Avez-vous vraiment besoin d’une assurance vie jusqu’à la fin de vos jours ?

Après 60 ans, il y a de bonnes chances que l’assurance vie ne soit plus une priorité, explique notre collaborateur Fabien Major.

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Bien dépenser
Famille et couple
Viktor Morozuk / Getty Images / montage : L’actualité
Temps de lecture : 5 min.

Fabien Major est planificateur financier et animateur du populaire balado de finances personnelles Le planif. Il est conseiller en gestion de patrimoine depuis 1998.

Diane, une lectrice de nos articles de la section Dollars et cents, se demande si on doit vraiment conserver une police d’assurance vie jusqu’à la fin de ses jours. À 80 ans passés, elle n’a pour ainsi dire plus que quatre postes de dépenses : loyer, épicerie, médicaments et assurances. Et son assurance vie, qu’elle détient depuis plus de 40 ans, lui coûte aussi cher que son loyer, fait-elle remarquer ! 

Beaucoup de gens se demandent, comme Diane, si ça vaut la peine de continuer de payer des primes à cet âge. Et beaucoup également se disent que, tant qu’à avoir payé pendant si longtemps, aussi bien continuer pour « récupérer » ce qu’ils ont versé. Voyons si cette logique tient la route.

Lorsqu’on avance en âge, on observe qu’après des décennies de couverture, les primes sont très élevées : à partir de 60 ans, elles grimpent en flèche. Alors que l’assurance elle-même est de moins en moins justifiable. Surtout dans un contexte de forte inflation et de ralentissement économique. Si on a de la difficulté à payer les factures d’une assurance qui, dans les faits, va bénéficier à d’autres à notre décès, on doit rapidement en parler à son ou ses bénéficiaires. Après tout, quand on souscrit de telles assurances, c’est pour aider nos proches.

J’ai pu constater des cas exceptionnels, dont celui-ci, où l’assuré a payé au total plus de 40 000 dollars de primes depuis la souscription de son contrat, alors que son capital au décès n’est plus que de 45 000 dollars.  

Des besoins conformes à sa réalité

Au moment de fixer le montant de la police, vos enfants étaient peut-être encore bien jeunes. Pour ne pas les laisser dans le besoin advenant votre décès, chaque poste budgétaire a été pris en compte. Et ça monte vite quand on a une petite famille : l’hypothèque, les prêts automobiles et soldes de cartes de crédit, les frais d’entretien de la maison et les factures fiscales, le remplacement du revenu, les droits de scolarité et autres frais de subsistance, les frais funéraires… 

Une famille peut, par exemple, avoir besoin de 700 000 dollars pour une durée de 10, 20 ans ou plus pour couvrir toutes ces dépenses. De cette somme, on soustrait les actifs qui pourraient être liquidés pour répondre à ces besoins, comme l’épargne en banque, les CELI, REEE, REER. On doit aussi prendre en compte les assurances en vigueur (individuelles et collectives) et la vente de biens immobiliers si nécessaire. N’oubliez pas de compter un versement unique de 2 500 dollars au conjoint survivant si vous avez cotisé pendant au moins 10 ans au régime de Retraite Québec.

De 700 000 dollars au départ, il est possible que le besoin net ne soit en réalité que de 100 000 dollars.

Quand on atteint la soixantaine, que les enfants ont quitté le nid et que les membres de la famille sont autonomes, les besoins d’assurance fondent comme neige au soleil. Il peut rester au décès une petite hypothèque, de l’impôt à payer si les héritiers doivent liquider les REER et FERR et si on leur lègue des biens immobiliers qui ne sont pas considérés comme notre résidence principale. 

À moins d’avoir un désir immense de laisser de l’argent en héritage, je ne vois pas pourquoi on devrait conserver une protection d’assurance importante à partir de 60 ans. Surtout si l’on tient compte du bond impressionnant des coûts des polices à cet âge. Par exemple, un homme de 40 ans non fumeur paiera, pour une assurance temporaire de 20 ans couvrant 500 000 dollars, une prime annuelle de 503 dollars. Pour la même assurance, un homme de 60 ans devra débourser 4 335 dollars. Soit 763 % de plus. (Ces exemples reflètent les tarifs les plus avantageux du marché canadien obtenus avec l’application Quote-On-Tab en janvier 2023.)

À Diane comme aux autres personnes dans sa situation, je suggère de discuter avec le conseiller responsable du dossier. Il pourra réévaluer votre besoin d’assurance et surtout vous exposer de manière transparente les avantages et inconvénients de conserver votre police ou de l’abandonner. 

Pour payer les frais funéraires ?

Certains voudront garder leur assurance pour éviter de laisser à leurs proches la facture de leurs frais funéraires. ​Mais de là à maintenir une grosse assurance vie ? ​Un sondage de la Corporation des thanatologues du Québec mené en 2018 auprès de ses membres estimait les frais funéraires moyens à 5 700 dollars dans des établissements commerciaux et environ 4 000 dollars auprès des coopératives. Ces chiffres ont ​évidemment ​augmenté depuis, ​sans compter l’ajout d’options. Mais si vous êtes en mesure de laisser plus de 10 000 dollars en liquidités successorales nettes, vous pouvez considérer que vos frais funéraires seront couverts. Ici encore donc, pas utile de conserver une grosse assurance vie.

Si vous avez moins de 60 ans…

Si votre budget est trop serré et que vous jonglez avec l’idée d’abandonner votre assurance vie, je vous suggère de contacter votre conseiller en sécurité financière pour discuter des options que confère votre police. Vous pourriez diminuer les frais en réduisant le capital assuré. Si votre contrat est assorti de valeurs de rachat, celles-ci pourraient alléger le fardeau. Les primes pourraient y être puisées automatiquement et dans certains cas, vous pourriez être libéré complètement des paiements. 

Si aucune solution ne vous permet de souffler, discutez-en avec vos proches. Il m’arrive occasionnellement de voir des familles partager la facture des assurances, lorsque cela en vaut la peine. Par exemple, quand l’espérance de vie est limitée et que le capital au décès excédera assurément les primes annuelles. 

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