Devriez-vous assurer la vie de votre enfant?

Souscrire une assurance pour ses enfants était autrefois pratique courante. Est-ce toujours une bonne idée?

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Devriez-vous souscrire une police d’assurance vie pour votre enfant? Voilà une question à laquelle la plupart des parents préfèrent sans doute ne pas penser. La réalité, pourtant, c’est que beaucoup le font. Leur raisonnement, c’est qu’en cas de décès d’un enfant, ils seraient tellement dévastés qu’ils n’arriveraient plus à travailler. L’argent de l’assurance les aiderait alors à traverser cette période difficile.

Bien que cela puisse constituer une raison valable pour souscrire une police, Ed Rempel, CFP chez Armstrong & Quaile Associates, ne recommande pas de le faire. L’assurance vie, dit-il, est un instrument de remplacement du revenu.

Les calculs permettant d’assurer les revenus d’un parent sont bien connus. S’il arrivait quelque chose à ce parent, l’assurance verserait assez d’argent pour couvrir les dépenses comme les versements hypothécaires et l’éducation des enfants. Mais aucune assurance ne couvre le traumatisme psychologique, sur lequel il est impossible de mettre un prix. « Si un enfant meurt, ses parents devront vivre le processus de deuil, mais ils retourneront quand même au travail », dit Ed Rempel.

Un enfant ne gagne pas d’argent, il n’y a donc pas de revenu à remplacer. « Il faut considérer le besoin réel. Un enfant ne rapporte rien. Les enfants coûtent en réalité plus cher qu’ils ne rapportent », fait valoir Ed Rempel. D’un point de vue purement financier, ajoute-t-il – tout en admettant qu’il s’agit d’un argument difficile à entendre -, le décès d’un enfant aura pour effet de réduire les dépenses de ses parents.

Comme l’explique James McKeown, spécialiste principal en matière d’assurance chez Edward Jones, il est compréhensible que les parents arrêtent momentanément de travailler après avoir perdu un enfant. Les familles ont besoin de pouvoir gérer leur deuil. Mais même si la douleur ne disparaît jamais complètement, il reste peu probable que les parents quittent leur emploi pour de bon. « L’assurance ne sert pas à surmonter un choc émotionnel, mais à compenser une perte financière. Une somme de 500 000 $ ne rendra pas les choses plus faciles pour un parent en deuil. »

Malgré tout, assurer la vie de votre enfant peut parfois se justifier. La plupart des compagnies d’assurance permettent aux parents de le faire en ajoutant un avenant à leur police existante, moyennant des frais supplémentaires qui peuvent n’être que de 2,50 $ par mois. En cas de décès de l’enfant couvert par l’avenant, ses parents pourraient recevoir entre 10 000 $ et 15 000 $ pour payer les frais d’obsèques. Bien entendu, cette assurance ne sera pas offerte si la santé de l’enfant est mauvaise au départ.

L’avenant donne également à l’enfant l’option de contracter une assurance vie d’environ 250 000 $ (ce chiffre varie selon les compagnies) une fois qu’il atteint l’âge de 25 ans. Cette assurance lui sera accordée de manière automatique. Certains assureurs offrent même 150 000 $ d’assurance vie et 100 000 $ d’assurance contre les maladies graves, et ce, même si la personne présente des problèmes de santé préexistants qui l’empêcheraient normalement d’être assurée.

Dans la plupart des cas, l’avenant suffit. James McKeown a pourtant vu certaines personnes souscrire une police indépendante de 50 000 $ au nom de leurs enfants pour couvrir les frais funéraires et quelques mois d’arrêt de travail. En général, les assureurs ne vous laisseront pas assurer la vie de votre enfant pour plus 250 000 $, et ils commenceront à se montrer méfiants à partir de 200 000 $. « Ils ne veulent pas que les gens tirent profit de la mort de leur enfant. »

Il existe pourtant une raison toute simple qui fait qu’il est peu utile d’assurer la vie d’un enfant : la majorité des gens ne meurent pas en bas âge. Le très faible taux de mortalité explique pourquoi les polices sont si bon marché pour les gens dans la vingtaine. Or, même si cela ne leur coûte pas cher, les parents qui assurent leur enfant n’en devront pas moins verser une certaine somme chaque mois. Cet argent serait mieux dépensé ailleurs, dit Ed Rempel.

S’il n’y a pas de véritable raison pour la justifier, pourquoi cette pratique était-elle relativement courante il y a 30 ans? Dans les années 1970 et 1980, de nombreux parents souscrivaient des assurances vie entière pour leurs enfants, mais seulement parce que ces produits servaient d’instruments d’épargne. La police pouvait plus tard être échangée contre sa valeur de rachat en argent.

Avec la faiblesse actuelle des taux d’intérêt et la popularité croissante d’instruments d’épargne comme les REEE (lancés en 1974, ils ont attiré l’attention des investisseurs à la fin des années 1990, quand le gouvernement a commencé à offrir des subventions de contrepartie), il n’est plus pertinent de souscrire une assurance vie entière à des fins d’épargne. « Certains agents d’assurance de carrière essaient toujours de vendre ce produit, mais c’est un concept absurde. Il y a de bien meilleurs moyens d’épargner que celui-là », dit Ed Rempel.

À son avis, si vous êtes dans la vingtaine ou la trentaine et êtes titulaire d’une vieille police d’assurance vie, vous auriez intérêt à la racheter plutôt que de continuer à payer les primes. La somme que vous obtiendrez ainsi sera bien supérieure à celle que verserait la police à votre décès. Vous pourrez alors investir cet argent dans un REER ou un CELI.

Si vous tenez absolument à assurer la vie de votre enfant, conclut Ed Rempel, la meilleure option est une police temporaire de 20 ans. Elle est peu coûteuse, et à son expiration, votre enfant pourra décider s’il souhaite souscrire sa propre assurance.

 

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