Amour et argent : un mariage difficile ?

Si les couples prononcent le vœu de s’aimer pour le meilleur et pour le pire, la plupart attendent qu’il soit trop tard avant de discuter des implications de cet engagement.

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Parmi les milliers de couples canadiens qui s’avancent vers l’autel chaque année, beaucoup croient que la question la plus difficile à laquelle ils devront répondre est : « Veux-tu m’épouser ? ». Pourtant, les questions relatives aux enfants, aux biens fonciers et à l’argent peuvent avoir raison d’un jeune couple et éteindre la flamme qui l’unit.

Selon Sheila Walkington, planificatrice financière agréée et cofondatrice du cabinet de Vancouver Money Coaches Canada, cette conversation devrait avoir lieu avant que vous vous engagiez dans une relation sérieuse. Mais bien des gens attendent d’emménager ensemble avant de discuter des problèmes financiers qui pourraient mettre leur couple à rude épreuve. « C’est rarement une conversation agréable à avoir, admet-elle. Certains couples sont disposés à en parler, mais il y a une différence entre se montrer ouverts et être sur la même longueur d’onde. »

Il n’est pas rare, ajoute-t-elle, de voir les problèmes surgir après plusieurs années de vie commune, tout simplement parce que les conjoints n’avaient pas discuté franchement de leur situation financière.

Composer avec l’endettement

Le premier problème auquel la plupart des jeunes couples font face est l’endettement. Souvent, il s’agit du remboursement d’un prêt étudiant ou du solde d’une carte de crédit qui traîne depuis une période de célibat vécue à grands frais. Ce n’est pas rare qu’un conjoint soit plus endetté que l’autre, affirme Sheila Walkington. « D’où un léger déséquilibre qui peut hypothéquer l’avenir du couple. »

L’endettement peut représenter un obstacle à l’atteinte d’un but commun. Par exemple, les dettes d’un des conjoints peuvent compliquer les projets d’achat immobilier, entacher son dossier de crédit et ainsi de suite, poursuit Rona Birenbaum, planificatrice financière agréée pour le cabinet Caring For Clients, à Toronto. C’est pourquoi le remboursement de ces dettes devrait figurer en tête de liste des priorités.

Il existe quelques façons de rembourser la dette d’un des conjoints. Certains, explique Rona Birenbaum, voudront que la personne endettée éponge elle-même son emprunt. « C’est une question de mentalité », ajoute-t-elle. Dans ce cas, elle recommande de signer une entente stipulant que le paiement de la dette revient à ce conjoint. Si rien n’a été convenu par écrit, les deux conjoints seront tenus de rembourser le solde impayé en cas de divorce.

Dans la plupart des cas, les couples décident d’acquitter la dette ensemble, poursuit Rona Birenbaum. Pour que cette démarche soit concluante, les nouveaux conjoints doivent calculer leur revenu disponible et convenir du montant qu’ils peuvent allouer au remboursement mensuel de la dette.

Là où les choses se corsent, c’est que les couples veulent aussi économiser pour l’achat d’une propriété, faire un voyage et mettre de l’argent de côté en prévision de l’arrivée des enfants. La solution ? Faire des compromis. « Ils doivent s’efforcer de rembourser une partie de leurs dettes tout en économisant en vue de l’achat d’une maison. Mais ils pourraient devoir faire une croix sur leurs projets de voyage avant d’avoir tout renfloué », prévient Sheila Walkington.

Épargner ou dépenser ?

Dans un couple, chaque conjoint adopte un rôle. Il peut en aller de même en matière d’épargne et de dépense : l’un est de nature dépensière, l’autre économe. Il peut s’ensuivre de graves désaccords familiaux lorsqu’une personne sent qu’elle ne peut pas dépenser le moindre sou parce que l’autre dilapide tout leur avoir dans les magasins.

Les habitudes sont difficiles à changer, reconnaît Rona Birenbaum, mais ce n’est pas impossible. Une solution consiste à établir un plan financier pour déterminer le montant que le couple peut se permettre de dépenser chaque mois. Une fois les principales dépenses payées, comme l’épicerie et votre cotisation REER mensuelle, il est correct de s’offrir de petits à-côtés.

C’est une bonne idée de se fixer des limites de dépenses. « Vous pouvez amener les autres à changer en définissant un cadre, indique Sheila Walkington. Il est alors plus facile de faire des choix avisés et de ne pas trop dépenser. » Elle recommande aux couples de se mettre d’accord sur le montant qu’ils peuvent dépenser chaque mois. Une fois cette limite atteinte, ils mettent un frein à leurs dépenses.

La question des enfants

Un autre sujet que les nouveaux conjoints devraient aborder, si ce n’est déjà fait, concerne les enfants. Non seulement le couple devrait-il s’entendre sur le fait d’en avoir ou pas, mais aussi sur la façon d’assurer leur subsistance. Rona Birenbaum soulève toujours cette question avec ses jeunes clients. Sans vouloir les dissuader de fonder une famille, elle croit qu’ils devraient avoir une idée réaliste de ce qu’il leur en coûtera tout au long de leur vie.

« Cela représente environ 245 000 $, sans compter le financement des études, indique-t-elle. Vous devez prendre conscience de cette dépense dès aujourd’hui afin de planifier votre situation financière. Bien des couples sous-estiment ce qu’il en coûte pour élever un enfant. »

Finances familiales et comptes conjoints

Dans un contexte où les questions d’argent mettent fin à un grand nombre d’unions, les deux conjoints doivent être parfaitement au courant de la situation financière du ménage. Cependant, Rona Birenbaum suggère de confier les décisions financières à l’un des deux conjoints, qui agira comme « chef des finances » de la famille. Quelqu’un doit pouvoir payer les factures à temps, faire le suivi des dépenses et s’occuper des placements, remarque-t-elle. « Au même titre que vous décidez qui sortira les ordures, vous devez déterminer qui gérera les finances », explique-t-elle.

Dans cet esprit, l’ouverture d’un compte conjoint est une bonne solution. Sheila Walkington et Rona Birenbaum s’accordent pour dire qu’il est plus facile de régler les questions financières si l’argent du couple est mis en commun. Ainsi, il est simple de suivre les rentrées et les sorties d’argent. « Nous encourageons les couples à se voir comme une famille et à ne pas garder leur argent dans des comptes séparés, affirme Sheila Walkington. Les gens doivent pouvoir épargner ensemble, et rembourser leurs dettes ensemble. Ne laissez pas toute la pression reposer sur les épaules d’un seul conjoint. »

Finalement, qu’il soit question d’argent, d’enfants ou autre, le secret d’un ménage heureux réside dans une chose : la communication. Il faut parler, parler et encore parler. « Les deux conjoints doivent y mettre du sien et communiquer ouvertement, dit Sheila Walkington. Les couples doivent prendre leurs décisions ensemble. »