

Le ministre Benoit Charette réagit en disant qu’il va commencer par imposer des normes concernant le pourcentage de matières recyclées que devront contenir les emballages. « Ça amènera les entreprises à utiliser des produits plus homogènes, ce qui va simplifier la récupération et fluidifier le recyclage. »

Jean-François Parenteau, responsable de l’environnement à la Ville de Montréal, estime de son côté qu’il faut moderniser la formule du pollueur-payeur. « Il faut responsabiliser les entreprises qui produisent des emballages pour des considérations de marketing sans égard à l’environnement. »

Unir les forces de l’industrie

Les 23 centres de tri du Québec ne sont même pas regroupés en association. Tout le monde travaille chacun dans son coin. Dans le débat sur la consigne — faut-il ou pas l’imposer sur les bouteilles de vin, question dont on discute depuis quelques années et qui a fait l’objet d’une commission parlementaire l’été dernier —, ils ont été incapables d’établir une position commune. La coordination avec les récupérateurs privés, qui accaparent la partie la plus rentable (les cartons et les métaux dans les commerces et les industries, moins mélangés et donc plus faciles à trier), est inexistante. « En mai 2018, lorsque Isabelle Melançon [alors ministre de l’Environnement] a convoqué les intervenants pour discuter des impacts de la crise chinoise, j’ai eu un choc : personne ne se connaissait », raconte Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun.

Cette désorganisation nuit aux grands organismes. Recyc-Québec n’a pas les pouvoirs pour obtenir des centres de tri les données dont elle aurait besoin pour gérer le système. Éco Entreprises Québec, pour sa part, n’a aucune prise : les centres de tri sont créés à la suite d’appels d’offres municipaux et cet organisme, qui rembourse pourtant aux municipalités les coûts de la collecte et du tri, n’a aucun mot à dire dans le processus d’appel d’offres ! « On aimerait travailler avec les municipalités pour établir les critères de qualité, les objectifs de rendement, de traçabilité, dit Mathieu Guillemette, d’ÉEQ. Actuellement, il est très rare qu’une municipalité introduise ces critères dans les appels d’offres. »

Et du côté de l’État, on ne peut pas dire que les actions suivent les paroles. « Les hôpitaux, les écoles ne sont même pas tenus de recycler ! se désole Carl Péloquin, président du conseil de Tricentris. Ce n’est pas un très bel exemple pour la jeune génération. »

Rendre des comptes pour faire mieux

« Le gouvernement essaie d’avoir une politique pour laquelle il n’a que des chiffres partiels et souvent dépassés », dit Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

C’est en quémandant que Recyc-Québec parvient à dresser un portrait complet de la situation du recyclage… tous les trois ans ! Son plus récent rapport, publié le 13 novembre 2019, porte sur 2015-2018 ! « On vient d’obtenir les données des deux derniers centres de tri », dit Sophie Langlois-Blouin, de l’agence gouvernementale.

Jean-François Parenteau, du comité exécutif de Montréal, nuance : « Les données qu’elle a, Recyc-Québec n’aime pas les divulguer, sous prétexte que ça vient de sources privées. On ne sait rien. »

Ce manque de données fiables et à jour rend impossibles les comparaisons pour savoir si les Québécois en ont pour leur argent et pour leur montrer ce qui arrive avec le contenu de leur bac. Ce qui mine la confiance du public. « Nous allons exiger la standardisation entre les centres de tri [des façons de faire et des comptes à rendre] », promet le ministre de l’Environnement.

Sans données en temps réel, ni Éco Entreprises Québec, ni Recyc-Québec, ni le gouvernement ne peuvent établir des tarifs réalistes tenant compte de la recyclabilité des matières produites au Québec et de celles qui sont importées. « Si on avait des données, on pourrait tarifer nos membres de manière à coller sur le coût réel de leurs emballages », dit Normand Gadoury, directeur du développement des marchés et des technologies de tri à ÉEQ.

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