Pourrons-nous atteindre les objectifs de l’accord de Paris ?

Le temps manque pour réaliser l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris en matière de réchauffement planétaire. Voici pourquoi.

Photo : Hidefumi Ohmichi / Unsplash

Même si de plus en plus de pays s’engageaient à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, le budget carbone restant associé à un réchauffement planétaire de 1,5 °C ou moins n’en serait pas moins englouti plus de 10 ans avant l’échéance prévue. Voilà qui nous rappelle brutalement à quel point le temps nous manque pour réaliser l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris en matière de réchauffement planétaire.

La quantité de dioxyde de carbone (CO2) que nous pouvons émettre tout en limitant le réchauffement de la planète à une cible déterminée représente le budget carbone restant. Aujourd’hui, cet outil des plus performants sert à définir les objectifs des politiques climatiques et permet de suivre la progression vers la carboneutralité — ou le zéro émission nette.

Le budget carbone s’apparente à un budget financier fixe, où le total des dépenses admissibles sur une période donnée est assujetti à un plafond, tandis que toute dépense excédentaire à court terme exige une diminution des frais ultérieurs. De même, le budget carbone restant correspond à une quantité totale déterminée d’émissions futures, quantité suffisamment restreinte pour limiter l’augmentation du réchauffement planétaire avant que celui-ci n’excède les objectifs climatiques.

Selon les évaluations des scientifiques, le budget carbone restant varie considérablement. En effet, bien des études recourent à des approches différentes ou confèrent des définitions diverses à la notion de budget carbone. Par exemple, elles divergent d’opinion sur l’incidence des gaz à effet de serre — hors CO2 — sur les changements climatiques ou présentent de façon fragmentaire certains processus, notamment les effets des aérosols, ayant des répercussions sur lesdits changements.

Des plus variées, les estimations peuvent servir aussi bien à passer par pertes et profits des objectifs climatiques ambitieux qu’à soutenir que la transition vers une économie sobre en carbone peut se dérouler progressivement, sur plusieurs décennies. Toutefois, ni l’une ni l’autre de ces positions opposées ne reflète particulièrement bien l’incertitude actuelle.

La nouvelle méthode que nous avons élaborée produit une meilleure estimation du budget carbone restant aux fins de la cible de 1,5 °C fixée par l’accord de Paris. Cette méthode tient également compte des principales sources d’incertitude.

Selon les meilleures estimations, le budget carbone restant associé à la cible de 1,5 °C s’élève, à partir de 2020, à 440 gigatonnes de CO2. Si l’activité humaine à l’échelle de la planète continue de produire du CO2 au rythme actuel, nous défoncerons le budget carbone restant dans à peine plus de 10 ans.

Bien sûr, une diminution du débit d’émissions permettrait d’étirer dans le temps le budget carbone restant. Pour éviter de le dépasser, il nous faudrait cesser complètement d’émettre du CO2. Avec un budget carbone de 440 gigatonnes à compter de 2020, les émissions de CO2 dans le monde entier devraient diminuer jusqu’à atteindre la carboneutralité vers 2040.

Toutefois, même en adoptant une telle approche, nous n’aurions qu’une chance sur deux de ne pas excéder l’objectif de 1,5 °C. Pour que la possibilité d’atteindre ce but passe à 67 %, les émissions totales de CO2 devront rester en deçà de 230 gigatonnes. À la hauteur des émissions actuelles, il faudrait environ cinq ans pour y parvenir ; la carboneutralité serait atteinte d’ici 2030.

Répartition du budget carbone restant en fonction d’une cible de 1,5 °C (tableau de gauche) illustrant l’estimation médiane de 440 gigatonnes de CO2 à partir de 2020, selon un intervalle de 33 % à 67 % — c’est-à-dire de 230 à 670 gigatonnes de CO2. Non seulement cet intervalle tient compte de l’ensemble des grandes incertitudes géophysiques, mais il prend en considération d’autres incertitudes liées aux décisions humaines et aux mesures d’atténuation. Soulignons que les décisions humaines donnant lieu à de futures émissions d’autres gaz à effet de serre et d’aérosols pourraient éventuellement modifier la répartition du budget carbone de 170 gigatonnes de CO2, et ce, dans un sens ou dans l’autre (tableau de droite). Source : Matthews, Tokarska et autres (2020), Communications Earth and Environment

De toute évidence, la décarbonation de la planète entière d’ici une ou deux décennies représente un défi de taille. Mais ce défi est-il impossible à relever ?

L’an dernier, les émissions de CO2 à l’échelle de la planète ont diminué de 7 % par rapport au bilan carbone de 2019. À ce rythme, une baisse ininterrompue des émissions mondiales nous permettrait d’atteindre la carboneutralité vers 2035 ; nous aurions alors de bien meilleures chances de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C.

Mais cela n’arrivera pas si le monde entier n’unit pas ses forces pour infléchir la courbe des futures émissions. Leur diminution en 2020 était un effet secondaire des mesures adoptées afin de maîtriser la pandémie de COVID-19. Si les efforts de relance économique portaient davantage sur la réduction de ces émissions, l’objectif de 1,5 °C serait alors atteignable.

