Une brève histoire des COP

À quelques jours du début de la COP26, la conférence sur le climat qui s’ouvrira en Écosse le 31 octobre 2021, notre collaborateur Karel Mayrand raconte les origines et la raison d’être de cet événement… dont vous êtes le héros.

Des participants à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de Rio, en 1992. (Photo : UN Photo/Tom Prendergast)

Ancien directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand a rejoint en juin 2020 la Fondation du Grand Montréal à titre de président-directeur général.

Nous voici donc à l’aube de la COP26. En voyant ce chiffre, je me suis fait l’observation que Police Academy avait eu la sagesse de s’arrêter à 7. Car depuis maintenant une génération, de suite en suite, la plupart des COP ont ressemblé à de mauvais films dont la trame narrative, usée à la corde, ne réserve plus beaucoup de surprises. Chaque COP est celle de la dernière chance, et à chaque fois qu’une ligne rouge est tracée, on s’empresse de la traverser, de l’effacer, puis d’en tracer une nouvelle. Tout le monde fait semblant en attendant le prochain chapitre.

Petit rappel historique : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a été signée à Rio en 1992, l’année de mes 20 ans. Son objectif était de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui préviendrait une interférence dangereuse des activités humaines avec le climat. J’aurai cinquante ans en 2022, et depuis ce temps, les émissions mondiales de GES ont augmenté de plus de 40 %. Voilà donc 30 ans que les négociations internationales piétinent en prétendant faire des progrès. Si nous avions ne serait-ce que stabilisé les émissions à l’époque, la pente à affronter aujourd’hui serait beaucoup moins abrupte, et le réchauffement climatique, beaucoup moins critique qu’il ne l’est en ce moment.

Les premiers pas

La Convention de 1992 ne fixait pas d’objectif de réduction, mais plutôt un cadre pour aborder la question. C’est à la COP3, à Kyoto, en 1997, qu’un protocole a été signé in extremis. L’ex-vice-président des États-Unis Al Gore m’a déjà raconté que c’est son appel au président Clinton, au beau milieu de la nuit, qui avait permis de débloquer l’impasse et d’en arriver à une entente. Le protocole de Kyoto prévoyait que les pays développés, qui représentaient la très grande majorité des émissions mondiales, réduisent leurs émissions en premier dans l’horizon 2008-2012.

L’entrée en vigueur du protocole nécessitait une ratification formelle par 55 États représentant 55 % des émissions de GES. Or, en raison de  l’opposition des Républicains, les États-Unis refusent de ratifier l’entente alors qu’ils produisent à eux seuls 23 % des émissions. L’entente n’entrera donc en vigueur qu’en février 2005, quelques mois après la ratification de la Russie. Plus tard la même année, plusieurs modalités d’application du protocole seront négociées à la COP11 de Montréal.

Le temps passe encore, et il faut trouver une entente pour donner suite au Protocole de Kyoto après 2012. À Copenhague, en 2009, se déroulera une nouvelle « COP de la dernière chance ». C’est là que les choses dérapent. Quelques semaines avant la conférence, un piratage informatique permet de divulguer des courriels de scientifiques du climat. Plusieurs médias conservateurs s’emparent de ces communications et affirment qu’elles prouvent que les scientifiques ont manipulé les données pour exagérer la crise climatique. Ce qu’on a appelé le ClimateGate alimente les thèses climatonégationnistes. 

Bien que plusieurs enquêtes indépendantes aient démontré que la méthode scientifique a été rigoureusement respectée, les scientifiques et les écologistes mettront des années à se relever de cet épisode. Sur fond de crise financière internationale, la COP15 de Copenhague est un échec retentissant et les négociations climatiques internationales se retrouvent dans un désarroi complet pendant plusieurs années.

Il est intéressant de noter que le ClimateGate est similaire aux stratégies de déstabilisation et de désinformation qui seront déployées par certains mouvements conservateurs dans la décennie suivante. Sept ans plus tard, les courriels d’Hillary Clinton sont divulgués et relayés à grande échelle par les médias conservateurs à quelques semaines de l’élection présidentielle. Ce piratage criminel lui coûtera l’élection de 2016 et permettra à Donald Trump d’être élu. On connaît la suite.

