Payer l’électricité autrement

Le principe d’équité et la transition énergétique devraient inciter Hydro-Québec à revoir son mode de facturation. Il en va de sa santé financière à long terme, explique notre collaborateur Pierre-Olivier Pineau.

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L’auteur est professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie. Il est notamment expert dans le domaine des politiques énergétiques et des marchés de l’électricité.

À une époque, tous nos appels interurbains étaient facturés à la minute. À présent, les forfaits mensuels avec appels illimités sont très courants. Avant, pour regarder un seul film, vous deviez payer un prix fixe. Aujourd’hui, vous pouvez payer un forfait mensuel et écouter tous les films que vous voulez. Avec l’évolution des technologies et des marchés, les façons de payer se transforment.

Pensez maintenant à l’électricité : est-ce que la manière de la facturer a évolué depuis 75 ans ? La réponse courte, et complète, est non. Hydro-Québec compte le nombre de kilowattheures (kWh) que vous avez consommés et vous les fait payer. Le prix a évidemment augmenté, et c’est ce qui fait généralement couler beaucoup d’encre. Mais nous n’allons pas en discuter ici. Nous traiterons plutôt de l’approche utilisée pour nous faire payer ce service essentiel. Est-ce qu’on devrait toujours payer l’électricité selon les kilowattheures consommés ? Avec l’évolution des technologies et le nouveau contexte de la transition énergétique, ne serait-il pas temps de faire évoluer les choses, comme elles ont évolué en télécommunication et pour les films ?

Anatomie d’une facture

La facture d’électricité est surtout composée d’un prix par kilowattheure : 6,16 ¢ pour les 40 premiers kilowattheures consommés quotidiennement, et ensuite, si vous dépassez ces 40 kWh, vous payez 9,50 ¢/kWh. Si vous habitez dans un cinq et demie avec chauffage électrique, votre consommation est d’environ 32 kWh par jour (moyenne annuelle), soit 60,63 $ par mois. Si vous habitez dans une maison individuelle de 1 200 pieds carrés, votre consommation est d’environ 56 kWh par jour (123,94 $). 

À ce coût variable pour l’énergie s’ajoute un coût fixe de 40,17 ¢ par jour, appelé « frais d’accès au réseau ». Pour un mois de 31 jours, cela revient à 12,45 $. Ce coût fixe est le même pour l’appartement et pour la maison individuelle… alors que les installations électriques nécessaires pour alimenter une maison seule sont beaucoup plus importantes que celles permettant de livrer l’électricité à un appartement. Dans un immeuble, tous les logements sont facturés individuellement, bien qu’ils partagent une seule et même connexion. 

Cela est très égalitaire, mais pas forcément équitable : la personne âgée à faible revenu dans son trois et demie va payer le même coût fixe mensuel de 12,45 $ qu’un ménage habitant une monster house avec piscine chauffée et spa, et ses deux ou trois places de garage intérieur. Il va sans dire que les équipements du réseau électrique pour cet abonné sont plus imposants et dispendieux que pour notre personne âgée. Peu importe, avec l’approche actuelle : c’est le même traitement pour tous, sans égard aux infrastructures nécessaires pour le service des différents types de consommateurs.

Il est temps de changer cela. Non seulement pour des raisons assez évidentes d’équité, mais aussi parce que la transition énergétique nous demande d’apporter des changements. Ça tombe bien, la technologie nous le permet et nous sommes habitués à ces changements, grâce aux évolutions dans les autres secteurs.

Si la transition énergétique exige un changement dans la facturation, c’est d’abord parce que nous pouvons, et devons, réduire notre consommation d’énergie. Et ensuite parce que les coûts d’Hydro-Québec sont essentiellement des coûts fixes : des frais de réseau. 

Baisse de revenus en vue

Commençons par la réduction des achats d’énergie. Les consommateurs peuvent maintenant produire de l’énergie solaire décentralisée et vivre dans des maisons très efficaces. Si les bâtiments construits avant 1950 consomment plus de 250 kWh par mètre carré par an pour le chauffage (où va plus de 60 % de l’énergie), ceux construits après 2005 sont sous les 100 kWh. Avec les normes les plus performantes (celles des maisons passives), il est possible de parvenir à une consommation de seulement 15 kWh par mètre carré par an pour se chauffer ! Ce sont des réductions de plus de 90 % de la consommation d’énergie. 

Même pour les bâtiments déjà construits, des réductions importantes peuvent être obtenues en travaillant sur l’isolation. Si ces bâtiments sont en plus équipés de panneaux solaires, alors leurs occupants ne vont presque plus acheter de kilowattheures sur le réseau électrique. Les ventes d’Hydro-Québec vont chuter — et ses revenus aussi, si la manière de payer reste similaire. 

