Être payé pour voyager avec Grabr

Vous aimeriez gagner un peu d’argent en livrant des produits à des gens lors de votre prochain voyage ? C’est possible, grâce à Grabr. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Publié dans :
Bien dépenser
Transport
Images sources : Getty Images, Freepik ; montage : L’actualité
Temps de lecture : 7 min.

Si prendre l’avion en transportant des objets pour des inconnus ne vous dérange pas, vous pourriez profiter de votre prochain voyage pour faire des sous : offrez vos services de livreur sur la plateforme Grabr. Des consommateurs à la recherche d’un article particulier sont prêts à rétribuer la personne qui pourra le leur apporter — en plus de lui payer le coût d’achat du produit, évidemment. 

Par exemple, en écrivant sur la plateforme que je planifiais un voyage de Montréal à Buenos Aires au début de septembre, je me suis fait proposer d’apporter notamment des souliers Converse à José pour 13,74 $ US, un cuiseur à riz à Percy pour 22,77 $ US et un ordinateur portable à Sebastian pour 49,96 $ US. 

Comme Grabr — qui n’a pas répondu à mes demandes d’entrevue — le fait valoir dans les témoignages d’utilisateurs de ses services, si les gens sont prêts à payer des voyageurs pour qu’ils leur apportent de la marchandise, c’est parce qu’on n’offre pas la livraison dans leur pays pour ce produit, ou qu’elle est très coûteuse.

La blogueuse américaine Kesi Irvin dit avoir déjà gagné 500 $ US en remplissant un bagage à main de différents articles à livrer à plusieurs personnes une fois à destination. « Je ne compte plus les fois où j’ai utilisé l’application, elle compense une partie de mes frais de voyage », affirme, jointe sur Instagram, l’ancienne travailleuse de Wall Street qui a tout plaqué pour faire le tour du monde à petit budget. 

Mais s’il y a moyen de faire des sous avec Grabr, ce n’est pas nécessairement le Klondike non plus. Il faut bien choisir ses voyages et, malgré tout, y investir du temps. Voyons comment l’application fonctionne.

Regardez les demandes pour votre voyage

Vous devez d’abord vous créer un profil, puis l’appli vérifiera la validité de votre courriel et de votre numéro de téléphone. Ensuite, vous pouvez entrer votre destination et vos dates de voyage. Instantanément, vous verrez des demandes de livraison pour des objets précis. 

Il y a des destinations chouchoutes, pour lesquelles les demandes abondent, comme São Paulo, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Montevideo et Lima. Bref, ça se passe surtout en Amérique du Sud. 

Après avoir constaté qu’il y avait beaucoup de possibilités pour un voyage Montréal-Buenos Aires, j’ai vérifié si des Montréalais voulaient des biens achetés au Brésil, pour le vol du retour. Aucune demande. Et pour un vol de Montréal vers la ville de Mexico, où je vais souvent : rien non plus.

Faites votre offre

Avant que vous passiez à l’action, l’application vérifiera votre identité à l’aide de votre permis de conduire (ou d’une autre pièce d’identité) et d’un égoportrait ; vous devez donc être à l’aise à l’idée de confier ces données personnelles à une entreprise. 

Lorsque vous avez repéré un ou plusieurs articles que vous voudriez apporter à destination, en prenant bien soin de vous assurer que vous aurez l’espace nécessaire dans vos bagages (bonjour cuiseur à riz !), c’est le temps d’écrire aux magasineurs pour leur dire combien vous réclamez pour vos services. L’appli propose une somme en fonction du prix du produit et des efforts que vous devrez fournir (7,69 $ US pour un pantalon Adidas, par exemple, et 153,92 $ US pour un ordinateur portable MacBook Pro). Vous êtes libre de demander moins ou plus. L’acheteur fait ensuite son choix entre les différentes offres de livraison reçues, en fonction du prix, de la date du voyage et du fait que le voyageur lui apporte l’article dans sa boîte originale ou pas. 