Une période trouble

Les négociations internationales sur le climat sont ensuite plongées dans le marasme le plus complet. Les alliances qui existent depuis longtemps entre l’industrie et les pays producteurs de charbon, de pétrole et de gaz poursuivent leurs opérations de blocage lors des négociations en plus de mener des efforts de désinformation et d’intimidation à travers le monde. C’est l’époque où le Canada, dirigé par un gouvernement conservateur inféodé à l’industrie pétrolière, devient le premier pays au monde à se retirer du Protocole de Kyoto et lance une enquête contre les groupes écologistes. À chaque COP, les industries fossiles réussissent à former une coalition de blocage en réunissant des pays comme le Canada, l’Australie, les États-Unis ou l’Arabie saoudite. Encore cette année, la BBC nous apprend que des gouvernements, entreprises et organisations de cette alliance fossiles ont fait 32 000 demandes de modification aux rapports scientifiques, incluant notamment de biffer toute référence à l’élimination du charbon.

C’est finalement en 2015, à la COP21, que l’Accord de Paris sera signé, à la suite d’une mobilisation héroïque de la France qui venait de subir le pire attentat terroriste de son histoire. L’Accord de Paris nous a remis en marche, il nous a redonné espoir, mais il a été signé une génération trop tard, et les engagements pris à Paris, qui sont insuffisants pour limiter le réchauffement sous 1,5 degré, tardent à se mettre en place. 

La COP 26 qui s’amorce vise à rehausser ces engagements. Encore une fois, c’est la COP de la dernière chance. Encore une ligne rouge, comme à Rio, à Kyoto, à Copenhague ou à Paris. Le temps passe, et la fenêtre qui nous permettrait de prévenir le dérèglement catastrophique et irréversible du climat est sur le point de se fermer pour de bon. En fait, on peut affirmer sans se tromper que plusieurs points de non-retour ont déjà été franchis.

La COP dont vous êtes le héros

Est-ce que je crois encore aux COP ? Oui et non. Elles sont le reflet des rapports de force qui s’exercent au sein des pays. Elles avancent au rythme du plus lent, et peuvent être facilement prises en otage par des opérations de blocage et de désinformation menées par les riches et puissants intérêts des énergies fossiles. J’admire les négociateurs qui ont le courage de continuer d’opérer dans un tel contexte. Leur travail garde l’espoir en vie.

Tout est maintenant question de vitesse. Le réchauffement atteint déjà 1,2 degré globalement et on anticipe qu’il dépassera les 1,5 degré d’ici 15 ans. Pour réussir à éviter ce scénario, nous devons réduire les GES à raison de 7,6 % par année mondialement de 2020 à 2030, chose qui n’a jamais été faite, même lorsque la pandémie a stoppé l’économie mondiale.

Pour réussir, il faut être prêts à accepter des changements draconiens qui vont bousculer notre confort et nos modes de vie. Il faut faire des choix : on ne peut pas investir 9 milliards de dollars dans le 3e lien de la Capitale-Nationale après avoir coupé 500 millions dans le budget du tramway, jugé trop coûteux à 3,3 milliards de dollars. On ne peut pas ajouter 80 000 voitures par année sur nos routes, dont 80 % sont des VUS énergivores. On ne peut pas laisser nos villes et notre réseau routier s’étendre à l’infini, et on ne peut pas poursuivre l’exploitation pétrolière.

Le jour où vous avez marché avec Greta Thunberg dans les rues de Montréal, c’est pour cela que vous marchiez. Ou peut-être que, comme cela se produit lors des COP, faisiez-vous un peu semblant en vous disant qu’on peut reporter tout ça à plus tard, que le problème va finir par se régler tout seul ?

Voici donc mon secret à propos des COP : le délégué le plus important, c’est vous. La seule question qui compte vraiment est la suivante : allez-vous continuer d’accepter qu’on fasse semblant, ou allez-vous accepter d’agir et de faire les sacrifices que cela exige ?On règle le problème maintenant ou on attend Police Academy 8 ?

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Bonjour.
Il est vraiment dommage de toujours retrouver l’acronyme en anglais des conférences climatiques onusiennes. En français, il faudrait retenir l’acronyme CdP (Conférence des Parties) plutôt que COP (Conference of Parties).
Merci.

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