La deuxième vie du pont Champlain

Vincent Guimont-Hébert contribue à un des plus importants chantiers de déconstruction écoresponsable au pays. 

Photo : D.R.

Surplombant le fleuve Saint-Laurent entre la Rive-Sud et l’île de Montréal, le vieux pont Champlain est un monument d’ingénierie moderne composé de 250 000 tonnes de béton, de 25 000 tonnes d’acier et de 12 000 tonnes d’asphalte. Son démantèlement, qui a commencé en juillet 2020 et qui se poursuivra jusqu’en 2024, constitue un défi lourd de conséquences, entre autres pour la faune, la flore et le climat. C’est pourquoi rien n’a été pris à la légère dans l’élaboration du plan de déconstruction, piloté par une équipe d’experts multidisciplinaire dont fait partie Vincent Guimont-Hébert, gestionnaire du développement durable pour la société fédérale Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée. Dans le cadre de ce chantier unique au pays, exécuté par le groupe Nouvel Horizon St-Laurent, l’ingénieur de 35 ans travaille à en limiter l’empreinte écologique.

« On veut éviter le recyclage des matériaux du pont, qui exigerait de les faire fondre, ce qui engendrerait de grandes quantités de gaz à effet de serre. On cherche aussi à éviter l’enfouissement. On vise plutôt à maximiser la réutilisation des matériaux localement et de diverses façons », explique avec enthousiasme le diplômé en génie civil de Polytechnique Montréal, qui est aussi titulaire de maîtrises en administration des affaires de l’Université Paris-Dauphine et de l’Université du Québec à Montréal. En 2019, il a également fondé Brundtland Minds, un réseau d’experts qui mettent leurs compétences au service d’organisations pour aider ces dernières à générer de la valeur, tout en produisant des bénéfices sociaux et environnementaux. 

Décrocher ce poste à la société des Ponts en 2014 a été pour lui rien de moins qu’un coup de circuit. « Après huit ans à conseiller des entreprises à titre de consultant en développement durable et en changements climatiques, je revenais à mes premières amours, le génie civil et les structures. Et en plus, j’ai les deux mains sur le volant avec une super équipe ! » Laquelle compte une demi-douzaine de personnes, outre des consultants externes.

Depuis trois ans, Vincent Guimont-Hébert se consacre à l’élaboration d’une stratégie basée sur l’approche des « 3RV-E » : réduire, réutiliser, recycler, valoriser puis éliminer. En 2019, une consultation publique a permis à plus de 4 000 citoyens de se prononcer sur différents volets de la déconstruction du pont : la valorisation des matériaux, la protection de l’environnement, le programme de recherche et développement (étude des divers matériaux usés) et Héritage Champlain, un projet de réaménagement de sept hectares de berge, qui inclura l’estacade du pont Champlain. « Les idées recueillies ont alimenté notre plan d’action. Comme ce pont a été payé par les contribuables, ceux-ci pourront réutiliser ses matériaux contre une somme symbolique pour des projets architecturaux, récréotouristiques ou artistiques. »

Mettre sur pied un tel réseau d’économie circulaire est complexe, précise l’ingénieur. Il a fallu dresser la liste des matériaux, noter leurs quantité et disponibilité, des informations essentielles pour les concepteurs, designers et artistes intéressés par des sections de pont. « Afin de favoriser une économie circulaire, on prépare aussi un catalogue des éléments qui seront disponibles aux fins de réemploi au moyen d’un concours qui sera lancé à l’automne 2020 », mentionne Vincent Guimont-Hébert, qui ajoute que les critères de sélection des projets de réemploi prendront notamment en compte le caractère artistique, commémoratif ou architectural, ainsi que la distance que les matériaux devront parcourir jusqu’à leur deuxième vie. « On souhaite éviter le plus possible les émissions de GES découlant du transport et on compensera les émissions produites par le démantèlement sur le marché du carbone. »

Ce vaste chantier de déconstruction écoresponsable est une première au Québec, et il pourrait ne pas être le dernier. « Nous espérons créer un précédent et favoriser de meilleures pratiques, entre autres au moment de la déconstruction du pont de l’île d’Orléans, prévue vers 2028, souligne Vincent Guimont-Hébert. Même si notre projet de revalorisation du pont Champlain ne sera pas parfait, s’il agit comme bougie d’allumage pour l’avenir, ce sera déjà très bien ! »

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La deuxième vie du pont Champlain

« il a également fondé Brundtland Minds »…
Une raison sociale décidément très francophone…
Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à renier ainsi leur propre langue???

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