Adieu argent de plastique !

Découper ses cartes de crédit n’est pas l’unique solution offerte au Canadien moyen aux prises avec une dette de consommation. Mais c’est parfois un bon départ.

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À la fin du premier trimestre 2012, la dette de consommation du Canadien moyen atteignait la somme astronomique de 26 209 $. Puisque les taux d’intérêt resteront sans doute stables jusqu’en 2013 et que notre désir d’acheter de nouveaux biens est insatiable, ce montant risque fort d’augmenter.

Les dettes de consommation peuvent être classées en quatre grandes catégories : les cartes de crédit, les marges de crédit, les prêts à tempérament (autres que les hypothèques) et les prêts automobiles. De tous ces types de dettes, celle des cartes de crédit est la plus préoccupante. Bien qu’elle ne représente que 3 500 $, ou 14 %, de notre niveau d’endettement moyen, les taux d’intérêt qui y sont associés sont exorbitants : ils atteignent souvent 20 %.

En raison des taux d’intérêt élevés des cartes de crédit, il est presque impossible pour les consommateurs de payer leur solde en entier. Pour le comprendre, il suffit d’imaginer les répercussions d’un taux d’intérêt de 20 % sur un solde moyen de 3 500 $. Si vous ne versez que le paiement minimum, cette dette augmentera, en un an, de 700 $ en frais d’intérêt seulement. De plus, si vous n’effectuez que les paiements minimums, cela vous prendra 242 mois, soit un peu plus de 20 ans, pour rembourser complètement cette dette, qui aura grimpé de 5 000 $ à cause des intérêts.

Il est possible de gérer ce type de dette, mais certaines personnes ont tout simplement détruit leurs cartes de crédit pour éviter la tentation de dépenser – une décision qui n’est pas toujours celle que l’on souhaite.

C’est plus facile à dire qu’à faire, confirme Kim, une mère monoparentale de Barrie (Ontario). Il y a sept ans, Kim (qui a demandé que seul son prénom soit divulgué) a accumulé 28 000 $ de dettes sur sa carte de crédit avant que son conseiller en matière de crédit lui suggère d’y passer les ciseaux. « C’est très ennuyeux de vivre sans carte de crédit, dit-elle. Vous avez l’impression de ne plus être un adulte à part entière. »

Évidemment, comme elle était au bord de la faillite, Kim n’avait pas le choix. Ce qui n’est pas le cas de Kevin Kotyk. À 29 ans, cet employé d’un magasin d’alcools de Winnipeg n’a jamais possédé de carte de crédit et ne projette pas d’en demander une.

Il peut être frustrant de ne pas avoir de carte de crédit. Des choses simples, comme la réservation d’une chambre d’hôtel ou un achat en ligne, sont tout à coup très difficiles, voire impossibles. Mais Kevin Kotyk n’en souffre pas. Il ne voyage pas beaucoup – lorsqu’il le fait, c’est surtout par affaire – et il ne fait pas de gros achats.

La majorité de son salaire est consacré à l’épargne. Il possède un CELI, un REER et un compte de courtage en ligne. Le reste lui permet de payer ses dépenses quotidiennes et quelques petits luxes occasionnels. Il conserve habituellement 100 $ dans son porte-monnaie, ainsi que de 2 000 $ à 3 000 $ dans son compte chèques en tout temps. S’il doit faire un achat plus important, il économise d’abord.

David Trahair, auteur du livre Crushing Debt: Why Canadians Should Drop Everything And Pay Off Debt, estime que vivre sans carte de crédit peut convenir à certaines personnes, surtout celles qui ont du mal à limiter leurs dépenses. Mais, prévient-il, « payer seulement en argent comptant pose des difficultés ».

Il n’est jamais bon de transporter des liasses de billets sur soi. Et que se passe-t-il si vous n’avez pas apporté assez d’argent pour payer l’épicerie ? « Je comprends pourquoi certains s’astreignent à cette discipline, dit-il, mais ce n’est pas facile. »

Les cartes de crédit comportent aussi leurs avantages, explique David Trahair. Par exemple, elles vous permettent de surveiller vos dépenses de près. Lorsqu’on paie en espèces, il peut être difficile de savoir où est passé l’argent à moins de noter chaque dépense.

Les cartes de crédit sont également utiles en cas d’urgence ou pour un achat important, comme un électroménager. Il n’est pas nécessaire de régler tous nos achats avec une carte de crédit, précise David Trahair. Toutefois, il n’est pas réaliste de croire que tous les Canadiens endettés peuvent simplement détruire leur carte en espérant moins dépenser, poursuit-il.

« Se défaire de ses cartes est une mesure radicale et très improbable, dit-il. Si le ciel vous tombe sur la tête et que vous n’avez pas de carte de crédit, qu’allez-vous faire ? »

Il souligne qu’il est plus important d’encourager les gens à modifier leurs comportements que de les inciter à réduire leurs dettes au moyen de scénarios catastrophe. Par exemple, commencez par analyser votre relevé et examiner comment diminuer vos dépenses, indique-t-il. Utilisez ensuite cette information pour établir un plan financier que vous respecterez.

Toutefois, cela n’aurait pas fonctionné pour Kim. Elle réglait à peu près tous ses achats par carte de crédit, incluant les dépenses courantes comme l’épicerie. Même s’il a été difficile de se défaire de sa carte, cela a transformé sa façon de dépenser et son rapport à l’argent.

« J’ai appris à utiliser chaque dollar au maximum et à établir un meilleur budget », raconte-t-elle. Elle doit vivre chichement pour y arriver. Elle fait ses courses dans des épiceries bon marché, prend le transport en commun pour économiser de l’essence et surveille les soldes. « Cela permet de développer son sens de la débrouillardise et d’apprendre une foule de nouvelles choses », dit-elle.

Lentement mais sûrement, les Canadiens ont fini par comprendre le message. Selon le plus récent rapport de TransUnion, le solde moyen des cartes de crédit a diminué de 2 % par rapport à l’année dernière. Et, d’un trimestre à l’autre, il baisse de près de 5 %. Mais la route est encore longue.

Dans deux ans, lorsque Kim sera enfin libérée de ses dettes, elle pourrait demander une nouvelle carte de crédit. Mais, cette fois, elle exigera que sa limite de crédit ne dépasse pas 2 000 $. Et, lorsqu’elle l’aura entre les mains, elle l’utilisera probablement pour les achats qui nécessitent une carte de crédit, notamment pour profiter des aubaines offertes sur des sites comme Groupon, mais, le plus souvent, elle la laissera à la maison.

« J’avais l’habitude d’utiliser ma carte pour régler tous mes achats, dit-elle. Je m’en servais au restaurant, par exemple. Mais si j’en ai une autre un jour, je vais m’en passer quand je sors. Je ne l’apporterai certainement pas. »

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