Manifeste contre le défaitisme climatique

Les statistiques déprimantes et le discours de certains politiciens peuvent laisser croire qu’il n’y a plus rien à faire pour régler la crise climatique. C’est faux : il est encore temps de se battre, dit notre collaboratrice Caroline Brouillette.

Des étudiants prennent part à une manifestation pour le climat à Montréal, le 24 septembre 2021. (Photo : Ryan Remiorz)

L’auteure est directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada.

Il y a quelques semaines, Patrick Lagacé, un journaliste que j’admire, a écrit dans La Presse une chronique au sujet du grand écart rhétorique d’Yves-François Blanchet pour justifier son appui au projet d’expansion autoroutière du troisième lien. Tout allait bien, jusqu’à ce que Lagacé explique la décision du chef du Bloc Québécois par le fait que ce dernier « sait que l’électorat n’en a rien à foutre, du climat ».

Lagacé se disait « climato-résigné » et affirmait croire que « nous sommes cuits ».

Et il n’est pas le seul : un sondage Environics mené auprès de 1 000 Canadiens à la fin août révèle que près des deux tiers des répondants sont pessimistes quant à notre capacité à ralentir les changements climatiques, et que 14 % pensent qu’il est déjà trop tard pour agir.

Ces données m’attristent et m’inquiètent, mais je ne suis pas surprise de les voir, compte tenu du nihilisme climatique qui abonde dans le discours public.

C’est pourquoi il faut le dire haut et fort : le défaitisme ne sert à rien. Et ses conséquences, même non intentionnelles, sont dangereuses.

Le chantier est immense…

Le 17 septembre, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a publié son rapport de synthèse sur les plans climatiques des pays et leur contribution à l’atteinte de l’objectif de Paris, qui vise à limiter à 1,5 °C l’augmentation mondiale moyenne du réchauffement. Seulement 113 pays sur les 197 signataires de l’Accord de Paris ont soumis des plans jusqu’à présent ; et ceux-ci nous mènent vers un réchauffement dévastateur de 2,7 °C d’ici la fin du siècle.

Gardant en tête que les événements climatiques de l’été que nous venons de vivre — feux, sécheresses et inondations à la pelle — sont le produit d’un climat à 1,2 °C de réchauffement, je comprends totalement les sentiments de désarroi et d’anxiété. Pour rester à long terme sous le seuil critique de 1,5 °C, au-delà duquel nous nous exposons à des impacts catastrophiques, nous devons réduire de 45 % sous les niveaux de 2010 les émissions mondiales moyennes de gaz à effet de serre d’ici 2030. 

Pour y arriver, il faut diminuer la production et la consommation d’énergies fossiles partout dans le monde. Une véritable transformation de tous les secteurs de l’économie sera nécessaire pour les décarboner. Et rien de cela ne sera possible à l’échelle mondiale sans une réelle solidarité internationale se concrétisant par une augmentation massive de l’aide internationale destinée à soutenir les pays du Sud dans la réduction de leurs émissions. Et pour vivre avec certains des impacts qui font maintenant partie de la réalité, il faudra modifier nos infrastructures, notre système de santé et nos habitudes alimentaires, et adapter la façon dont nos villes et nos territoires sont aménagés.

La tâche n’est pas mince.

Je partage donc avec Patrick Lagacé le constat que la situation actuelle est loin d’être réjouissante. Nos chances d’éviter les pires effets de l’emballement climatique s’amenuisent à une vitesse galopante, et les transformations que doivent amorcer nos sociétés pour répondre à l’enjeu seront complexes et difficiles. Nous disposons aussi d’un très court laps de temps pour ce faire.

C’est un défi existentiel et immédiat, et nos choix collectifs actuels ne vont pas dans la bonne direction. C’est la réalité.

… mais il est réalisable

Il n’y a toutefois rien d’inévitable à cette situation. Dans l’espace entre le « très difficile » et l’« impossible » réside la possibilité de sauver des millions de vies, de protéger des territoires culturellement significatifs pour des centaines de communautés autochtones, d’éviter la destruction de milliers d’espèces et d’écosystèmes. De prévenir le déplacement forcé de millions de personnes et de promettre un avenir un peu moins hostile aux jeunes et aux enfants.