En soi, le fait qu’Hydro-Québec en vienne à vendre moins d’électricité aux Québécois n’est pas un problème. C’est même souhaitable, puisque l’on pourra ainsi électrifier d’autres usages, augmenter les exportations et fermer les centrales de production d’électricité au gaz naturel de nos voisins. 

Le problème, c’est plutôt que le réseau d’Hydro-Québec va rester nécessaire. Même les maisons efficaces avec panneaux solaires demeureront connectées pour que leurs propriétaires puissent acheter des kilowattheures quand le soleil ne brille pas ou revendre leurs surplus de production. Si Hydro-Québec n’a pas assez de revenus pour entretenir les fils électriques et moderniser ses équipements, personne ne sera gagnant. Il faut donc impérativement trouver une manière durable d’accroître l’efficacité énergétique et de réduire les ventes d’électricité, le tout sans compromettre l’équilibre financier. 

Comme les coûts de production, de transport et de distribution de l’électricité sont essentiellement fixes, il y aura forcément un déficit si les ventes de kilowattheures diminuent. Le coût des barrages, des lignes de transport, des transformateurs et des poteaux ne dépend pas des kilowattheures produits et consommés. Si la réduction de consommation est de 10 %, il n’est pas possible de réduire le réseau complet de 10 %. Un peu comme pour Netflix, pour qui les coûts ne changent pas, qu’on regarde 1 ou 30 films par mois, les coûts pour Hydro-Québec ne changent pas, que nous consommions 10 ou 300 kWh par mois.

Prêts pour la tarification du XXIe siècle ?

L’enjeu des coûts d’exploitation fixes pose problème parce qu’il ne faut pas que l’efficacité énergétique soit une menace à la santé financière d’Hydro-Québec. Or, il existe une solution simple. Il suffit d’établir la facture des clients davantage en proportion de la taille de leur branchement et de leur utilisation maximale du réseau, et moins en fonction de leur consommation. Les propriétaires de grandes maisons avec piscine chauffée vont payer plus cher leur branchement électrique, alors que la personne âgée en petit appartement déboursera beaucoup moins d’argent. 

Non seulement la tarification sera plus équitable, mais les revenus d’Hydro-Québec seront ainsi stabilisés. Un bénéfice connexe, mais très important, est que les consommateurs auront avantage à réduire la taille de leur branchement et de leur consommation de pointe, ce qui sera extrêmement bénéfique pour la gestion de la puissance, qui est un enjeu de plus en plus pressant pour Hydro-Québec

En somme, il faut passer à une tarification du XXIe siècle, comme tant d’autres secteurs l’ont fait. Pourquoi n’en parle-t-on pas en électricité ? Parce que nous sommes très frileux, au Québec, sur les questions de tarif électrique. Il faut cependant avoir le courage de changer si nous voulons améliorer notre sort avec la transition énergétique, plutôt que de la subir en tentant de lui faire épouser nos pratiques du passé.

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Votre calcul semble justifié pour corriger une faille du passé mais la transition qui se dessine pour le XXI siècle ne ressemblera pas à ce que l’HQ nous a habitué.

HQ est mieux d’être acteur dans la transition vers les centrales électriques virtuelles VPP (virtual power plant) sinon quelqu’un de l’extérieur prendra sa place et HQ devra se défendre pour ne pas se faire détruire par le train qui passe.
https://www.tesla.com/support/energy/powerwall/own/california-virtual-power-plant

Les communautés dépendront de moins en moins de centrales électriques éloignées, l’électricité sera produite par la communauté elle-même par le VPP, et c’est déjà commencé
http://www.alsetehomeintl.com

HQ doit cesser d’être impliquée dans des vieilles patentes de barbons du fossile et d’assumer son rôle de chef de file dans notre futur en énergie électrique propre et mobilité électrique.

Le VPP semble être en opposition au modèle d’affaire de l’HQ mais elle peut quand même devenir chef de file en étant fournisseur de VPP pcq elle a déjà une haute expertise. Il ne faudrait pas pulvériser cet avantages en étant trop dépendant d’un modèle passé et de se faire damer le pion.

Fini les fanals à l’huile, on est rendu au lampes DEL et aux plaques à induction.
A quand les PowerWall et Panneaux solaires signé Hydro Québec ou devrais-je l’acheter de Tesla? À quand les tracteurs de ferme électriques Bombardier pour purifier l’air de campagne qui pue le diésel à plein nez?

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est bourré de vitamine D.

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J’ai connu une tarification, en France, moindre en heure creuse et plus en heure de pointe. Tellement logique, il est grandement temps d’appliquer ce genre de facturation.

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Vous avez tord sur beaucoup de points. Exemple les appartements ont souvent le même ampèrage que les maisons, sinon que la puissance à livrer sera même bcp plus haute dans un multiplex….. et la facture d’Hydro-Québec reflète parfaitement la taille de votre branchement ainsi que la consommation. Exemple si votre entrée est triphasé vous aurai une montant minimum supérieur sur votre facture… bref un article qui manque de travaille.

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