Les puits abandonnés, une plaie pour le climat

Des millions de puits de pétrole et de gaz inexploités continuent d’émettre un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone : le méthane. Il y a urgence de mieux s’en occuper.

Jeff McIntosh / La Presse Canadienne

Combien de méthane s’échappe de puits gaziers et pétroliers abandonnés au Canada ? Difficile à dire avec précision, mais des chercheurs de l’Université McGill ont récemment mis à jour les estimations officielles à ce sujet. Leur étude, publiée dans Environmental Science & Technology, révèle qu’il y aurait 370 000 de ces puits au pays, qui produisent des émissions annuelles — 0,026 million de tonnes en moyenne — équivalant aux gaz à effet de serre rejetés en un an par 6 500 voitures. Ces puits figurent ainsi au 11e rang des sources d’émissions de méthane les plus importantes au Canada.

Or, ces émissions de méthane pourraient être largement sous-estimées, car il n’y a pas assez de données au sujet du nombre de puits et de leurs émissions réelles, selon Mary Kang, professeure au Département de génie civil de l’Université McGill et coauteure de l’étude. « Le Canada et les États-Unis ont reconnu que les émissions des puits abandonnés étaient incertaines », dit-elle. 

Héritage du passé

La plupart des puits qui datent du début de l’industrie pétrolière et gazière, du tournant des années 1860 à la fin des années 1940, ne sont pas répertoriés. À cette époque, il n’y avait pas non plus de norme réglementaire assurant le nettoyage et le colmatage adéquats des puits délaissés, qui représentent un danger s’ils sont mal scellés, puisque le méthane qui s’y accumule pose un risque d’explosion. À la surface, aucune trace visible n’indique le passé pétrolier ou gazier qui se cache sous terre. « En Ohio et en Pennsylvanie, plusieurs anciens puits ont explosé dans des zones résidentielles », raconte Mary Kang. 

En Alberta, pour éviter ce type d’incident, les structures sont permises seulement au-delà d’un rayon de plus de 5 m autour du puits. Au Québec, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) tient une carte de ses puits inactifs. Il y en aurait 775, selon un rapport publié en mars par le MERN, bien que seuls 534 aient été repérés (parmi eux, 45 présenteraient des émissions fugitives de méthane, selon le Ministère, qui affirme néanmoins ne pas avoir quantifié ces émissions pour l’instant). Les autres puits demeurent à ce jour non localisés. 

Réduire l’empreinte carbone

Pour faire diminuer à la source les émissions de méthane, il faut sceller correctement ces anciens puits. Aujourd’hui, une entreprise qui délaisse un site doit s’en assurer et ne peut se défiler devant ses responsabilités, même en cas de faillite.

« En 2019, en Alberta, il y a eu le cas de Redwater Energy, qui a fait faillite et a voulu vendre ses actifs puis d’abord payer ses créanciers, plutôt que de nettoyer. Cette affaire est allée jusqu’à la Cour suprême du Canada, qui a annulé cette décision. L’entreprise doit assumer les frais de nettoyage avant de payer ses créanciers », raconte la professeure de McGill.

Bien que ces puits abandonnés soient à la charge des provinces, le gouvernement canadien a versé 1,7 milliard de dollars en avril 2020 afin d’encourager le nettoyage de ceux situés en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. « L’argent a été donné directement aux provinces, mais celles-ci ne l’ont pas nécessairement affecté aux puits abandonnés. Cela a contribué à financer en partie les entreprises qui étaient en détresse et à créer des emplois », explique Mary Kang. Cette somme aidera à colmater les puits, même si c’est loin d’être suffisant, d’après la professeure de McGill. « L’un des résultats de cette opération devrait être la réduction des émissions de méthane », espère-t-elle.

En avril dernier, pendant le Sommet sur le climat, les gouvernements canadien et américain ont annoncé vouloir diminuer notablement leurs émissions de gaz à effet de serre. Le Canada vise une cible de réduction de 40 % à 45 % d’ici 2030. Or, les émissions de méthane provenant des anciens puits ne sont pas comptabilisées dans son inventaire des gaz à effet de serre, déplore Mary Kang. « Cet inventaire est utilisé pour prendre des décisions afin de mieux cibler et comprendre la réduction des émissions », précise-t-elle. Pour son étude, la chercheuse de McGill n’a pas pu obtenir les émissions des anciens puits au Québec. Elle compte cependant y remédier en y effectuant ses prochains échantillonnages. 

Mis à part la réduction des gaz à effet de serre, Mary Kang tient à souligner les autres bénéfices environnementaux. « Si vous bouchez un puits, vous améliorez aussi la qualité de l’air et des eaux souterraines aux alentours. »

Dans un autre article publié récemment, la professeure constate que le nombre de puits inactifs continuera de croître, car la société se détourne de plus en plus des combustibles fossiles. « Il devient essentiel de déterminer rapidement l’impact de ces puits sur le climat, l’air, l’eau et tous les autres aspects environnementaux », conclut-elle.

Laisser un commentaire

Merci de nous rappeler à qui nos élus ont affaire quand ils font confiance à ces menteurs professionnels.

Comment peut-on continuer à croire à l’industrie du fossile en 2021 avec leurs soi-disantes meilleurs pratiques pour l’environnement? Et de subventionner une industrie en déclin qui met l’humanité en péril de plus en plus à chaque baril qui sort de cette stupide géo-ingénierie d’extraction?

C’est une industrie experte en irresponsabilité qui ne respecte pas ses engagements sauf aux initiés et qui ne paie pas les taxes de vidanges ni les coûts sur la santé.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est bourré de vitamine D.

Répondre