Ignorer l’existence de cet espace équivaudrait tout simplement à condamner les populations les plus vulnérables — les populations des pays du Sud, les femmes, les agriculteurs de subsistance, les peuples autochtones et les personnes racisées, tout comme les jeunes et les aînés — à vivre avec les conséquences de l’effet d’amplification des menaces que constitue la crise climatique.

Baisser les bras serait tout simplement injuste.

Et comme le faisait remarquer mon collègue et ami Eddy Pérez, directeur de la diplomatie au Réseau action climat Canada, l’inaction est aussi un choix politique qui bénéficie aux suspects habituels : « [L]es messages de désespoir, mal informés, représentent un terrain fertile pour ceux qui veulent en faire moins, pour ceux qui veulent continuer l’expansion du pétrole, du gaz et du charbon […] — c’est exactement ce qu’ils recherchent. Le désespoir permet […] de présenter des engagements climatiques inadéquats et de convaincre une partie de l’électorat que c’est correct. »

Nous n’avons pas de temps pour le défaitisme

Comme l’écrit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son dernier rapport sur les impacts physiques des changements climatiques, « un réchauffement global de 1,5 °C et 2 °C sera dépassé au cours du XXIe siècle, à moins que de fortes réductions de CO2 et d’autres émissions de gaz à effet de serre ne se produisent dans les décennies à venir » (c’est nous qui soulignons).

Nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre, car les systèmes économiques et énergétiques qui régissent les activités de notre civilisation entrent en collision avec les limites planétaires. Nos systèmes sont des constructions qui résultent de décisions et de choix humains. Les limites planétaires, elles, sont immuables ; elles sont régies par les lois de la physique.

Nous pouvons changer les premiers. Pas les secondes.

Alors qu’est-ce qui nous retient ?

Les raisons sont nombreuses et interreliées, et pour cet article, je n’en explorerai qu’une, néanmoins importante. Les histoires que l’on raconte contribuent à façonner le monde qui nous entoure. En sciences sociales, on nomme ce concept la performativité : notre manière de parler des choses influence les comportements, et à plus grande échelle, nos choix collectifs. Les conséquences d’un discours défaitiste ne sont ainsi pas qu’abstraites ou théoriques.

C’est pourquoi j’affirmais dans une précédente chronique que sous l’incapacité des gouvernements à répondre de façon proportionnelle aux crises — climatique, des inégalités économiques, du racisme systémique — auxquelles nous faisons présentement face se cache une autre crise, celle-ci plus insidieuse : la crise de l’imagination.

Et vous me voyez venir… Les chroniqueurs comme Patrick Lagacé ont le pouvoir de capter l’attention du public. Ils peuvent raconter des histoires qui maintiendront le statu quo et donneront un passe-droit à ceux qui sont responsables de la crise et qui veulent continuer à en tirer profit sans aucun souci pour la planète. Ou alors ils peuvent écrire des histoires qui toucheront des centaines de milliers de gens, qui demanderont mieux de nos politiciens… et qui stimuleront l’imagination collective.

Nous ne serons donc cuits que lorsque nous cesserons de nous battre pour chaque dixième de degré et de rêver à un monde meilleur — un monde plus juste, plus en santé, plus heureux, et qui tienne compte des limites physiques dans lesquelles il s’inscrit. Certains peut-être appelleront ça de la naïveté. Mais il y a aussi un autre mot pour qualifier la ténacité face à l’incertitude et à l’adversité : le courage.

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Excellent texte totalement d’accord, il est tant de cesser de larmoyer, que ceux et celles, qui peuvent faire la différence sur la mobilisation citoyenne se lèvent et utilisent leurs charismes pour la cause de façon positive, respectueuse et pacifique.

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Tout ça est bien beau, mais tant que la Chine (plus gros consommateur de charbon au monde et d’émission de CO2) continuera à construire une centrale au charbon par semaine, nos actions, ici, maintenant, ne serviront pas à grand chose. Mais, on peut se souhaiter bonne chance!

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Madame Dompierre
La Chine ne fait même pas partie des 20 plus grands pollueurs par habitant au monde.

https://www.nationalobserver.com/2021/10/07/news/any-way-you-slice-it-canada-one-worst-emitters-planet?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=oct7

Au train ou la Chine change elle sera une des premières à atteindre ses objectifs de transition.
Elle est déjà en avance sur beaucoup de pays dans la transition vers l’électrification ds transports et des Energies Renouvelables.

