C’est le moment de devenir travailleur autonome

Avec la pénurie de main-d’œuvre actuelle, c’est le moment ou jamais de se lancer à son compte. Vous aurez le luxe de choisir vos clients. C’est un vieux routier de la pige qui vous le dit.

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Faire de l’argent
Travail
hola illustrations / Getty Images / montage : L’actualité
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Si la vie de travailleur autonome vous intéresse, les circonstances n’ont jamais été meilleures pour se lancer à son compte. En ce moment, il y a beaucoup moins de pigistes qu’avant sur le marché du travail. Après le sommet historique de 563 000 travailleurs autonomes au Québec en 2019, ils étaient 58 000 de moins en 2021.

Cela fait 35 ans que je travaille à mon compte et je n’ai jamais vu ça : dans de nombreux secteurs qui ont toujours beaucoup reposé sur des pigistes, comme la presse écrite, la programmation, le montage audiovisuel ou le design, on s’arrache les cheveux pour dénicher du monde. « Les travailleurs autonomes qui ont persisté sont très demandés, parce que les entreprises ont du mal à trouver du personnel ET des fournisseurs externes », explique Marie Deschene, fondatrice de L’Académie des autonomes, un cabinet d’accompagnement pour les travailleurs autonomes. Et c’est la même chose dans les arts de la scène et l’événementiel, qui redémarrent alors que des milliers d’artistes et de créateurs ont jeté l’éponge après deux ans de disette covidienne.

Sous l’effet combiné de la pénurie de main-d’œuvre, de la crise sanitaire et de l’explosion du télétravail, la proportion de travailleurs autonomes dans la main-d’œuvre québécoise a soudainement diminué au niveau de 1982, à 11,8 %, après avoir oscillé pendant presque 20 ans au-dessus de 13 %. « Bien des gens qui auraient auparavant essayé de travailler à la maison à leur compte pour avoir plus de liberté ont maintenant l’option de télétravailler comme employés », dit Marie Deschene. Elle s’attend tout de même à une recrudescence du nombre de travailleurs autonomes en 2022 et 2023 : « Bien des employés qui ont goûté au télétravail n’accepteront pas que leur employeur les force à retourner au bureau. »

L’avantage d’être à son compte

Mais pourquoi devenir travailleur autonome, surtout si l’on peut télétravailler tout en ayant les avantages d’un salarié ? Le travailleur autonome profite de plusieurs bénéfices qui se résument à ceci : c’est lui le patron.

  • Le droit d’établir ses priorités. De toute ma vie professionnelle, je n’ai été employé que 29 jours. Et je suis tout de suite retourné à mon compte pour avoir le luxe de travailler sur ce qui m’intéresse en priorité. Devenir travailleur autonome, c’est se donner la possibilité de transformer son passe-temps en gagne-pain — si cela s’y prête. Ou encore de se concentrer, la plupart du temps, sur les parties du travail que l’on aime réellement, sans devoir s’astreindre à des tâches imposées par ses supérieurs. À plus long terme, vous aurez aussi la capacité d’agir selon vos objectifs personnels. Vous voulez vous offrir une sabbatique ? Lancer un projet de création ? Go ! Vous n’avez pas de comptes à rendre à un patron.
  • Le droit de choisir. Une fois le service ou le produit livré, vous n’avez aucune obligation de loyauté envers vos clients. Vous avez d’ailleurs intérêt à en avoir plusieurs : chaque client doit savoir que vous pouvez aller ailleurs n’importe quand, et qu’il faudra sans doute payer plus si vous vous faites rare. Bon, évidemment, vous devez d’abord faire vos preuves. Mais une fois bien établi, vous n’avez plus de raisons d’endurer ceux dont les valeurs ou les méthodes vous déplaisent. Et ce n’est pas votre client qui décide de votre secteur d’activité, de votre spécialité, de votre lieu d’exercice ou de la manière d’organiser le boulot : ce choix n’appartient qu’à vous.
  • Le droit de négocier. En tant que travailleur autonome, vous n’êtes subordonné à personne : vos clients sont vos vis-à-vis. Vous avez donc le privilège de négocier non seulement avant le contrat, mais pendant son exécution — si les conditions changent. Par exemple, vous devez livrer pour le 12, mais votre client vous remet le matériel seulement le 11 plutôt que le 8 comme prévu. Oups ! Négocier est donc une compétence à perfectionner. Quand on parle de négociation, la plupart des gens pensent « prix », mais l’argent n’en est qu’une facette. Parmi les fondamentaux d’une bonne négociation, il y a les attentes de l’acheteur et les conditions d’exécution, les frais remboursables et les modalités de paiement. La règle d’or est que, contrairement à l’adage, le client n’a pas toujours raison, surtout quand vient l’heure de négocier. 
  • Le droit de dire non. C’est votre principale prérogative, celle qui détermine les trois précédentes. Évidemment, si vous débutez, c’est plus difficile, mais quand les choses se mettront à rouler et que vous serez occupé, vous ne pourrez pas exercer votre capacité d’établir vos priorités, de choisir ou de négocier si vous ne savez pas refuser. En raison de l’incertitude inhérente au statut de « non-employé », ceux qui commencent à leur compte ont presque tous du mal à dire non ; sans compter qu’au début, il faut bien payer l’épicerie. Mais au fil du temps, on apprend vite à cerner les moments où on doit le faire et à refuser de manière parfaitement diplomatique — par exemple, « c’est trop compliqué », « ça ne se fait pas », « c’est trop gros », « c’est trop peu », etc.

Je mentirais en prétendant que la vie de travailleur autonome est un long fleuve tranquille et qu’elle convient à tout le monde. Il faut quand même avoir la capacité de gérer ses affaires, de vendre ses services, de se payer soi-même des vacances. Marie Deschene est d’accord : « Vous devez porter plusieurs chapeaux. » La gestion, la technique, les ventes, les médias sociaux, la relecture des contrats, les mauvaises créances, c’est vous qui devez vous en occuper. Si vous avez 30 heures de temps productif dans une semaine de 40 heures, vous êtes bon. 

Une fois par année, quand il m’arrive un pépin, un contrat qui finit en queue de poisson ou un projet qui tourne en eau de boudin, je me dis que je devrais prendre LA job quelque part et arrêter de galérer. Et puis j’y repense, et je me dis que ça n’a pas de bon sens de renoncer à mes projets pour me faire organiser par un employeur qui peut me réaffecter ou me passer à la trappe à sa guise. Et je continue.

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