Changer le cours des émissions futures

En avril 2020, au plus fort du confinement à l’échelle du monde, les émissions quotidiennes de CO2 ont chuté de près de 20 % comparativement à la même période en 2019. Ces données nous fournissent une information précieuse sur l’utilisation optimale des investissements de reprise post-COVID dans l’optique d’une diminution accrue des émissions.

Pour l’essentiel, cette baisse relative des émissions découle d’un fléchissement du transport routier, notamment le navettage des automobilistes, et de la circulation aérienne. Si nous avons tous souffert de l’absence d’interactions en présentiel, nous avons cependant beaucoup appris sur l’organisation de réunions, de présentations et d’activités collaboratives en ligne.

Bien sûr, les déplacements individuels se multiplieront dès que seront assouplies les mesures de confinement. En revanche, maintenant que nous avons suivi une formation accélérée sur le travail et l’apprentissage à distance, nous ne sentirons peut-être pas le besoin de nous déplacer aussi fréquemment que nous le faisions avant la pandémie de COVID-19.

Les émissions mondiales de CO2 ont chuté considérablement dans les premiers temps de la pandémie. En effet, de nombreux pays ont alors fermé leurs frontières. De plus, la baisse marquée de l’offre de transport terrestre et aérien a incité quantité de gens à rester à la maison.

Par contre, toutes proportions gardées, les émissions causées par la production industrielle et énergétique n’ont pas diminué d’autant. Pour favoriser l’émergence d’activités économiques sectorielles à moindres émissions de carbone, il faudra apporter des changements systémiques aux infrastructures technologiques.

De même, des avancées technologiques se révéleront essentielles pour promouvoir les déplacements à faible empreinte carbone, et ce, dans un contexte où les plateformes en ligne ne se montrent pas à la hauteur. Une modification durable des comportements individuels et, parallèlement, une croissance rapide des infrastructures sobres en carbone pourraient avoir une incidence considérable sur la courbe des futures émissions de CO2.

Respecter les limites du budget carbone restant

Un nombre croissant de pays, de villes et d’entreprises s’engagent à atteindre la carboneutralité — c’est-à-dire à réduire leurs émissions de CO2 à zéro ou à un niveau correspondant à l’élimination programmée du CO2 dans l’atmosphère. Ces cibles devront orienter tout effort visant le respect des limites du budget carbone restant.

Parmi les États qui ont adopté des objectifs en matière de carboneutralité ou qui se sont engagés à le faire figurent les pays membres de l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Chine, le Canada et — sous la nouvelle administration Biden — les États-Unis. Actuellement, la plupart visent à atteindre leurs objectifs en 2050 (ou en 2060 pour ce qui est de la Chine).

Selon notre estimation du budget carbone restant, ces engagements ne permettront pas de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C. Par contre, ils pourraient contribuer à le maintenir bien en deçà de 2 °C — soit le seuil maximal fixé par l’accord de Paris.

Les centrales au charbon comme la nouvelle usine Uniper Datteln 4 à Datteln, en Allemagne, émettent non seulement du CO2, mais aussi des aérosols qui exercent un effet de refroidissement sur le climat. La baisse de leurs émissions polluantes s’accompagne d’une diminution du budget carbone restant.

L’incidence sur le climat d’autres gaz à effet de serre, de même que d’aérosols émanant de l’utilisation de combustibles fossiles, demeure l’une des principales sources d’incertitude dans la production d’estimations du budget carbone restant. Selon l’efficacité dont nous ferons preuve dans l’atténuation de ces autres types d’émissions, la taille du budget carbone restant augmentera ou diminuera.

L’année 2021 sera déterminante sur le plan des efforts que nous déploierons pour réduire les émissions polluantes. La COVID-19 a créé une conjoncture favorable à la réalisation d’objectifs climatiques ambitieux. Sans la pandémie, ils auraient probablement été inatteignables.

Dans le monde entier, les autorités gouvernementales dépensent des sommes sans précédent pour soutenir et revigorer l’économie intérieure. Nous devons tout mettre en œuvre pour profiter de cette occasion de reprise verte qui nous est offerte et éviter d’investir dans des infrastructures et des industries qui rendront inévitables des émissions futures de CO2. Pourtant, dans le contexte de la COVID, les mesures de stimulation annoncées jusqu’à présent « ratent la cible », comme l’indique un rapport d’adaptation publié la semaine dernière dans le cadre du Programme pour l’environnement de l’Organisation des Nations unies.

Aucune consigne de confinement d’urgence ne permettra de réduire la vitesse du réchauffement climatique. Nous devons plutôt compter sur des efforts et des investissements substantiels, ciblés et soutenus appuyant la baisse continue des émissions mondiales de CO2, et ce, jusqu’à leur élimination totale. Comme la conjoncture s’y prête actuellement, ne ratons surtout pas l’occasion.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

Pendant ce temps notre beau Justin se prépare à forer directement dans les bancs de Terre-Neuve lui qui se vantait protéger la biodiversité il nous prend tous pour des cons personne ne dit rien on en a que pour la Clovis.

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