On est allé à la rencontre d’une famille zéro déchet

Alors que Montréal présente son plan pour atteindre la cible zéro déchet d’ici 2030, nous sommes allés à la rencontre d’une famille qui vit le zéro déchet au quotidien.

De gauche à droite : Stella, Fabrizio, Élodie, Loris (DR)

Tête basculée en arrière, bouche ouverte, Loris, 7 mois, s’endort dans les bras de sa mère, Élodie Briant. La présidente de l’Association québécoise Zéro Déchet nous reçoit dans son salon aux couleurs bariolées, en pleine discussion avec une amie sur le trafic de couches réutilisables. « Certaines couches sont des confections uniques, elles deviennent si rares que les gens les vendent 150-200 dollars pièce ! » s’exclame-t-elle avant de raconter l’histoire d’une dame qui aurait volé une couche réutilisable de luxe à une petite fille dans un parc. C’est peut-être une légende urbaine, précise-t-elle en riant.

Ne prenez pas le terme « zéro déchet » au mot. Il est impossible de ne produire aucun déchet avec nos modes de vie actuels et le défi peut sembler encore plus grand pour une famille. Le zéro déchet, c’est plutôt un mode de vie qui s’appuie sur cinq principes: refuser, réduire, réutiliser, recycler et composter, inspirés du livre Zéro Déchet de Béa Johnson paru en 2013. Le but n’est pas d’arrêter complètement de produire des déchets, mais plutôt d’avoir une démarche écoresponsable.

En 2017, Élodie Briant rencontre d’autres Montréalaises intéressées par ce mode de vie, et cocréé le premier Festival Zéro déchet du Québec en octobre 2017, qui rencontre un succès inattendu. Par la suite, elles lancent L’Association québécoise Zéro Déchet, qui propose des ateliers dans les écoles, organise des visites à domicile pour donner des conseils sur mesure, et accompagne des entreprises qui veulent faire la transition zéro déchet.

« Quel monde de merde je vais lui laisser ! »

Élodie Briant

Pour Élodie Briant, tout commence il y a 5 ans. Alors qu’elle est enceinte de Stella, son premier enfant, elle décide avec son partenaire Fabrizio de tenter la vie zéro déchet. « Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça, quel monde de merde je vais lui laisser ! »

À l’époque où Stella entre en garderie, elle est encore une des seules à porter des couches lavables. Aujourd’hui, sur les 10 poupons, ils sont plus de la moitié à en utiliser. Selon les calculs d’Élodie Briant, en achetant des produits de confection québécoise, le kit de départ des couches zéro déchet coûte entre 800 et 1000 dollars, avec les insertions, le détergent spécial pour les laver, et les feuillets en fibre de maïs pour ramasser les selles. « Mais ça, c’est pour deux à trois enfants, explique Élodie Briant, les couches jetables, c’est 2000 dollars par enfant ! La différence, c’est qu’il faut sortir l’argent en une fois. » Elle précise que plusieurs arrondissements de la ville de Montréal proposent des subventions aux couches lavables.

Une question d’organisation

Mais le zéro déchet ne s’arrête pas aux couches des enfants. Toute la vie quotidienne de la famille est organisée selon ce mode de vie. « 1 % de nos aliments sont transformés, le reste, ce ne sont que des choses fraîches, donc on cuisine beaucoup », explique Élodie Briant. Et cuisiner beaucoup, ça prend du temps : en moyenne, la famille passe derrière les fourneaux 1 heure par jour, et au moins 2 demi-journées en fin de semaine.

Cuisiner zéro déchet, c’est surtout une question d’organisation. Une longue liste d’épicerie est affichée sur le réfrigérateur familial, ainsi qu’un calendrier avec les menus pour chaque repas de la semaine. « J’ai même un fichier Excel dans lequel on met plein de menus pour les moments où on manque d’inspiration, ou quand on a l’impression de tout le temps manger la même chose, » explique Élodie Briant.

Sur les étagères de la cuisine, une vingtaine de bocaux de vrac pour la farine, le sucre, les fruits secs ou le thé. Ils ont essayé de trouver des pâtes en vrac, mais aucune n’a passé le test de goût pour Fabrizio, qui est italien, et qui ne plaisante pas avec ces choses-là. La famille achète désormais des pâtes fraîches.

Quand on visite la maison d’une famille, zéro déchet, on a envie de jeter un oeil dans les poubelles. Premier constat : elles sont de petite taille. Dans le bac de recyclage, on trouve quelques cartons de lait de soja et quelques emballages Tetra Pak. Dans la poubelle, une petite dizaine d’emballages de produits sous vide. « Notre plus grosse source de déchet aujourd’hui, c’est les emballages de beurre, le fromage et la charcuterie sous vide, » explique Élodie Briant.

« Ça prend des échecs, il ne faut pas tomber dans la torture mentale »

On passe à la salle de bain, où la plupart des cosmétiques sont faits maison. Élodie Briant fait sa propre crème solaire, sa crème pour les mains et sa crème pour le corps. D’ailleurs dans la salle de bain, la petite poubelle est vide. « Normalement, il y a juste des cheveux dans cette poubelle, » dit Élodie Briant en riant. Cela faisait 10 ans qu’elle pensait à faire ses cosmétiques elle-même, mais comme elle le répète au cours de notre rencontre, avec le zéro déchet, il faut évoluer à son rythme, et ne pas s’imposer la pression de la perfection.

« Ça prend des échecs, il ne faut pas tomber dans la torture mentale, dit Élodie Briant. C’est déjà une torture mentale pour moi parfois. » Elle donne l’exemple de la paire de baskets qu’elle doit acheter depuis huit mois. Huit mois de recherches sur internet et dans les boutiques pour trouver des confections québécoises, qui lui plaisent, durables… « Et ça, c’est seulement pour une paire de baskets, mais on est 4 dans la famille! » dit-elle en riant.

Élodie Briant conseille aux personnes intéressées par le zéro déchet de commencer par les étapes les plus faciles, comme remplacer ce qui est jetable par du lavable : les mouchoirs, l’aluminium et le coton démaquillant par exemple.

« La carotte et le bâton, ça ne fonctionne pas, explique Élodie Briant. On n’est pas là pour culpabiliser les gens, le zéro déchet n’est pas une performance, c’est un geste à la fois. Quand des parents me disent que les couches lavables leur demandent trop de temps, c’est bien correct. Chacun a ses limites. Il n’y a pas une façon de faire du zéro déchet, il y en a mille. »

La troisième édition du festival Zéro déchet se déroulera du 8 au 10 novembre 2019, au marché Bonsecours à Montréal.

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2 commentaires
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Donc, tout s’est gâché entre 1980 et 2000. Mon épouse de l’époque et moi avons eu nos 3 premiers enfants avant 1980, et le dernier en 1982, et ils ont tous été élevés aux couches en coton lavables sauf en cas de nécessité (vacances et voyages ou maladie). C’est donc dire que ce sont les enfants de 1980 et plus tard qui ont été gâtés, et on vient nous faire sentir, nous les vieux boomers, que nous avons tout eu. C’est plutôt le contraire, nous avons tout donné aux jeunes … de 1980 et après. Alors, qu’on arrête de nous taper dessus.
Mais, aujourd’hui, avec votre morale du ¨plus blanc que blanc¨, reviendriez-vous au lavage des mouchoirs et des crachoirs dans votre maison. Si jamais vous dites ¨oui¨, n’allez surtout pas croire que vous êtes en train de réinventer la roue. Faudrait quand même pas oser essayer de penser au papier de toilette réutilisable hein ?
Bonne semaine.

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