Puis, vous devez mettre en place une méthode de paiement pour vos futures livraisons. Parce que c’est Grabr qui vous rémunérera, et non la personne à qui vous livrerez le colis. La plateforme privilégie les paiements en dollars américains dans un compte bancaire américain ; les résidants de certains pays, dont le Canada, peuvent en créer un gratuitement, sans frais mensuels et sans frais de conversion de devises, sur GrabrFi. Il est également possible d’être payé avec une Cash Card (une carte Visa prépayée, en dollars américains elle aussi). 

Pour faire votre offre, assurez-vous d’abord que le prix de l’article inscrit par la personne correspond à celui que vous voyez sur le site Web où vous devrez l’acheter. Donc, par exemple, que les chaussures Converse sont bien annoncées, comme l’a indiqué José, à 49,98 $ US sur famousfootwear.com. Parce que, oui, c’est vous qui devrez acheter le produit pour la personne, qui a déjà payé Grabr en conséquence — l’appli vous versera la somme au moment de la livraison. Donc pas de risque de ne pas retrouver votre argent ni de découvrir un paquet de cocaïne dans la semelle des chaussures. 

Comme le produit doit être commandé en ligne, vérifiez les frais de livraison à votre adresse. Si l’article vient des États-Unis, par exemple, vérifiez aussi si vous aurez des droits de douane, des redevances ou des taxes à payer lorsqu’il arrivera à la frontière canadienne. Plusieurs commerçants indiquent sur leur site qu’ils les acquitteront pour vous (si ce n’est pas le cas, l’Agence des services frontaliers du Canada a créé cet outil pour les estimer). Pensez également aux frais d’importation que vous devrez payer à destination… lesquels varient d’un pays à l’autre. N’oubliez pas de négocier le remboursement de ces frais supplémentaires avec le destinataire.

Livrez le produit

Arrivé à destination, donnez rendez-vous à la personne pour lui remettre le bien… idéalement dans un lieu public situé près de l’endroit où vous logez, pour ne pas avoir à payer de transport. Afin que vous puissiez recevoir votre dû, la personne doit informer Grabr que vous avez livré ce qu’elle attendait. Comme elle l’a déjà payé, le risque qu’elle ne se pointe pas au rendez-vous est faible. 

Légal ou pas ? 

Tout ce que nous venons de décrire apparaît légal en vertu des lois canadiennes à Me Vincent de l’Étoile, avocat associé en litige civil et commercial chez Langlois Avocats. « La plateforme semble relever de l’économie de partage, comme c’est le cas d’Airbnb et d’Uber, parce qu’elle met en contact des utilisateurs privés pour qu’ils se rendent un service mutuel, moyennant des frais pour la plateforme », explique-t-il.

Dans ses conditions d’utilisation, Grabr rappelle aux voyageurs qu’ils doivent être honnêtes lorsqu’ils remplissent les formulaires en arrivant à destination et qu’ils ont la responsabilité de payer les droits de douane qui s’appliquent. Grabr donne d’ailleurs les liens pour consulter les réglementations de ses marchés les plus populaires… dans la langue locale !

Et ne comptez pas sur une possible exemption, comme lorsqu’on revient au Canada (après un voyage de deux à sept jours, par exemple, on peut rapporter des biens d’une valeur de 200 $ ou moins sans payer de droits de douane). « Il faudrait vérifier précisément les lois du pays visité, mais si on prend l’exemple du Canada, quand vous êtes résidant, les biens que vous comptez dans votre exemption personnelle doivent être destinés à votre usage ou à celui de votre famille », souligne Me de l’Étoile. Les biens que vous rapportez à des fins commerciales ou pour une autre personne ne donnent pas droit à une exemption et sont assujettis aux droits et taxes applicables. Pour les visiteurs, il n’y a pas d’exemption, excepté pour l’alcool (deux bouteilles de vin ou l’équivalent) et le tabac.

En terminant, Me Vincent de l’Étoile attire l’attention sur les revenus engendrés par la livraison de ces produits. « La personne est tenue de déclarer ces revenus », précise-t-il.

Tout ça pour gagner 86,47 $ US (si vous avez bien estimé les droits de douane) en apportant des Converse à José, un cuiseur à riz à Percy et un ordinateur portable à Sebastian ? Si vous osez vous lancer, je vous souhaite qu’ils soient tous disponibles au même moment pour venir chercher leur article au même endroit. Au moins, vous n’aurez pas à courir aux quatre coins de la ville.

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