Boursicoteurs : cinq erreurs à éviter

La pandémie a fait exploser le nombre d’investisseurs autonomes sur les plateformes de courtage sur Internet, qui permettent d’acheter ou de vendre des titres même si on n’est pas un expert. Voici cinq erreurs à éviter quand on investit en Bourse.

zmicierkavabata, Vonkara1, Margarita Lyr / Getty Images / Montage L’actualité

1. Espérer qu’on apprendra sur le tas (ça risque de coûter cher !)

« Ce n’est pas grave si on perd de l’argent, on va apprendre. » Ce genre de réflexion, Xiaozhou Zhou, professeur de finance à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, l’entend régulièrement de la bouche de ses étudiants, dont la plupart investissent déjà en Bourse. 

« Les gens se lancent dans l’investissement boursier sans connaître les bases. C’est insensé. On n’apprend pas à conduire en roulant sur l’autoroute. On s’inscrit d’abord à une école de conduite, puis on se promène dans de petites rues tranquilles. On devrait faire la même chose à la Bourse : suivre une formation poussée avant de passer à l’action », soutient ce professeur, très critique envers les investisseurs autonomes. Xiaozhou Zhou ne croit pas que les particuliers aient les outils nécessaires pour faire de l’argent sur les marchés.  

2. Privilégier les titres individuels (ce n’est pas la stratégie gagnante)

Xavier Hamel-Lapointe, gestionnaire de portefeuille indépendant, note que la plupart des nouveaux investisseurs commencent par acheter des actions. Or, ils devraient débuter avec des fonds indiciels — des groupes de fonds qui tentent de reproduire le rendement des indices boursiers, comme le TSX de la Bourse de Toronto. « Cela leur permettrait de se familiariser avec la volatilité des marchés et de parfaire leurs connaissances en finance », soutient le fondateur du groupe Les Investisseurs autonomes, une page Facebook qui guide les jeunes professionnels dans la jungle du placement.

3. S’imaginer qu’on est unique (ce n’est pas le cas !)

À la Bourse, quand il y a un gagnant, il y a forcément un perdant. Et ce dernier est rarement le négociateur chevronné de Wall Street, mais plutôt le petit investisseur. « Les investisseurs autonomes suivent les tendances comme des moutons. Ils s’informent aux nouvelles. Or, l’actualité économique, c’est le passé. Ce qui importe à la Bourse, c’est l’avenir », dit Xiaozhou Zhou.

Pour accéder à de l’information financière crédible, les investisseurs doivent s’abonner à des sites comme celui de l’agence de presse américaine Bloomberg, spécialisée en finance. « Toutefois, l’investisseur autonome n’a ni les moyens de s’abonner à ces portails ni le temps de lire cette documentation », dit le professeur de l’UQAM.

4. Se renseigner sur les réseaux sociaux (ce n’est pas dans votre intérêt)

L’ascendant des réseaux sociaux est manifeste partout dans la société, et la Bourse ne fait pas exception. L’investissement boursier compte maintenant des influenceurs sur Twitter, Facebook et Instagram. Ceux-ci recommandent des titres et prodiguent des conseils à leurs abonnés. Avant de les suivre, une question se pose : quelle est la crédibilité de ces « conseillers » ? Quels sont leurs intérêts ? « On doit toujours considérer avec prudence ce qu’on lit sur les réseaux sociaux », avertit Xavier Hamel-Lapointe. 

Une pratique suscite la controverse : la promotion de vente de titres, le « pump and dump ». Des influenceurs font mousser à partir d’informations trompeuses un titre qu’ils possèdent afin de le revendre à profit. 

5. S’entêter (ça fait perdre temps et argent)

Dans le milieu de l’investissement, on répète souvent qu’il est plus facile d’acheter des actions que de les vendre. « Beaucoup d’investisseurs s’entêtent à conserver des titres perdants, car ils refusent d’admettre qu’ils ont fait une erreur. Ils ne veulent pas concrétiser une perte », dit François Têtu, vice-président et gestionnaire de portefeuille à RBC Gestion de patrimoine. 

Ils adoptent le même comportement quand ils possèdent un titre boursier dont la valeur a explosé. « Ils préfèrent le conserver, au cas où l’action grimperait encore. La logique serait plutôt de vendre une partie des actions afin d’encaisser des profits. Si le titre venait à chuter, ils ne perdraient pas tout », conclut le gestionnaire.