Apprendre ensemble à s’adapter

Le laboratoire de la professeure à l’ENAP Marie-Christine Therrien souhaite enseigner aux villes à devenir résilientes en s’inspirant des catastrophes du passé.

Photo : D.R.

Des services essentiels comme le traitement de l’eau potable, le réseau de la santé ou le système bancaire peuvent vite s’effondrer en cas de panne d’électricité prolongée. « Rappelons-nous juste la crise du verglas en 1998 ! » dit Marie-Christine Therrien, professeure et directrice de la formation à la recherche à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

C’est particulièrement important pour les villes d’apprendre des désastres passés. Car c’est là que se concentrent les plus grands risques de catastrophes découlant des changements climatiques — inondations, canicules, verglas. Si des infrastructures ou des services essentiels flanchent, des centaines de milliers de personnes sont touchées en même temps. Une bonne raison d’apprendre aux villes à devenir résilientes. 

« La résilience, c’est la capacité non seulement de surmonter un événement, mais aussi de faire le nécessaire pour qu’il ne se reproduise plus avec autant d’effets néfastes dans l’avenir », explique la professeure, qui a fondé en 2018 le Cité-ID LivingLab Gouvernance de la résilience urbaine, une unité de recherche de l’ENAP où travaillent une dizaine de chercheurs. 

Ce ne sont pas les dossiers qui manquent en ces temps troubles où on se demande si le ciel ne va pas nous tomber sur la tête — sans compter les bouleversements sociaux engendrés par la pandémie. Financé par les Fonds de la recherche du Québec, le Cité-ID LivingLab regroupe des acteurs urbains (autorités municipales, organisations privées, OSBL, citoyens) et des chercheurs pour faire le pont entre les connaissances de tous et accroître la résilience urbaine, notamment en matière de changements climatiques.

« Les villes sont des gouvernements de proximité qui fournissent une très large gamme de services, de la gestion des poubelles au transport, en passant par de nombreux services essentiels, dont l’accès à l’eau potable. Lors d’une catastrophe, les décideurs doivent agir rapidement pour répondre à la crise. Le Cité-ID LivingLab conçoit des outils utiles en ce sens », dit Marie-Christine Therrien.

Entre autres, le LivingLab a répertorié 168 organisations publiques, parapubliques ou communautaires participant à la résilience et à l’adaptation aux changements climatiques pour l’île de Montréal — des arrondissements, des universités, des organismes tel le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), etc. L’objectif était de faire en sorte qu’elles se connaissent et communiquent mieux, de diagnostiquer les forces et les faiblesses du réseau et de proposer des pistes d’amélioration pour la gouvernance. 

L’unité de recherche travaille aussi à améliorer les capacités de rétablissement postsinistre des municipalités du Québec. « Plusieurs recherches indiquent que le facteur le plus déterminant après une catastrophe n’est ni l’éducation ni les revenus des sinistrés, mais plutôt les liens sociaux qui ont été tissés avant l’événement », note la chercheuse. Ce mandat est l’une des mesures du plan d’action du gouvernement du Québec à la suite des inondations de 2017.

Au printemps 2020, le LivingLab a été réactif en adaptant ce plan au rétablissement des services municipaux en vue de la transition vers l’après-pandémie. « Cette transformation de notre projet montre combien des compétences et des capacités acquises pour gérer de grands bouleversements comme les changements climatiques sont utiles pour la gestion de la pandémie actuelle », souligne Marie-Christine Therrien.

Une évaluation des risques pour les systèmes essentiels dans un contexte de changement climatique est aussi menée à l’échelle de deux MRC québécoises — D’Argenteuil et Brome-Missisquoi. « Il faut continuer d’apprendre à s’adapter, et vite ! » conclut la professeure.

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