Achetez maintenant, payez plus tard : à utiliser avec modération

Même pour l’achat d’un simple vêtement, de nombreuses boutiques en ligne offrent maintenant de payer en plusieurs versements. Que faut-il savoir sur ces services de paiement différé tels que PayBright, Klarna, Afterpay ou Sezzle ?

Visual Generation / Getty Images

Emmanuelle Gril est journaliste en finances personnelles et autrice du livre 99 trucs pour réduire l’endettement.

Ce chandail dernier cri vous fait de l’œil, mais vous n’avez pas sous la main les 60 $ nécessaires pour l’acheter ? Pourquoi ne pas régler la facture en quatre versements de 15 $ sans intérêt ? 

L’offre de modalités de paiement flexibles a explosé ces dernières années. En 2021, ce marché représentait 132 milliards de dollars américains à l’échelle mondiale, et il devrait croître à une vitesse exponentielle pour atteindre 3 680 milliards de dollars américains en 2030, selon la société de recherche et conseil indienne Straits Research. Des services comme Klarna, Afterpay, PayBright (acquis par Affirm) ou Sezzle — lancés respectivement par des entreprises suédoise, australienne, canadienne et américaine — permettent aux consommateurs canadiens qui font des achats en ligne d’en profiter sur-le-champ, en remettant le paiement à plus tard. Une forme de crédit qui peut, comme toutes les autres, mener à consommer au-delà de ses capacités financières réelles.

Comment ça fonctionne

On peut y avoir recours même pour de petits achats comme un t-shirt à 20 $ ou un mascara à 12 $. Au moment de régler la facture en ligne, il suffit de cliquer sur l’une des options de paiement différé proposées. Les paiements sont généralement fractionnés en quatre versements égaux à faire toutes les deux semaines, dont le premier est exigible lors de l’achat et le dernier, six semaines plus tard. En prime, contrairement à une carte de crédit, il ne vous en coûtera pas un sou en intérêt si vous n’arrivez pas à payer à l’échéance. Certains services offrent la possibilité de rééchelonner les versements ou d’en modifier vous-même le montant dans leur application. 

Ces entreprises ne font pas leur argent avec ces services de crédit à court terme : elles comptent plutôt sur les commissions versées par les commerçants, soit environ 2 % du montant des transactions. Et sur les intérêts que la plupart d’entre elles appliquent aux achats importants, dont les paiements s’échelonnent sur plusieurs mois — les taux peuvent alors varier de 5 % à 35 % environ. L’une des options de paiement proposées par le service Affirm offre, par exemple, de diviser un achat de 800 $ en 12 paiements mensuels de 72,21 $. Les intérêts de 15 % imposés alors correspondent à 66,52 $. 

Ce mode de paiement « Achetez maintenant, payez plus tard » se distingue de celui offert dans les magasins de meubles et d’appareils électroménagers. Pas besoin de se procurer la carte de crédit du commerçant ou d’adhérer au programme de financement de l’institution financière à laquelle il s’est associé. Et il n’y a pas de vérification de crédit pour les paiements faits en quatre versements sur six semaines. 

Ces fournisseurs de services affirment qu’ils facilitent ainsi l’accès au financement pour les gens qui n’ont pas encore d’historique de crédit ou dont l’historique est mauvais et qui ont un achat essentiel à faire (une enquête de crédit est cependant faite pour les financements sur une période de plus de six semaines). 

Ces services sont particulièrement populaires auprès des moins de 40 ans : les « milléniaux » représentent près de 50 % de leurs utilisateurs et la génération Z, 13 %, selon une étude américaine de la société Equifax — l’âge minimal pour y recourir est de 18 ans.

Le revers de la médaille

Simple et pratique, ce mode de paiement a tout de même un défaut : il incite à consommer davantage. Ce n’est pas pour rien que les commerçants en ligne l’offrent. 

Car en répartissant les sommes sur plusieurs semaines, vous aurez le sentiment de moins vous endetter — même s’il ne s’agit que d’une illusion — et risquerez de faire preuve de moins de modération dans vos achats. D’ailleurs, un sondage auprès de 1 500 Américains a montré que 57 % des utilisateurs de ce mode de paiement avaient dépensé davantage que ne le leur permettaient réellement leurs moyens.

Sylvie De Bellefeuille, avocate et conseillère budgétaire à Option consommateurs, fait le même constat et prévient que le danger de tomber dans le surendettement est bien réel. « Au bout du compte, ces petits paiements finissent par faire de grosses sommes à la fin du mois. Ils viennent s’ajouter à vos autres obligations financières et peuvent déséquilibrer sérieusement votre budget », souligne-t-elle. Car en multipliant les transactions, il est facile de perdre le fil des dépenses, surtout si l’on a fait ses achats par l’intermédiaire de différents services de paiement différé.

Si vous n’êtes pas en mesure de faire un versement, il est essentiel de vous entendre avant l’échéance avec le fournisseur du service pour rééchelonner le remboursement de votre dette. Car en cas de défaut de paiement, on ne vous facturera pas d’intérêts… mais il faut vous attendre à payer une pénalité. Et votre compte auprès de ce fournisseur pourrait être suspendu tant que le solde ne sera pas acquitté. De plus, votre dossier de crédit sera entaché si l’entreprise déclare ce manquement aux agences de crédit (Equifax et TransUnion). Autrement dit, la mauvaise gestion de multiples petites dettes peut vous nuire durablement.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Sylvie De Bellefeuille recommande de réserver le mode de paiement en plusieurs versements à des biens plus chers comme des meubles ou des appareils électroménagers. « S’endetter à long terme pour acquérir un frigo est une chose, mais doit-on vraiment en faire autant pour acheter des coussins ? » s’interroge-t-elle. 

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Bonjour!

Je n’ai pas encore profité de vos astuces et je n »en ai pas à vous partager mais vous êtes souvent mon premier sourire du samedi matin. Triste? Pas du tout. MERCI!

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