Économiser grâce à un menu touski

Il y a probablement chez vous des centaines de dollars en ingrédients qui ne demandent qu’à être mis en valeur. Voici des conseils de professionnels pour cuisiner des mets savoureux — et qui n’auront pas l’air d’une bouette — à partir de « tout ce qui » dort dans vos armoires.

Liudmila Chernetska / Boogich / Natalia Lavrenkova / iprogressman / Getty Images / montage : L’actualité

Plonger dans son congélateur ou son garde-manger, c’est un peu comme réaliser une fouille archéologique de ses expériences culinaires des mois passés. Il y a les crevettes couvertes de givre, de la fois où il aurait mieux valu toutes les mettre dans le pad thaï au lieu d’en garder une poignée. Le riz à grain rond, lui, accumule la poussière depuis la soirée des sushis maison. Et les sacs — intacts — de légumineuses sèches témoignent de la tentative échouée de manger moins de viande.

Il est parfois difficile d’apprécier au premier coup d’œil la valeur des aliments oubliés, comme bien des artéfacts avant qu’ils ne soient nettoyés. Or, si vous preniez un moment pour estimer combien vous avez payé pour les divers pots, sacs et boîtes en tout genre qui traînent dans vos armoires, vous constateriez probablement en avoir pour plusieurs centaines de dollars !

Heureusement, cet argent n’est pas perdu. Il suffit de concocter un menu à partir de ces victuailles pour libérer leur valeur financière — et nutritive — et faire fondre votre facture d’épicerie tout autant pendant une ou deux semaines, voire davantage, selon les quantités accumulées. 

Le problème, c’est qu’il y a probablement une raison pour laquelle vous boudez toute cette nourriture. Et si vous êtes comme moi, c’est en bonne partie parce que ces aliments ne vous attirent pas vraiment. J’ai donc demandé des conseils à des professionnels pour préparer des touskis savoureux à partir des provisions négligées.

Personne n’est parfait

Tout d’abord, déculpabilisez-vous. Même les cuisiniers formés pour minimiser les pertes dans un restaurant amassent de la nourriture dans leurs armoires à la maison. « On n’est pas mieux que les autres sur ce plan-là », rigole Eric Dupuis, chef de cuisine à la Taverne Atlantic. « On voit quelque chose en promotion à l’épicerie, on en achète plus et on accumule. À un moment donné, il faut faire un grand reset des armoires. » 

Ce « grand reset » débute par un tri. Tassez les conserves pour voir ce qui se cache au fond de l’armoire. Ouvrez les contenants de plastique dans le congélateur pour savoir ce qu’ils renferment. Jaugez les quantités qui restent dans les sacs de fruits de mer, légumes, petits fruits et autres aliments surgelés.

Une fois les produits connus, le défi est d’élaborer un menu à partir de ceux-ci. Votre meilleur ami pour vous accompagner dans cette tâche est Internet, dit Sophie Grenier-Héroux, créatrice de recettes pour le quotidien Le Soleil. Si bien des gens ont déjà le réflexe de googler les ingrédients de base pour s’inspirer, elle vous encourage à faire de même avec les condiments dont vous disposez, par exemple en tapant « recette sauce aux huîtres » afin d’utiliser la bouteille qui poireaute dans la porte de votre frigo depuis des mois. 

L’idée ici n’est pas de trouver une recette à suivre à la lettre, mais une source d’inspiration, « une base où c’est facile de substituer les ingrédients », explique Sophie Grenier-Héroux. Meilleur exemple : le riz frit.

Il suffit d’un reste de riz, puis « tu “swingues” tous les légumes que tu as dans le congélateur là-dedans », dit Eric Dupuis. Pour ce qui est de l’assaisonnement, Internet aura mille et une suggestions pour vous, allant de la simple sauce soya jusqu’à la fameuse sauce aux huîtres, avec tous les mélanges possibles et imaginables entre les deux. 

La chaudrée est une autre belle base facile à modifier pour les chanceux qui ont des restes de fruits de mer au congélo, souligne Eric Dupuis. « Ça fonctionne aussi avec le poisson : saumon, maïs, patates et tu as une super chaudrée. » Si vous avez en plus des huîtres en conserve qui traînent dans votre garde-manger depuis Mathusalem, vous pouvez les mettre comme garniture sur le dessus au moment de servir. 

