Conseils pour les acheteurs d’une première propriété

Le Régime d’accession à la propriété (RAP) représente une bonne solution pour les acheteurs d’une première maison, mais il n’est pas toujours utile de le rembourser en entier.

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Quand Krystal Yee s’est ouvert un REER il y a cinq ans, elle ne cherchait pas à prendre de l’avance sur son projet d’épargne-retraite. Cette directrice du marketing de 29 ans avait une autre idée en tête : elle planifiait s’acheter une maison. Krystal Yee voulait profiter du Régime d’accession à la propriété (RAP), un régime mis sur pied en 1992 par le gouvernement fédéral pour permettre aux acheteurs d’une première maison de retirer jusqu’à 25 000 $ de leur REER à l’abri de l’impôt. En mai dernier, elle avait économisé assez d’argent pour prélever la somme maximale et l’utiliser comme mise de fonds pour s’acheter une maison à New Westminster, en Colombie-Britannique. C’est maintenant que commence la partie difficile : rembourser l’argent. En vertu du régime, les acheteurs ont 15 ans pour rembourser les fonds à partir de l’année suivant le retrait. Krystal Yee devra donc verser 1 666 $ avant la date limite de cotisation au REER en février prochain, puis 1 666 $ par année d’imposition jusqu’en 2028. Au départ, elle pensait tout rembourser le plus rapidement possible, mais elle a changé d’avis après avoir fait les calculs. « C’est plus avantageux d’acquitter seulement le minimum prévu par le régime et de se garder de l’argent pour verser une cotisation REER plus généreuse », explique-t-elle. Le raisonnement se tient. De toute façon, Krystal Yee n’obtiendrait pas de remboursement d’impôt pour les sommes réinjectées dans le régime ; en choisissant de rembourser le minimum, elle s’assure des économies d’impôt attribuables à toute cotisation REER qu’elle fera une fois les premiers 1 666 $ acquittés. La plupart des conseillers financiers vous suggéreront d’imiter Krystal Yee, mais dans certains cas, il vaut mieux ne pas rembourser votre REER pendant une année, voire jamais. La planificatrice financière agréée de Toronto Rona Birenbaum préconise généralement la remise des fonds dans le REER. Mais si vous pensez ne toucher aucun revenu au cours d’une année ou vous classer dans une tranche d’imposition inférieure à celle que vous occupiez au moment de cotiser au régime, il pourrait être plus avisé de ne rien rembourser. « À supposer que vous êtes en congé parental pendant un an, vous pourriez vouloir sauter un paiement, car de toute façon, vous n’aurez pas d’impôt à payer. » Ceux qui choisissent cette voie devront payer de l’impôt sur le montant de leur emprunt, mais comme les remboursements, la ponction fiscale sera amortie sur 15 ans. C’est pourquoi Rona Birenbaum suggère de réévaluer votre situation d’année en année. Si vous prévoyez faire partie de la tranche la plus imposée, c’est une bonne idée de rembourser votre REER pour vous éviter une facture d’impôt de 766 $. Mais si vous êtes dans la tranche inférieure, les répercussions fiscales seront moindres ; il devient alors moins important de rembourser votre prêt REER. D’après Stephanie Holmes-Winton, conseillère financière établie à Dartmouth et auteure de l’ouvrage $pent: How Money Management is the Key to your Financial Freedom, certains pensent qu’il est préférable de ne pas rembourser du tout les 25 000 $. Pour les travailleurs à faible revenu, il pourrait être plus profitable d’assumer le fardeau fiscal – qui de toute façon sera léger – et de placer l’argent dans un compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Si vous touchez un revenu annuel inférieur à 40 000 $, nombreux sont les experts qui affirment que vous devriez investir dans un CELI. Certains contribuables ont également un régime de retraite, ce qui diminue généralement l’importance du REER, poursuit Stephanie Holmes-Winton. Si une majorité de premiers acheteurs sont dans la vingtaine ou la trentaine et n’ont habituellement pas de régime de retraite de leur employeur, Rona Birenbaum soutient qu’un grand nombre de Canadiens plus âgés investissent eux aussi dans le régime parce qu’ils attendent toujours de s’acheter une maison ou qu’ils ont besoin d’épargner encore quelques années. Évidemment, tout dépend de votre situation. Krystal Yee, pour sa part, est bien déterminée à rembourser son emprunt dans le régime. Et bien qu’elle se dise capable de régler son prêt plus vite, elle n’en voit pas l’utilité. « Le seul avantage que j’aurais à augmenter mes remboursements dans le régime serait d’abaisser ma dette, et donc mes paiements minimums futurs, raisonne-t-elle. Mais tant que je cotise régulièrement à mon REER, le montant de mes remboursements au RAP ne change rien pour moi. »