Pour une vie numérique moins polluante

Les vidéoconférences, le visionnement de films en ligne et le remplacement fréquent des appareils électroniques ont un coût environnemental insoupçonné. Voici comment alléger votre empreinte écologique grâce aux principes de la sobriété numérique.

montage : L’actualité

En incluant les phases de production et d’utilisation de l’ensemble des technologies et appareils électroniques, l’empreinte carbone mondiale du numérique était évaluée en 2021 à 1,84 gigatonne d’équivalent CO2, ce qui correspond à environ 3,5 % des gaz à effet de serre (GES) mondiaux, d’après Les Shifters Montréal, un groupe voué à la sensibilisation du grand public aux défis de la transition énergétique. Un chiffre qui serait comparable, voire supérieur, à l’empreinte carbone de l’industrie de l’aviation. Et ce n’est que le début, puisque l’étude de The Shift Project prévoit que les émissions de GES liées au numérique pourraient augmenter de 6 % par an au cours des cinq prochaines années.

La production des ordinateurs, des téléphones cellulaires et des serveurs énergivores aux quatre coins du monde utilise en outre de précieuses ressources qui s’épuisent rapidement, comme l’or, l’indium et les terres rares. La mise au rebut de tous ces équipements est par ailleurs une source de pollution non négligeable puisqu’en 2019, à peine 17 % des 53,6 millions de tonnes de déchets électroniques mondiaux ont été recyclés, selon le rapport The Global E-waste Monitor 2020, publié par l’Université des Nations unies et l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche.

Si le problème semble énorme, des solutions concrètes existent néanmoins pour le combattre. Parmi celles-ci, la sobriété numérique, un concept qui englobe « l’ensemble des pensées, des pratiques et des réflexions qui nous aident à développer des relations saines, éthiques et écologiques avec le numérique », comme le définit Daria Marchenko, fondatrice d’Ecoist Club. Son projet vise à conscientiser les utilisateurs au sujet des enjeux de l’écologie numérique, notamment grâce à une application pour téléphone intelligent qui regorge d’informations sur le droit à la déconnexion ou encore sur les conséquences du numérique sur la santé humaine et la planète.

Première étape : limiter les effets de la production des appareils

Alors, comment devenir sobre ? D’abord et avant tout en allongeant le plus possible la durée de vie des appareils électroniques. D’après le rapport 2020 des Shifters Montréal, environ 80 % de l’empreinte carbone totale des téléphones intelligents les plus populaires au Québec — comme ceux des marques Apple, Google ou Samsung — serait due à leur production et à l’extraction des matières premières essentielles pour les fabriquer.

L’utilisation de ces appareils ne représente ainsi que 20 % de l’empreinte totale. En conservant vos équipements numériques le plus longtemps possible, vous agissez donc là où ça compte en priorité.

Vous pouvez également résister à la tentation d’acheter du neuf en privilégiant l’économie de la revente et les appareils remis en état, par exemple les cellulaires de Recycell et de Oups.ca, ou les ordinateurs d’Insertech

Vous pourriez aussi essayer de réparer vos équipements (grâce au groupe Facebook Touski s’répare, notamment) ou les donner à des organismes d’insertion sociale sans but lucratif (Ordinateurs pour les écoles du Québec ou Insertech) qui les remettront en état pour leur offrir une deuxième, voire une troisième vie. Toutes ces solutions à empreinte carbone réduite s’inscrivent dans le courant effervescent de l’économie circulaire.

Il reste que trouver les pièces nécessaires à la réparation d’équipements électroniques n’est pas une mince affaire. Pour aider les consommateurs à résoudre ce casse-tête, la France a instauré en 2021 un indice de réparabilité. Pour cinq catégories de produits, dont trois d’appareils électroniques, l’indice en question indique notamment la facilité à se procurer des pièces de rechange et à faire le remplacement. 

Au Québec, un projet de loi visant à lutter contre l’obsolescence programmée avait la même ambition que la réglementation française. Déposé en 2019 à l’Assemblée nationale, il n’a, trois ans plus tard, toujours pas avancé. Entre-temps, une pétition signée à ce jour par près de 11 000 personnes a été lancée par Équiterre pour exiger davantage de réparabilité et de durabilité des objets au Québec.

Deuxième étape : revoir la consommation d’Internet

L’utilisation d’Internet génère des émissions de GES, notamment parce qu’il faut beaucoup d’énergie pour faire fonctionner de multiples équipements. Les centres de données, les serveurs et les infrastructures qui transportent vos données partout dans le monde utilisent, dans certains cas, de l’énergie provenant de sources polluantes, comme le charbon. En outre, ces installations ont toujours besoin de plus de matériel électronique, dont la fabrication nécessite des matières premières, et elles produisent des déchets.

Le point noir de la consommation en ligne des Québécois, c’est la lecture vidéo en continu (streaming). En 2020, selon Les Shifters Montréal, le visionnement de séries, films et documentaires sur les plateformes de type Netflix, Tout.tv ou Crave représentait 27 % du trafic Internet au Québec, loin devant les réseaux sociaux (18 %) ou les recherches en ligne (18 %). L’échange de courriels ne générait que 2 % du trafic global. 

Ça, c’était avant la pandémie de COVID-19, la généralisation du télétravail et l’augmentation considérable des réunions virtuelles. Si les effets en matière d’émissions de GES de ces pratiques en forte hausse ne sont pas encore connus à l’échelle de la province, cette tendance pourrait modifier le portrait global dans les années à venir. Tout comme la multiplication des objets connectés, la 5G, les cryptomonnaies, l’intelligence artificielle ou encore l’engouement pour le métavers, cet univers virtuel dans lequel les géants de la high-tech aux États-Unis veulent plonger le monde et qui nécessitera une consommation d’Internet accrue ainsi que des équipements technologiques toujours plus énergivores.

Chose certaine, c’est avant tout en réduisant votre consommation de vidéo en continu que vous tendrez le plus rapidement vers la sobriété numérique. Comment y parvenir ? En limitant vos abonnements aux plateformes de diffusion en continu, qui favorisent le visionnement boulimique de contenu, mais également en faisant des gestes simples comme choisir une résolution adaptée à votre écran. La haute définition (HD) étant particulièrement énergivore, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), en France, recommande par exemple une résolution de 360p à 720p pour un écran de 13 pouces (un ordinateur portable standard). Vous pouvez également désactiver le mode « lecture automatique » des vidéos dans les paramètres de vos applications. Enfin, lorsque vous êtes en mode télétravail, coupez votre caméra, quand vous le pouvez, lors des réunions virtuelles : vous réduirez vos émissions de GES de façon importante, selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Purdue, du MIT et de Yale, aux États-Unis, en 2021. Une fois les présentations et le papotage d’introduction passés, bien entendu, nous sommes humains après tout !