Météo extrême : pourquoi le ciel tombe-t-il sur la tête des Britanno-Colombiens ?

Chaleur extrême, incendies de forêt ravageurs et inondations catastrophiques : la Colombie-Britannique en a vu de toutes les couleurs cette année en matière de catastrophes naturelles. Mais pourquoi la nature semble-t-elle s’acharner sur cette province?

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L’année 2021 restera longtemps dans la mémoire des Britanno-Colombiens, et pour de très mauvaises raisons. Après avoir enduré des températures frôlant les 50 °C, ils ont vu des feux exceptionnels brûler près d’un million d’hectares de leurs forêts l’été dernier. Puis, à l’automne, des précipitations records se sont abattues sur le sud de la province, entraînant des inondations d’une grande ampleur.

La communauté scientifique s’entend pour dire que cette succession de catastrophes a été provoquée, ou à tout le moins accentuée, par le réchauffement climatique. La Colombie-Britannique est-elle à l’avant-garde des bouleversements climatiques qui nous attendent ?

L’actualité en a discuté avec Philippe Gachon, chercheur en hydroclimatologie et professeur au Département de géographie de l’UQAM.

Pourquoi la Colombie-Britannique est-elle frappée par autant de phénomènes extrêmes en si peu de temps ?

Si le climat se réchauffe, ça veut dire que les événements météorologiques changent aussi. Un climat plus chaud augmente les probabilités d’avoir des excès ou des pénuries d’eau.

La Colombie-Britannique a toujours été affectée par toutes sortes de phénomènes météo, mais cette année, les événements s’enchaînent et s’alimentent les uns les autres. Par exemple, la chaleur extrême favorise les incendies de forêt et assèche le sol. Un sol particulièrement sec devient quasiment imperméable et n’absorbe plus l’eau, sans parler de la végétation qui n’est plus là pour retenir les pluies. Lorsque de grandes quantités de précipitations surviennent, comme on l’a vu cet automne, cela occasionne des inondations catastrophiques et des glissements de terrain.

Est-ce que la géographie particulière de la Colombie-Britannique (hautes montagnes, proximité de l’océan Pacifique) favorise les phénomènes extrêmes ?

Plusieurs facteurs entraînent un risque d’événement extrême. D’abord l’événement météo en soi, contre lequel on ne peut pas faire grand-chose. Ensuite, il faut prendre en compte les conditions de vulnérabilité dues à la géographie. En Colombie-Britannique, les Rocheuses favorisent les phénomènes de précipitations intenses dont l’impact est exacerbé par l’effet du relief.

L’exposition humaine y contribue aussi. Si on construit dans des plaines inondables ou sur les pentes, on crée des risques. C’est ce qu’on a vu dans la région d’Abbotsford, où on a asséché un lac pour pratiquer l’agriculture. Même chose lorsqu’on bâtit des digues ou qu’on assèche des marais. Quand la pluie arrive, les ruissellements sont extrêmement rapides et le sol n’a aucune capacité d’absorber l’eau. Ajoutez à cela la coupe d’arbres qui retenaient le sol et l’eau dans des régions montagneuses. Les forêts qui disparaissent, c’est de l’eau qui n’est pas ralentie lorsqu’elle tombe au sol, elle se rend donc plus vite à la rivière et la fait gonfler.

Le reste du pays, en particulier le Québec, est-il aussi vulnérable à ce genre de phénomènes ?

Les deux endroits au pays qui reçoivent le plus de précipitations sont la côte Ouest et la côte Est. Donc, oui, le Québec est à risque.

Nos systèmes de précipitations automnales, hivernales et printanières sont parmi les plus intenses de tout l’hémisphère Nord. Et avec le réchauffement climatique, on constate que ces systèmes ont tendance à stagner. On a beaucoup parlé des rivières atmosphériques de la Colombie-Britannique, mais il s’est passé des choses semblables récemment à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et au Labrador.

De plus, le Québec se trouve à la convergence de trois trajectoires météorologiques : on reçoit des systèmes en provenance de l’Ouest, du centre des États-Unis et de la côte est américaine. On a beaucoup plus de précipitations que le centre du pays, sous toutes les formes : des orages violents, de la grêle, des précipitations verglaçantes et des tempêtes de neige ! Autre élément qu’il n’y a pas dans l’Ouest canadien : les cyclones tropicaux qui se forment dans l’Atlantique et remontent dans nos régions après avoir puisé leur humidité dans le golfe du Mexique, ou au large de la Floride.

Côté relief, heureusement, on n’est pas dans les Rocheuses. Mais on a quand même les Appalaches, les Chic-Chocs, la région de Charlevoix, etc. Ce sont tous des secteurs vulnérables, comme on l’a vu lors des inondations de Noël 2020.

Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour prévenir des catastrophes d’une telle ampleur ?

Même si on ne peut pas empêcher une tempête de frapper, il y a des solutions. La première est d’avoir une meilleure notion des risques à venir. On a une connaissance globale de la situation, grâce au GIEC notamment, mais la connaissance des risques à des échelles territoriales laisse à désirer. La preuve, c’est qu’on n’a pas été capable d’anticiper l’ensemble des facteurs de risque à des échelles locales comme la vallée du Fraser cette année, ou la vallée du Richelieu en 2017.

Deuxièmement, il faut régler les problèmes de gouvernance et le manque de collaboration et de concertation entre les provinces, le fédéral et les territoires locaux avant, pendant et après les catastrophes.

Troisièmement, on doit réduire notre exposition et notre vulnérabilité. Il faut arrêter de construire n’importe où, n’importe comment !

Et quatrièmement, on doit faire mieux et reconstruire mieux. Il faut tirer des leçons de ce qui s’est produit pour devenir résilient, et non simplement s’adapter après coup. On doit préparer l’ensemble de la communauté et des aménagements pour être capable de faire face aux risques qui vont augmenter. Cela peut nécessiter, par exemple, de mettre fin aux constructions en zone inondable ou en terrain montagneux et d’arrêter toute coupe de bois sur les terrains en pente.

Tout cela nous mène à une gestion proactive des risques : anticiper, préparer, prévenir. On dépense des milliards de dollars en interventions lorsqu’on traverse des crises, mais on investit très peu en prévention. Pourtant, l’ONU nous le dit : si on investit 1 dollar en prévention, ça nous fait épargner 10 dollars en reconstruction. On réduirait les conséquences économiques et on sauverait des vies. On a une épée de Damoclès au-dessus de nous, n’attendons pas que le ciel nous tombe sur la tête.

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L’homme n’apprend pas de ses erreurs depuis la nuit des temps les hommes rasent les forêts ce qui réduits les pluies , les sols s’érodent avec toutes les conséquences qu’on connaît , on se prend pour Dieu mais la nature reprend tout le temps ses droits pourtant on l’a vu tellement de fois mais on ferme les yeux.

La CB est en train de détruire ses forêts à une vitesse inégalée dans le passé, surtout ses forêts anciennes et cela a un impact dévastateur sur le climat. Il n’y a pas que les Rocheuses, il y a aussi la Chaîne côtière qui longe le Pacifique et sur l’île de Vancouver la destruction des forêts entraîne des inondations en raison de l’érosion puisque ces forêts sont en montagne (les vallées ont déjà été détruites). Cette cupidité humaine va nous perdre.