8 bonnes planques pour votre fric

L’année qui s’amorce sera-t-elle à l’image de celle qui vient de prendre fin, marquée par de fortes variations à la Bourse… et dans votre portefeuille ?

L’année qui s’amorce sera-t-elle à l’image de celle qui vient de prendre fin, ma
Ill. : Carol-Anne Pedneault

Les marchés trouveront toutes les raisons pour continuer à évoluer en dents de scie au rythme de la crise de la dette en Europe, du ralentissement de l’économie en Chine et de la présidentielle aux États-Unis. Alors que faire quand les taux d’intérêt sont au plancher et que les Bourses se comportent comme des poules sans tête ? Voici quelques pistes…

1- Tirer le meilleur parti des CPG

Si vous êtes du genre prudent, les certificats de placement garanti (CPG) sont les investissements pépères par excellence. Offerts par toutes les banques et caisses, ils sont sans risque jusqu’à concurrence de 100 000 dollars, car ils sont alors couverts par la Société d’assurance-dépôts du Canada.

Mais qui dit risque nul dit aussi rendement quasi nul : les intérêts sont faméliques, allant de 0,9 % pour un an à 1,85 % pour cinq ans. Afin d’en tirer le meilleur parti, il faut éviter de bloquer ses fonds pour une seule échéance et plutôt faire une rotation. On divise son épargne en cinq sommes égales dans autant de CPG à des échéances de un à cinq ans. À l’expiration du premier, on le renouvelle pour un terme de cinq ans.

En répétant le manège année après année, on finit par ne détenir que des CPG qui ont tous le rendement maximal de cinq ans. Si les taux montent, on en profite au moment des renouvellements, et s’ils baissent, le portefeuille continue de générer un rendement moyen plus élevé que le court terme. Les banques virtuelles, comme ING Direct, offrent de meilleurs taux, de même qu’Épargne Placements Québec, qui donne une prime de 1 % la première année pour les nouveaux fonds REER.

2- Obligations : mieux vaut le court terme

Si vous avez un compte chez un courtier, ce dernier pourra vous offrir une panoplie d’obligations d’États, de sociétés d’État et d’entreprises. Les spécialistes conviennent qu’il faut en détenir dans un portefeuille équilibré, dans une proportion qui varie selon son horizon de placement et sa tolérance au risque. « Mais il faut privilégier le court terme afin de pouvoir profiter des meil­leures occasions d’achat », affirme Hélène Gagné, associée et gestionnaire de portefeuille à PWL Capital.

Puisque les taux d’intérêt sont très bas, elle suggère d’acheter des obligations à des échéances de moins de trois ans. Elles ne rapporteront pas beaucoup, mais comme les taux grimperont un jour ou l’autre, on pourra en profiter au moment des renouvellements. Guy Côté, vice-président et conseiller en placement à la Financière Banque Nationale, préfère la stratégie des « haltères », qui combine court et très long terme. À très long terme (plus de 10 ans), les rendements sont supérieurs, et on minimise les risques avec la portion qui échoit à court terme. On peut aussi se réfugier dans des fonds obligataires négociés en Bourse, qui rapportent un peu plus. Mais attention : leur prix est élevé, et lorsque les taux remon­teront, leur valeur en Bourse diminuera.

3- Les fonds de revenu mensuel

C’est la vedette du mois. Tous les promoteurs de fonds négociés en Bourse (FNB) et les institutions financières proposent maintenant des fonds de revenu mensuel. Ces produits peuvent combiner des obligations, des actions d’entreprises qui versent de généreux dividendes ou encore des actions privilégiées. L’avantage est qu’ils procurent chaque mois des rentrées d’argent avec des rendements souvent supérieurs (environ 4 %) à ceux des produits traditionnels, comme les CPG. Mais attention, toute hausse des taux fera reculer la valeur de ces fonds. Rappelons toutefois que la Banque du Canada, tout comme la Réserve fédérale américaine, ne prévoit pas de hausse avant 2013.

4- Les actions d’entreprises « défensives »

Si vous croyez que 2012 sera encore une année difficile, vous pouvez aussi miser sur des entreprises dont le modèle d’affaires est relativement stable. C’est ce que suggère Marc L’Écuyer, gestionnaire de portefeuille au cabinet de gestion Cote 100. Selon lui, les investisseurs ont intérêt à se concentrer sur les secteurs considérés comme « défensifs ». On range dans cette catégorie les entreprises de services publics, de télécommunications ou encore de consommation courante, comme les chaînes de pharmacies ou d’alimentation. Ces sociétés sont moins perméables aux récessions et elles versent souvent des dividendes intéressants. À défaut de voir la valeur des actions croître rapidement, l’investisseur empoche un peu d’argent chaque trimestre.