Il me semble que ces donnés devraient suffire a faire taire tous les bla bla teurs de QS. qui veulent me rendre moi Québécois responsable du désastre

En mégatonne annuellement
CHINE…13 200
U S A ….6 570
INDE…..2 200
RUSSIE…2020

Q U É B E C…………78

Fessez sur les bons clous et fichez-moi la paix !!
J E N E S UI S P A S COU P A B L E

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Je suppose que vous devez posséder dans votre environnement nombre de produits fabriqués en Chine ou des produits fabriqués ailleurs dans lesquels entrent bon nombre de composantes chinoises. Vous n’êtes pas coupable, mais… pour satisfaire aux exigences de nos « styles de vies », comme bon nombre d’habitants de la Terre, vous externalisez vos émissions de GES qui seraient plus grandes « chez nous » si tout ce qui correspond à nos besoins était produit chez nous.

Quoiqu’il en soit, vous minimisez la production de GES chez nous, mais… puisque vous aimez les chiffres, regardez un peu ce que nos émissions représentent en proportion du nombre d’habitants. Je vous laisse le soin de faire les calculs, vous vous apercevrez qu’en moyenne chaque Québécois génère plus de GES per capita que ses homologues Chinois, bien plus que les habitants de l’Inde, plus que les Russes, certes moins que les Américains et certes moins que la moyenne canadienne (mais nous chauffons nos char avec ce bon pétrole propre de l’Alberta).

Quoiqu’il en soit, tout cela nous place malgré tout dans le peloton de tête des pollueurs mondiaux.

— Pour comparaison, la Suisse qui comporte à peu près le même nombre d’habitants que le Québec, génère moins de 4,39 tonnes de CO2 par habitants (année de référence 2017) soit plus que moitié moins que pour les Québécois. Pourtant les Suisses ont un niveau de vie plutôt enviable ; une gestion plus écologique de l’environnement ne semble pas nuire à la qualité de vie des gens.

Ainsi faire mieux est non seulement réaliste. C’est réalisable avec un petit effort. N’êtes-vous pas d’accord avec cela ?

Monsieur Levesque
Le Canada est soit le plus grand pollueur au monde par population ou le second plus grand pollueur per capita.

Pour éviter de vous faire marteler et qu’on vous fiche la paix, il faudrait que vous compreniez que vos données ne sont que des demi-vérités et quand on lit l’autre demi, vos données ne font qu’embrouiller la compréhension du désastre et partent en fumée

Ce que vous oubliez ce sont les mégatonnes par habitant comme le dit bien Monsieur Drouginsky.

Regardez ce tableau suivant:

https://www.nationalobserver.com/2021/10/07/news/any-way-you-slice-it-canada-one-worst-emitters-planet?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=oct7

si je comprends bien, être réaliste c’est être défaitiste? vous-même qui parlez d’imagination, vous ne proposer rien, vous parler contre les (défaitistes) vous les accuser même de favoriser le statuquo. mais que fait votre article pour stimuler notre imaginaire pro-actif? pas grand-chose; vous dites, il faut rêver; d’accord mais il faut proposer et ne pas attendre des gouvernement un plan précis. Il faut le leurs martelé très précisément, et votre article, au lieu de cela, nomme des journalistes; s’en prend poliment à eux en évoquant une crise de l’imagination créative. Ok, alors, si, commme je le crois, cette espace de possible existe; ne l’évoquez pas de manière vague; proposer, annoncer plus que dénoncer; imaginez et captez l’attention des lecteurs sans invectiver les autres pour leur … réalisme.

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Il faut aussi obliger les gouvernements à mettre un loi pour que tous les produits ménagers soient bio dégradante. Diminuons notre consommation de viande, surtout le boeuf et l’agneau. Il serait bien que chaque citoyen aille vers des achats en vrac, cela obligerait les grosses compagnies à revoir leurs emballages. De plus plantons des arbres (ne serait-ce qu’un arbre par année), des arbustes, des plantes et agrémentons nos galerie de plantes l’été et garnissons nos maison de plantes, c’est quelque chose de concrets que tous peuvent faire !

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