Le recycleur de déchets électroniques

L’entreprise de Mohamed Khalil transforme les déchets électroniques en matières premières, qui serviront à leur tour à produire de nouveaux appareils.

Photo : D.R.

Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire dans un entrepôt d’Anjou, dans l’est de Montréal, en novembre 2019. Alors que, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, quelque 50 millions de tonnes de vieux ordinateurs, tablettes et cellulaires s’en vont chaque année en grande partie au dépotoir, une petite usine s’est mise en marche pour broyer jusqu’à deux tonnes de ces déchets électroniques par jour — même des circuits électroniques d’avion ! Puis, l’entreprise en extrait du plastique, du cuivre et du nickel, mais aussi de l’or, de l’argent, du platine et du palladium, des métaux précieux qui peuvent être revendus comme matières premières. 

« Une seule carte électronique peut contenir une quarantaine de métaux différents et environ 30 % de plastique », explique Mohamed Khalil, 32 ans, cofondateur et PDG de Pyrocycle.

Actuellement, des déchets électroniques qui ne sont pas recyclés sont envoyés dans des sites d’enfouissement au Québec et dans des pays en développement, où beaucoup de gens dans le besoin les brûlent pour récupérer les métaux et les revendre, « une activité très nocive pour leur santé », souligne Mohamed Khalil.

Une fois les pièces facilement recyclées, une bonne quantité des déchets électroniques sont séparés, puis envoyés dans des fonderies qui brûlent les plastiques pour recycler les déchets. Une pratique qui pose deux problèmes, explique l’entrepreneur. « D’abord, brûler ces déchets dégage des gaz à effet de serre et des émanations toxiques, notamment du bromure d’hydrogène [HBr] issu des retardateurs de flamme, une substance chimique qui rend les appareils électroniques moins inflammables. Ensuite, environ 25 % des métaux, qui ont été extraits en générant beaucoup de GES, sont perdus à jamais. » 

C’est pourquoi le procédé de Pyrocycle est si révolutionnaire : en plus d’éviter le gaspillage de métaux, il permet d’extraire divers éléments des cartes électroniques sans produire d’émissions de HBr ou de GES. « Notre procédé est non polluant, parce que nous n’utilisons pas d’oxygène en dégradant les plastiques — ce n’est pas de la combustion ni de l’incinération. Nous utilisons une atmosphère inerte pour éviter la production de GES. Quant au HBr provenant des retardateurs de flamme, nous le captons et le stabilisons à l’état solide. C’est pourquoi nous sommes “zéro émission” ! »

Sans dévoiler sa « recette secrète », brevetée par Polytechnique Montréal, Mohamed Khalil précise que les appareils électroniques sont déchiquetés et réduits en poudre dans un broyeur. Cette poudre est ensuite chauffée en l’absence d’oxygène, dans un réacteur. À la sortie, on trouve des métaux à l’état solide pouvant être vendus et réutilisés, de même que des composants du plastique sous forme solide ou gazeuse, qui sont transformés en huile pouvant servir de matière première pour fabriquer un nouveau plastique. « Nous créons une économie circulaire : nous transformons les déchets électroniques en matières premières qui serviront à produire de nouveaux appareils. »

Originaire d’Égypte, diplômé en génie mécanique à l’Université du Caire, Mohamed Khalil est arrivé à Montréal en 2015, avec quelques dollars en poche et un projet de thèse de doctorat en génie chimique sur la combustion du charbon. « Mais je n’ai pas vu d’avenir dans le charbon ! » se rappelle-t-il en riant. Rapidement, il s’est allié avec un nouveau directeur de recherche, le professeur Jamal Chaouki, pour trouver une solution au fléau des déchets électroniques, dont à peine 20 % sont pour l’heure recyclés alors que 50 millions de tonnes sont générées chaque année dans le monde, selon les Nations unies. 

Une fois la technique mise au point, l’étudiant, le professeur et le président d’Avianor, Sylvain Savard — dont l’entreprise se spécialise dans la modification et la maintenance d’avions —, se sont associés pour créer Pyrocycle, qui a depuis remporté plusieurs concours en entrepreneuriat au Québec.

Depuis la pandémie, la jeune entreprise est à la recherche d’un local plus spacieux à Anjou afin de traiter une quantité grandissante de déchets électroniques, qui sont récoltés auprès d’entreprises de télécommunications et de centres de collecte privés, qui revendent pour l’instant ces matériaux aux fonderies. « Mon ambition, dit Mohamed Khalil, c’est de remplacer ces fonderies qui polluent depuis 90  ans et d’avoir une influence positive sur l’environnement, le climat et la vie de millions de gens ! »

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