Exploiter les mines sur quatre roues

La technologie élaborée par Émilie Nadeau et son équipe va permettre de récupérer 95 % des composants des batteries de voitures électriques.

Photo : D.R.

Un simple mélangeur Vitamix. C’est avec cet appareil de cuisine que les chercheurs ont fait leurs premiers tests pour recycler à l’infini les batteries des dizaines de milliers de voitures électriques qui seront en fin de vie d’ici 2030. Le moteur du Vitamix a fini par lâcher, mais les ingénieurs de la société d’experts-conseils Seneca, à Anjou, ont réussi leur pari. Sur le point d’être brevetée, leur technologie va permettre de récupérer 95 % des composants d’une batterie — les recycleurs en retirent au mieux 70 % actuellement — et de régénérer des matériaux de haute pureté pouvant servir à en fabriquer de nouvelles, explique l’ingénieure Émilie Nadeau, qui a piloté l’équipe ayant élaboré cette technologie.

Afin de parvenir à un tel niveau de qualité, les ingénieurs se sont inspirés d’une méthode de l’industrie minière pour extraire les métaux du minerai, notamment les métaux rares, tels que le cobalt et le manganèse. La méthode d’hydrométallurgie consiste à filtrer, dissoudre et purifier la matière, grâce à des acides et à des solvants réutilisables, donc moins nuisibles à l’environnement. « On a fait un assemblage innovant de technologies existantes en les adaptant », résume l’ingénieure mécanique dans la quarantaine, originaire de Rimouski.

Comme sur un site minier, les batteries sont au préalable réduites en poudre. Une étape doublement avantageuse. « Plus besoin de trier les batteries ni de les démanteler, puisque les ensembles passent entiers à la broyeuse. On limite ainsi les opérations manuelles et les risques associés », souligne-t-elle. Selon les modèles, de 10 à 20 métaux sont ensuite extirpés, des plus communs, comme le cuivre ou le fer, aux plus recherchés, comme le graphite ou le lithium. Quant aux plastiques, ils sont séparés par types avant d’être recyclés. 

Après les premiers tests concluants, réalisés en septembre 2017 avec le mélangeur Vitamix, les résultats ont été confirmés par les laboratoires du Centre d’études des procédés chimiques du Québec (CEPROCQ) du Collège de Maisonneuve, à Montréal, un des partenaires (avec l’organisme Appel à recycler et le Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie d’Hydro-Québec). Une fois la technique éprouvée, l’étape suivante a été moins évidente pour Émilie Nadeau : la recherche de financement.

Elle en avait fait par le passé, mais ce n’est pas la partie qu’elle préfère. « Il faut défendre et redéfendre ton projet, le justifier techniquement et économiquement. C’est fastidieux et ça m’a paru très lent, alors que, dans les faits, le processus a été très rapide », signale-t-elle. 

Il a fallu moins d’un an à Recyclage Lithion, l’entreprise créée par Seneca où Émilie Nadeau est aujourd’hui directrice de projet, pour réunir les 12 millions de dollars nécessaires à la construction d’une usine-pilote (8,6 millions proviennent de subventions publiques, le reste d’investissements privés). En phase de démarrage depuis fin janvier dans le quartier Anjou, l’usine est maintenant opérationnelle, après une pause de quelques semaines due à la COVID-19. Elle optimisera le procédé et servira aussi de vitrine à l’international. « Notre objectif est de construire 20 usines dans le monde d’ici 2030, à proximité des métropoles, puisque c’est là, dans ces mines urbaines, que se trouvera notre matière première », annonce l’ingénieure mécanique, qui ajoute qu’elle se pince encore pour y croire.

« J’ai eu carte blanche pour un mandat extraordinaire, qui va avoir des effets positifs majeurs. Et j’ai fait un truc pour la planète, pour mes deux enfants de sept et neuf ans, pour tout le monde ! »

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Bonjour,
En premier lieu je voudrais féliciter Madame Émilie Nadeau, à la fois pour sa ‘’trouvaille’’ extraordinaire pour le développement du recyclage des batteries pour les voitures électriques, ainsi que pour sa persistance dans le développement de celle-ci. Bravo et merci pour une partie de l’avenir de la planète et du monde entier.

Ayant moi-même œuvré à plus d’une dizaine de ‘’concepts’’ inédits (où je n’ai pris que des droits d’auteur car je n’avais pas l’argent, le temp, ni l’entourage adéquat pour leurs ‘’mise en lumière’’) je n’ai pu que me résoudre à les voir «mettre au monde» par d’autres, souvent, plusieurs années plus tard. Et ce, à mon plus grand désarrois et/ou découragement. Alors, certains de ces concepts (car inventions ne fait maintenant plus partie de mon langage car trop prétentieux pour moi) ‘’dorment’’ encore et toujours sur mes clés USB car je n’ai pas le courage et les sous nécessaires pour l’acquisition d’un nouvel ordinateur (Mac) afin de les remettre à jour et leurs rendre les atouts essentiels aux investisseurs potentiels et aux marchés d’aujourd’hui.

Voilà pourquoi Madame, je vous félicite pour votre courage et votre persistance et pourquoi je vous souhaites la meilleure des chances dans le développement de ‘’vos’’ entreprises.
Je remercie également L’Actualité de m’avoir permis de vous découvrir.

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Je suis désolé Madame Grenon, mais un problème est survenu. Ce message s’adressait à Madame Nadeau, via L’Actualité, et non pas à vous-même !
Désolé !