Même des recettes qui semblent plus élaborées peuvent être transformées. « Les gens pensent souvent qu’un osso buco, il faut absolument que ce soit avec du veau, dit le chef. Mais si tu as des carrés de bœuf au congélateur, ça fonctionne. Même chose avec le porc. » 

Au-delà du sel

La clé d’un bon touski, c’est l’assaisonnement. De ce côté, Sophie Grenier-Héroux conseille de s’inspirer de la cuisine du monde. « Dans plusieurs cultures, on ne lésine pas sur les épices. » Faites pareil, « n’y allez pas de main morte ». Et pour rehausser un plat au moment de servir, essayez une touche d’acidité en ajoutant du jus de citron, des câpres ou des olives. « Ça donne du goût, souvent plus que du sel. »

Les mets traditionnels de diverses régions du monde sont aussi des options intéressantes pour vider ses armoires. La chakchouka, une spécialité de la cuisine maghrébine dont la recette varie autant que la manière de l’orthographier, en est un bon exemple. « Chaque famille a sa recette, mais la base, c’est une sauce tomatée que tout le monde aime et où tu fais cuire des œufs, explique la créatrice. Après, tu peux “jazzer” ça avec n’importe quel ingrédient que tu as sous la main : fèves vertes, tofu, poivrons… »

Nos recettes traditionnelles ne sont pas à négliger non plus, rappelle Eric Dupuis. Quand les fonds de sacs de pâtes, courtes ou longues, deviennent trop nombreux dans la dépense, un bon vieux macaroni au fromage fonctionne toujours. Inutile de s’inquiéter pour le temps de cuisson variable des différentes pâtes que vous mélangez. « Après avoir mis ça au four, il n’y aura pas de compétition d’al dente. » Et si vous avez de la courge congelée, ajoutez-la en purée à votre mélange « pour que les enfants mangent des légumes sans s’en rendre compte ».

Nos grands-mères ont même une solution pour le reste de riz à sushi, qui fonctionne aussi avec tous les riz à grain rond, dont celui utilisé pour le risotto : le riz au lait ou, si vous préférez, le pudding au riz. « Tu fais cuire ça avec du lait, du sucre, de la vanille ou de la poudre de cacao, et tout le monde aime ça », assure Eric Dupuis.

Les habitudes à garder

Les armoires sont enfin vidées ? Fantastique ! Le défi, maintenant, est de ne pas les remplir de nouveau à ras bord. 

La meilleure façon d’y arriver est de toujours « regarder ce que vous avez avant d’établir le menu », dit Sophie Grenier-Héroux. Bonne nouvelle : c’est beaucoup plus facile à faire lorsque son congélateur, son réfrigérateur et son garde-manger sont désencombrés — fini, l’achat inutile d’un deuxième pot de moutarde de Dijon parce que vous ne parveniez pas à voir le premier, à peine entamé, tout au fond du frigo.

Une autre astuce consiste à ne pas suivre exactement les recettes. « On achète souvent des choses qu’on pourrait facilement remplacer par des ingrédients qu’on a déjà. » Par exemple, si vous n’avez pas de tomates séchées sous la main, des cœurs d’artichaut pourraient faire l’affaire. Il faut des haricots verts ? Pourquoi ne pas utiliser les petits pois que vous avez déjà ? « Ce n’est pas tout le monde qui a la confiance pour faire ça », admet la créatrice culinaire, mais il suffit parfois de un ou deux essais réussis pour gagner en assurance. 

Quant aux vinaigrettes, sauces, confitures et autres condiments en petits pots, leur accumulation est souvent due au fait que, après les avoir ouverts, on s’aperçoit que leur goût ne nous plaît pas beaucoup, estime Sophie Grenier-Héroux. Au lieu de les conserver inutilement, elle conseille de les offrir à des voisins ou des amis qui les apprécient.

Hélas, la nature a horreur du vide. Avec le temps, malgré tous vos efforts, il y a de fortes chances que vos armoires et tiroirs se remplissent encore. Lorsque cela surviendra, vous n’aurez qu’à refaire le « grand reset » d’Eric Dupuis.

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Bizarre comme problématique. Pour moi elle a toujours été inexistante. Je ne jette jamais de nourriture périmée. Je cuisine sans recettes, j’improvise à partir de ce que j’ai dans le frigo et mes armoires, que je ne garnis qu’au fur et à mesure. Voilà tout !

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