Apprivoiser la Bourse en quelques semaines ?

Est-ce une bonne idée d’inviter des jeunes du secondaire et du cégep à « jouer à la Bourse » avec un portefeuille fictif ? Notre journaliste s’est posé la question. 

Nadezhda Fedrunova / Getty Images / montage : L’actualité

Sophie Stival est analyste financière. Elle a travaillé à la trésorerie d’une grande banque canadienne, où elle supervisait une équipe d’arbitragistes de taux d’intérêt. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante spécialisée en finance et investissement.

Investir en Bourse n’est pas une mince affaire quand on n’y connaît pas grand-chose. Même les gestionnaires de portefeuille aguerris peinent à battre les indices sur de longues périodes. Lorsque mon fils, en cinquième secondaire, m’a annoncé qu’il participait au concours Bourstad, l’ancienne professionnelle des marchés en moi a été intriguée. Et un peu inquiète. Deux mois pour apprivoiser la Bourse ? Ça me semblait court pour permettre aux jeunes de prendre la pleine mesure du risque qui vient avec la spéculation boursière.

Les 2 399 participants à cette 35e édition de Bourstad disposaient chacun d’un capital fictif de 200 000 dollars. Pendant huit semaines, de février à avril, ils devaient faire fructifier leurs placements en faisant une sélection parmi une liste de vrais titres boursiers : des actions, des fonds d’obligations, des fonds négociés en Bourse (FNB), des devises, des matières premières et des options. Mais aussi, à mon grand étonnement, des cryptoactifs comme le Bitcoin, et des FNB à effet de levier. Or, il s’agit de deux produits hautement spéculatifs. Les FNB à effet de levier, par exemple, permettent de doubler les gains en une journée, mais aussi les pertes. Mon fils en a acheté : pour gagner un des prix décernés par Bourstad, il croyait devoir miser sur des produits volatils et avec effet de levier pour espérer un gain sur un horizon aussi court que deux mois.

Là encore, mon passé d’analyste financière me rattrape : ne répète-t-on pas ad nauseam aux investisseurs (peu expérimentés ou non) de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier et d’avoir un horizon à long terme en Bourse ? Ces deux principes semblent difficiles à appliquer avec Bourstad. Mon fils et ses amis ne risquaient-ils pas de sortir de l’expérience convaincus que pour tirer son épingle du jeu à la Bourse, il faut prendre de gros risques ? 

« On ne s’attend pas à ce que des élèves de cinquième secondaire deviennent des champions des placements, mais plutôt qu’ils se frottent à différentes réalités économiques et financières », m’explique Paul Bourget, qui a créé cette simulation en 1987. Il est effectivement d’une simplicité désarmante aujourd’hui pour un jeune de 18 ans d’ouvrir un compte de courtage en ligne et de faire ses premiers pas en Bourse. Aussi bien qu’il tire les leçons qui s’imposent avec 200 000 dollars fictifs plutôt qu’avec ses économies durement gagnées.

Un des volets de Bourstad consiste à fournir des ressources pédagogiques comme de l’information détaillée sur les différents titres, de la documentation thématique ainsi que plusieurs webinaires. Par exemple, les concurrents ont pu en apprendre plus sur les cryptoactifs grâce au séminaire en ligne organisé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui chapeaute le programme Bourstad.

Il ne suffit pas non plus de générer le meilleur rendement pour recevoir un des prix.

Un jury juge également si le participant applique une stratégie de gestion de portefeuille cohérente. Tient-il compte du profil de son investisseur ou des concepts liés à l’investissement responsable afin de générer une performance financière satisfaisante ? L’AMF, partenaire principal de Bourstad, décerne aussi des prix spéciaux Éducation financière en permettant aux élèves du secondaire et du collégial de témoigner par écrit de leurs bons coups et de leurs erreurs tout au long de la simulation. Des sommes sont également remises à des participantes afin d’encourager la relève féminine en finance.

Mon fils n’a pas remporté de prix ni obtenu de mention : il avait misé sur des produits spéculatifs, et l’absence de stratégie claire a joué contre lui. Mais il a compris qu’il faut des connaissances pour investir en Bourse et que boursicoter présente certains risques. C’est toujours ça de gagné.

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Le problème que je vois ici, avec cette simulation à court terme, c’est que ceux qui vont avoir eu les meilleurs rendements vont penser que leur stratégie était la bonne et que ce serait applicable à long terme. Dans bien des cas, le facteur chance joue très fort. Donc, lorsqu’ils investiront leur propre argent plus tard, ils risquent fort de prendre une mauvaise stratégie.
Autre problème: la période pendant laquelle ces jeunes ont investi. Ils n’ont pas connu la déflation actuelle ni aucun crash boursier. Et s’ils ont investit au début de 2021, ils vont penser que les rendements boursier sont tous excellents, peu importe la période. Maintenant, imaginez ce qui se passerait avec ce programme si l’investissement initial s’était fait au début de 2022… On y aurait mis fin!

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