5- L’immobilier… sans les locataires qui appellent la nuit

Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a sonné le glas des fiducies de revenu, mais il a maintenu les privilèges des fiducies immobilières. On en compte plus d’une trentaine à la Bourse de Toronto. L’avantage, dit François Têtu, de Valeurs mobi­lières Desjardins, c’est qu’elles procurent chaque mois des revenus à leurs actionnaires. Les rendements annuels varient habituellement entre 4 % et 7 %.

Mais il y a un hic : comme elles sont très demandées et que les taux d’intérêt sont bas, leur prix en Bourse est élevé. Quand les taux remonteront, leur valeur boursière pourrait décliner. Si on n’est pas prêt à miser sur des fiducies en particulier, on peut acquérir un FNB.

6- De l’action grâce aux indices

Qui veut obtenir un bon rendement doit prendre des risques. Les marchés boursiers sont alors tout indiqués. Hélène Gagné estime toutefois que l’achat d’actions d’entreprises individuelles ne vaut pas le coup et elle recommande les FNB qui traquent des indices boursiers. Au Canada, on en compte un certain nombre. Ils s’achètent et se vendent aussi facilement que des actions d’entreprises.

C’est une solution simple et peu coûteuse qui permet de participer au marché boursier tout en diversifiant son portefeuille. François Têtu conseille de s’en tenir aux grands indices boursiers connus. Il privilégie le marché américain, tandis qu’Hélène Gagné mise plutôt sur les indices canadien et international, deux marchés qui ont eu de moins bons rendements en 2011.

7- Carburer au pétrole

Malgré la récession, les prix du pétrole et de l’essence à la pompe sont restés élevés. L’incer­titude au Moyen-Orient y est pour quelque chose, mais une tendance de fond se fait sentir : la demande de pétrole croît en même temps que ne cessent de grimper les coûts pour l’extraire.

« Le seul secteur dans le domaine des ressources naturelles qui nous intéresse, c’est le pétrole », dit Marc L’Écuyer, une opinion que partage François Têtu. Les deux conseillers notent que la valeur des actions des sociétés pétrolières intégrées n’a pas suivi le prix du pétrole l’an dernier. Ils privilégient l’achat d’actions de compagnies productrices plutôt que de parts dans un FNB qui mise sur le prix du baril. Il faut éviter les entreprises qui produisent beaucoup de gaz naturel, précise François Têtu, car son prix restera déprimé un certain temps.

8- Les fonds de placement équilibrés

Pour qui ne veut pas se casser la tête, il y a les fonds d’investissement équilibrés, qui comprennent des obligations ainsi que des actions canadiennes et étrangères. Toutes les institutions financières offrent ces produits, qui permettent aux épargnants d’être présents partout. Si les actions vont mal, les obligations prennent le relais, et inversement. Des professionnels se chargent en outre de voir venir les coups. On peut acheter ces fonds avec seulement 500 dollars. Leur grand défaut : les frais de gestion élevés, de l’ordre de 2,5 % par an. On contourne le problème en se rabattant sur des FNB. Leur désavantage : ils se prêtent mal aux achats progressifs, car il faut payer des frais de courtage à chaque opération.

Un portefeuille à l’abri des récessions

Existe-t-il une recette qui permettrait de tirer son épingle du jeu sur une longue période, quel que soit l’état de l’économie ? Oui, s’il faut en croire une étude publiée en octobre dernier par la société américaine de fonds d’investissement Vanguard. Les auteurs, Joseph Davis et Daniel Piquet, ont utilisé les données mensuelles des marchés obligataires et boursiers sur 84 ans, de 1926 à 2009. Conclusion : un porte­feuille composé de 50 % d’obligations et de 50 % d’actions aurait produit un rendement annualisé moyen de 7,75 % pendant les périodes de récession et de 9,9 % pendant les périodes de croissance. Une fois l’inflation retranchée, l’écart s’amenuise : 5,26 % de rendement réel en récession et 5,59 % en période de croissance.

Où est l’erreur ? Il s’agit ici d’une simulation à partir d’indices, et on parle de rendements moyens sur un très long terme, qui dépasse la durée de vie d’un investisseur.

Au cours de chaque récession, les rendements des actions ou des obligations varient grandement. Toutefois, écrivent les auteurs, « les portefeuilles équilibrés (50-50) ont généré des rendements positifs pendant plusieurs récessions, en partie parce que les Bourses ont souvent fait mieux durant ces périodes que ce que l’on a tendance à croire ». Ils notent par exemple que sur les 20 mois les plus rentables en Bourse depuis 1926, la moitié sont survenus durant des récessions.

Faut-il en déduire que la recette est infaillible ? Non, disent les auteurs. Pendant des récessions très profondes, comme celles de 1929 et de 2008-2009, un portefeuille 50-50 a généré des rendements négatifs, soulignent-ils.

Enfin, leur simulation, si elle se fonde sur des données réelles, est difficile à appliquer dans la vraie vie. Car pour obtenir ces résultats, les deux auteurs rééquilibraient leur portefeuille fictif à la fin de chaque mois, ce qui dans la réalité impliquerait des frais de courtage récurrents.