En attendant la hausse des taux d’intérêt

Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, met les Canadiens en garde contre les dettes trop élevées. Mais y a-t-il quelqu’un qui l’écoute ?

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Chaque fois que le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, prend le micro ces temps-ci, il reproche aux Canadiens de trop dépenser. « Le budget de l’ensemble des ménages canadiens est extrêmement serré, et cela pose un risque pour l’économie », a-t-il dit lors de son dernier bilan économique trimestriel. On peut facilement comprendre ce qui préoccupe Mark Carney. Le taux d’endettement des ménages augmente régulièrement depuis la moitié des années 1980. À cette époque, la dette des ménages constituait 70 % de leurs revenus, alors qu’aujourd’hui, elle en représente plus de 150 %. La seule bonne nouvelle, selon Mark Carney, c’est que le taux d’endettement semble se stabiliser grâce à une forte baisse du nombre d’hypothèques à taux variable. Chaque fois que Mark Carney parle de la dette des ménages, Elena Jara, directrice de la formation à Credit Canada Debt Solutions, est inondée d’appels et de visites. « Quand, en avril dernier, Mark Carney a recommandé la prudence en prévision d’une hausse des taux d’intérêt, de nombreux clients nous ont demandé quelles seraient les répercussions sur leur budget, dit-elle. Beaucoup se demandent comment un refinancement hypothécaire les touchera. » Mais ces préoccupations ne se sont pas encore traduites par une augmentation de la clientèle pour l’entreprise, ce qui laisse croire que les Canadiens s’inquiètent de la situation, mais ne sont pas prêts à changer leurs habitudes. Tout comme Elena Jara, Patricia White, directrice générale de Credit Counselling Canada, n’est pas plus occupée qu’avant, mais elle prépare son équipe pour le jour où la Banque du Canada relèvera les taux d’intérêt. « Les taux d’intérêt se sont maintenus beaucoup plus longtemps que nous le pensions, souligne-t-elle. Mais nous prévoyons maintenant ouvrir de nouveaux bureaux. Nous voulons mieux servir les gens dans leur communauté. » Bien que la clientèle n’ait pas encore augmenté, Patricia White a remarqué une hausse du nombre de personnes aux prises avec des problèmes liés aux marges de crédit. Elle n’a pas de chiffres exacts, mais depuis la récession, elle note que de plus en plus de gens utilisent des marges de crédit et voient leur solde s’accroître. « Presque tout le monde se sert d’une marge de crédit, ajoute Patricia White. Quand ils traversent des périodes difficiles, les consommateurs la considèrent comme une solution très intéressante et, à cause de son faible taux d’intérêt, ils se sentent moins coupables de l’utiliser. Credit Canada n’a pas recruté de nouveaux employés ou ouvert de nouveaux bureaux, mais à la mi-mars, l’entreprise a fusionné avec InCharge Canada Debt Solutions, ce qui lui a permis d’étendre sa portée au Canada. Pour le moment, les agences de crédit-conseil attendent l’inévitable boom de clients endettés lorsque Mark Carney augmentera les taux d’intérêt. « Tout le monde s’attend à une forte hausse de la clientèle, et ce, pour deux raisons, explique Elena Jara. Premièrement, la situation sera accablante, car les gens ne sont pas préparés. Deuxièmement, comme ils ne se sont pas préparés, ils ne savent pas quel sera l’impact des nouveaux taux. » Patricia White et Elena Jara conseillent à tous leurs clients de commencer à se préparer dès maintenant, surtout ceux qui ont des marges de crédit et des hypothèques à taux variable, car l’augmentation des taux d’intérêt les touchera davantage. Patricia White ajoute qu’ils devraient commencer à établir un budget et à effectuer certaines coupures avant qu’il ne soit trop tard. De plus, mieux vaut commencer à rembourser vos dettes pendant que les taux sont encore bas. Elle croit également que c’est le bon moment de passer à une hypothèque à taux fixe. « Si vous vous inquiétez de votre situation, il est plus rassurant de savoir quel montant vous aurez à payer à l’avenir », prévient-elle. Si votre maison a pris de la valeur depuis que vous l’avez achetée, pensez à consolider vos dettes. Freinez l’escalade de votre marge de crédit et des paiements de vos cartes de crédit en les centralisant dans un prêt hypothécaire. Vous ne ferez alors qu’un seul remboursement à un taux d’intérêt plus raisonnable, explique-t-elle. De plus, voyez si votre institution bancaire vous offre un produit qui permet de verrouiller votre prêt à un taux peu élevé, ajoute-t-elle. La pire chose à faire est de ne rien faire. Qu’on le veuille ou non, les taux vont augmenter. « Ils ne peuvent pas diminuer davantage, précise Patricia White. Au lieu d’attendre passivement qu’ils remontent, agissez maintenant. Surtout que lorsque les taux augmenteront, ils risquent de ne pas diminuer avant un petit moment. »

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