Heureux les sans-papiers

De plus en plus de Québécois gèrent leur argent à partir de leur ordi. Et même de leur téléphone intelligent. Une solution économique !

Dollars et cents - Heureux les sans-papiers
Ill. : P. Bordeleau

Patrick Pollefeys est un sans-papiers… bancaires ! Depuis 2003, cet agent de recherche de 43 ans gère ses finances personnelles sans quitter son condo de Québec. Il reçoit ses factures de façon électronique, les paie en ligne, consulte son compte bancaire virtuel et effectue des virements de fonds. « Je ne signe que six chèques par année », dit-il.

Il n’est pas le seul à avoir pris le virage électronique. Au Québec, plus de la moitié des adultes ont fait des opérations bancaires en ligne en 2010, soit trois fois plus qu’en 2001, d’après une enquête du Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO). Plus du tiers ont reçu leurs factures ou leurs relevés bancaires par voie électronique. Selon la société de consultation américaine Mercatus LLC, environ 9 % des Canadiens ont eu recours l’an dernier à des services bancaires par l’intermédiaire de leur téléphone intelligent. Et 20 % prévoient en faire autant en 2011.

La Banque CIBC est la première institution financière canadienne à avoir lancé, en février 2010, une application pour le iPhone et le iPod touch, qui permet notamment de payer des factures et de virer des fonds. Des centaines de milliers de clients l’ont téléchargée. Depuis, d’autres banques lui ont emboîté le pas. ING Direct offre une application semblable pour le iPhone, le iPod touch, le iPad et le BlackBerry, tandis que la TD, les caisses Desjardins et la Banque Scotia en proposent une aux utilisateurs du iPhone et du iPod touch. Depuis mars 2010, Disnat, une division de Valeurs mobilières Desjardins, permet aussi aux investisseurs de suivre les cotes boursières et de négocier des titres à partir d’un téléphone intelligent.

Vincent Dutot, 30 ans, gère ses avoirs grâce à son ordinateur, son iPhone et son iPad. « Je peux suivre mes dépenses à la minute près », dit ce Français d’origine, qui termine son doctorat en gestion des technologies de l’information à l’Université Laval. « Cela me permet de mieux gérer mes finances. » Les factures papier ne traînent plus sur le coin d’une table dans son condo. Des alertes électroniques lui rappellent ses paiements – dont certains sont prélevés automatiquement sur son compte. « Je risque encore moins d’oublier de payer mon dû », dit Vincent Dutot, qui fait même des placements en ligne.

France Gosselin, 31 ans, est aussi une adepte de la fac­turation et du paiement électroniques. Elle l’est d’autant plus qu’elle vit à l’étranger avec son conjoint depuis quelques années. « Je peux effectuer mes paiements à toute heure du jour sans avoir à me déplacer, dit-elle. Je n’ai plus à déchiqueter mes fac­tures papier et à les jeter à la récupération. »

Les transactions électroniques permettent effectivement d’épargner du papier, des enveloppes et des timbres. De l’argent, aussi. Les fournis­seurs de services sans fil Bell Mobilité et Fido exigent désormais deux dollars par mois des clients qui souhaitent recevoir une facture papier. Fido remet la totalité des sommes ainsi recueillies à Evergreen, organisme canadien qui subventionne notamment des initiatives de plantation d’arbres.

La vie de sans-papiers bancaires n’est pas sans souci. Il faut se rappeler de nombreux mots de passe pour accéder à ses comptes, acquitter les bonnes factures et se méfier des courriels frauduleux. Ces courriels, semblables à ceux d’une banque ou d’un fournisseur de cartes de crédit, incitent les clients à divulguer des renseignements personnels (numéro de carte, mot de passe, etc.), alors que les institutions financières ne font jamais de telles demandes par courriel.

Les internautes doivent aussi gérer leur paperasse virtuelle. Bell Canada, Fido et Hydro-Québec archivent les factures électroniques de leurs clients dans leurs sites pendant respectivement 12, 18 et 24 mois. Il vaut toutefois mieux les conserver pendant trois ans, soit le délai de prescription pour exercer un recours judiciaire afin de récla­mer un dû, selon Julie Dubuc, conseillère budgétaire à l’ACEF de l’Est de Montréal. Les contribuables et les travail­leurs autonomes doivent garder leurs pièces justificatives (factures, reçus, etc.) pendant six ans, en prévision d’une éventuelle vérification de leur déclaration de revenus.

Auteure d’À vos papiers !, un guide sur la gestion des documents personnels, Julie Dubuc recommande d’imprimer une copie de ses factures électroniques et d’y inscrire le numéro de confirmation de paiement. Les gens qui choisissent l’archivage électronique doivent se prémunir contre les virus et autres catastrophes informatiques (ex. : mort soudaine d’un disque dur), souligne-t-elle.

À ce chapitre, Patrick Pollefeys est blindé. En plus de sauvegarder ses fichiers sur un disque dur externe, il est abonné à un service d’enregistrement de copies de secours en ligne. Il est en outre inscrit à Postel, une boîte aux lettres virtuelle et sécurisée offerte gratuitement par Postes Canada. Ses factures, reçus et relevés bancaires y sont archivés pendant sept ans et sont accessibles à partir de l’adresse postel.ca ou de son compte bancaire en ligne.

Patrick Pollefeys est un véritable « e-banker ». Mais bien des gens demeurent des irréductibles du papier. Les Québécois âgés de 55 à 64 ans sont presque deux fois moins nombreux que les 35- 44 ans – les plus grands utilisateurs – à effectuer leurs opérations bancaires en ligne et à recevoir leurs relevés et factures en version élec­tro­nique, d’après une enquête menée en 2010 par le CEFRIO.

Les entreprises encouragent de plus en plus la facturation en ligne. Mais seuls 12 % des clients résidentiels d’Hydro-Québec l’ont adoptée. En 2010, Bell Canada a envoyé 20 % de ses factures de façon électronique à ses abonnés résidentiels ou mobiles. Quant à Postel, le nombre de ses abonnés, actuellement de six millions, augmente de 30 % par année.

Postes Canada ressent néanmoins les effets de ce passage à l’électronique. Depuis 2006, elle a enregistré une diminution de 15 % du courrier traité (colis et envois prioritaires exclus), en raison de la popularité du courriel, des sites de réseautage personnel et des opérations virtuelles. Elle a fermé son centre de tri à Québec il y a près de trois ans.

Payer par chèque a de moins en moins de sens aux yeux de Patrick Pollefeys, qui habite la Vieille Capitale. « Si j’envoie un paiement à la Société de l’assurance automobile du Québec, située à Québec, celui-ci aboutira au centre de tri postal de Montréal avant d’être réacheminé ici ! » dit-il. Transport inutile…

 

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